J.M. Bockel: débat sur l'immigration irrégulière au Conseil de l'Europe

Publié le par Jean-Marie Bockel

medium_aaa_jean_marie_bockel.15.jpg 5 octobre 2006 - débat sur l’arrivée massive des migrants irréguliers sur les rivages de l’Europe de Sud

" M. BOCKEL (France). – Merci, monsieur le Président, d’avoir été sensible aux protestations de nos collègues, nous permettant ainsi d’aller au terme du débat.

Beaucoup a été dit sur la description des drames qui sont vécus. Responsables politiques que nous sommes, nous devons imaginer dans l’urgence des solutions humaines à des destinées bouleversées par l’exil. Cependant nous devons aussi prendre en compte l’impact sur nos sociétés de l’arrivée de dizaines de milliers de migrants « sans papiers », auxquels nous devons trouver des logements, du travail et des écoles pour leurs enfants.

J’approuve notre rapporteur quand il demande le plein respect des traités internationaux, en particulier de nos conventions. Je l’approuve aussi quand il rappelle le droit des États européens de réprimer l’action des passeurs. Ils doivent être traités comme les criminels qu’ils sont puisqu’ils font courir un danger de mort aux candidats à l’immigration après leur avoir fait subir les pires situations. La faute n’incombe pas à une prétendue « Europe forteresse » qui ne fait que se protéger.

À l’échelle des Vingt-sept, a fortiori des Quarante-six, l’Europe accueille sans doute plus d’un million de migrants réguliers chaque année. Je cite ces chiffres pour rappeler que nos États ne peuvent accueillir sans aucun contrôle tous les candidats à la migration économique.

Notre rapporteur nous invite à “examiner les causes profondes des migrations” pour trouver des solutions durables. Le chantier est immense. Nous en connaissons désormais les éléments déterminants. On sent bien, sur tous les bancs, que des accords s’esquissent. Il s’agit de négocier et de mettre en œuvre des accords de partenariat entre les États de départ et les États d’arrivée. Il est d’ailleurs souhaitable d’inscrire ces accords dans le cadre plus large d’une politique européenne commune de l’immigration.

medium_flag_europe.5.jpgUne fois établie une règle du jeu claire et concertée, encore faut-il la faire connaître et s’associer pour qu’elle soit respectée.

Cette coordination s’impose également à l’égard des mesures de régularisation massive évoquées par certains de nos collègues. La France, l’Italie, l’Espagne y procèdent aujourd’hui. Il ne faut pas “jouer perso” en la matière. Une fois régularisés dans l’espace Schengen, les migrants s’installent où bon leur semble. On voit bien alors que les mesures au coup par coup, sans coordination, fonctionnent comme un appel d’air. C’est la raison pour laquelle il faut aller au-delà.

Il faut également « mettre le paquet », si je puis dire, sur une politique de codéveloppement entre États du Nord et États du Sud de la Méditerranée. Pour être efficace, elle doit s’attaquer à plusieurs freins.

D’abord, il convient d’assurer une meilleure transparence dans l’allocation des crédits publics. Il n’est plus possible que seulement un quart des aides publiques au développement soit effectivement dépensé pour les objectifs prévus et que les trois quarts soient plus ou moins détournés.

Ensuite, il faut privilégier une concentration des aides au profit de l’amélioration de la santé, et surtout, de l’éducation, celle des filles devant bénéficier du même effort. C’est le seul facteur qui favorise aujourd’hui la diffusion de l’alphabétisation et, par conséquent, le maintien sur place des professions indispensables au développement.

Ce qu’on appelle volontiers la «bonne gouvernance» est indiscutablement la condition du redressement des économies africaines, de leurs progrès démocratiques; c’est aussi la seule perspective durable qui, redonnant espoir à ces populations dont la moitié a moins de vingt ans, les encouragera ainsi à développer leur propre pays plutôt qu’à grossir les rangs des déracinés de nos banlieues.

Voilà ce qui me paraît être de manière concertée, la priorité des priorités. (Applaudissements)

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Jean-Marie Bockel

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marc d HERE 12/10/2006 08:27

Je ne vois pas dans ce texte un renoncement à une politique de "raccompagnement", ce qui exige de toutes façons des accords avec les pays sources. Ce qui est dit sur les accords à passer avec ces pays pour limiter .  l'immigration et assurer leur développement ma paraît juste. De même son opposition aux régularisations massives, avec un droit de regard des pays européens sur ce qi est fait dans un pays, les accords de Shengen faisant des régularisés dans un pays, des régularisés dans tous....C'était la position de Sarkozy à Madrid et elle ma paraît juste. Qu'en pense le PS?
marc

Compte 11/10/2006 18:41

désolé, mais je trouve cet article plein de lieux communs.
faut-il comprendre que l'on doit renoncer à une politique de racompagnement quand cela est possible ? N'est-ce pas faire l'impasse sur le fait que nombreux sont les états qui ont intérêt à "exporter" leur démographie galopante (qui "rapporte" plusieurs points du pib en soutien au pays) ? quand certains d'entre eux ne reconnaissent même pas leurs concitoyens ou sont absents aux rares reunion d'euromed (algérie).
ce sont des problèmes compliqués qui ne peuvent pas être traités gentiment. cela passera certainement par des accords entre états ou à travers l'europe, où tout devra être mis sur la table.

marc d HERE 11/10/2006 12:41

Merci aux Socialistes liberaux d'Ile de France sur le blog desquels j'a obtenu ce texte (et la photo).
merci