Puisque les lois ne peuvent plus régir l'avenir, qu'elles sanctionnent...le passé des autres.

Publié le par Gilbert Veyret

Le jour où Al Gore tentait de sensibiliser les députés français aux conséquences du dérèglement  climatique au 21em siècle, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale faisait voter une proposition de loi sanctionnant la négation du génocide des Arméniens, en 1915. Elle a été adoptée en première lecture par une majorité de circonstance de 106 députés (sur 577), recrutée dans chaque parti.

La « patrie des droits de l’homme », titre dont nous nous sommes longtemps auto gratifiés, n’aurait-elle plus grand-chose à offrir, si ce n’est la vertueuse dénonciation des manquements historiques des autres pays ? Ou aurions-nous si peur d’un avenir incertain et inquiétant que nous ne saurions plus exprimer   que nos indignations tardives pour confirmer un passé avéré?

Je voudrais donc modestement encourager les socialistes à poursuivre leurs investigations critiques du passé, afin de leur éviter d’avoir à se prononcer trop tôt sur des choix d’avenir qui pourraient inquiéter leurs électeurs.

Ainsi pourquoi ne pas manifester notre indépendance, vis-à-vis des Etats-Unis, en saisissant le Conseil de sécurité des Nations Unies de la question du massacre des Iroquois ou des Hurons. La destruction des civilisations Mayas et Aztèques par les Conquistadores ne pourrait-elle pas aussi être reconnue, par la loi française, comme un crime contre l’humanité ?

Certes l’électorat français d’origine huronne ou aztèque doit être trop faible pour que cet acte de bravoure ait une incidence significative, à l’occasion des prochaines élections.

On pourrait donc faire amende honorable sur notre propre rôle pendant les croisades en condamnant l’horrible Renaud de Châtillon, exécuté par Saladin en 1187, comme criminel de guerre. On pourrait même demander la réouverture de Cayenne  pour y enfermer  les négationnistes éventuels.

Il ne s’agit évidemment pas de commettre un excès de repentance en évoquant trop tôt notre guerre d’Algérie et ses exactions. Les faits sont trop récents. Il nous a  bien fallu plus de cinquante ans pour  reconnaître enfin notre responsabilité collective dans notre collaboration, combien efficace, pour la mise en œuvre de la solution finale contre les juifs de France.

Allons camarades socialistes, encore un effort pour être franchement d’avant-garde ! Je  vous suggère comme prochaine étape de saisir le « Tribunal Pénal International » afin que la responsabilité pleine et entière de Tony Blair et l’ensemble du « New labour » soit enfin reconnue dans le scandaleux procès fait à Jeanne d’Arc à Rouen, en 1431. Vous aurez, là aussi, l’appui d’une bonne partie de la droite, même si elle n’a pas les mêmes raisons que vous de détester  la social-démocratie britannique

 

 

 

PS : Qu’on ne se méprenne pas ! Ce billet d’humeur ne vise évidemment pas à minimiser l’horreur du massacre et de l’expulsion de millions d’Arméniens par les Turcs en 1915. Génocide que nous avons  d’ailleurs été très lents à découvrir et que Pierre Loti, notamment, a voulu ignorer.

 Mais le devoir de mémoire que nous devons au peuple Arménien est une affaire trop sérieuse pour être réduite à ces palinodies parlementaires, dont certains esprits mal tournés pourraient n’y voir qu’une opération électoraliste. Elle ne peut que gêner les Turcs progressistes, dont le romancier Orhan Pamuk qui a reçu le prix Nobel de littérature ce même jour. Ils ont commencé un long travail pédagogique, préalable nécessaire à toute réconciliation entre Turc et Arméniens. Nous aurions été avisés de ne pas leur compliquer la tâche.

Gilbert Veyret

Publié dans Démocratie

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marc d HERE 16/10/2006 17:47

Michel Wievorka dans Le Monde daté 17 octobre "Levote d'une loi sur la négation du génocide arménien appartient au genre de la démagogie politique".
 

marc d HERE 16/10/2006 09:19

Ce qui est triste, mais pas surprenant, c'est que cette loi qui impose, sous peine de sanctions, une vérité officielle et OBLIGATOIRE, qui limite, encore une fois la liberté d'expression, est une loi proposée par les socialistes et votées principalement par la gauche.
marc

Stéphane P 15/10/2006 11:24

OK. J'irais voir les articles en question et tant mieux pour l'ironie... Vous l'aurez compris... Suis un peu bourru comme gars.  :)A plus

marc d HERE 15/10/2006 10:29

Cher Stéphane,
Il n'y a pas de "position d'IES" sur la liberté d'expression....IES n'impose aucune vérité, aucun dogme...Cela dit, les articles parus  (et les commentaires ) au moment des caricatures islmiques, de l'affaire Redecker et aujourd'hui de la loi sur l'Arménie montrent quelle est notre exigence sur cette question. La plupart d'entre nous estiment qu'il ne peut y avoir de vérité obligatoire, et qu'il n'est pas juste de punir de prison l'expression de pensées ou d'opinions différentes de la version officielle...
Dernière chose, nous ne détestons pas, et Gilbert moins que tout autre manier l'ironie...
marc

Stéphane 15/10/2006 08:32

Deux choses me surprennent dans votre post. Tout d’abord ce passage :
« Il ne s’agit évidemment pas de commettre un excès de repentance en évoquant trop tôt notre guerre d’Algérie et ses exactions. Les faits sont trop récents. Il nous a  bien fallu plus de cinquante ans pour  reconnaître enfin notre responsabilité collective dans notre collaboration, combien efficace, pour la mise en œuvre de la solution finale contre les juifs de France. »
J’ai cru sur le moment à de l’ironie… Une simple remarque : combien de temps a-t-il fallu aux américains pour faire (et voir) leurs premiers films critiques sur la guerre du Vietnam ? Leur serions-nous si inférieur ?
 
Ensuite, le fait que selon vous le problème avec cette loi soit avant tous que « Nous aurions été avisés de ne pas leur compliquer la tâche. »
Là encore, je suis quelque peu sidéré. Je me contenterais de citer Thomas Paine pour atirer votre attention sur ce qui, moi, me préoccupe réellement :
« Celui qui veut conserver sa liberté doit protéger même ses ennemis de l'oppression ; car s'il ne s'y astreint pas il créera ainsi un précédent qui l'atteindra un jour. »
 
Pendant que j’y suis, quelles sont les positions d’IES sur la liberté d’expression ? Quelqu’un aurait-il l’obligeance de poster ici quelques liens vers les anciens post pour le petit nouveau que je suis ?
Cordialement.