Retour sur le Projet socialiste

Publié le par marc dHERE

Au moment où les socialistes sont engagés dans une bataille interne qui doit départager leurs trois candidats, il n'est pas inutile de rappeler que quelles que soient leurs différences proclamées, ils ont tous trois entériné et voté le projet socialiste en juin.  Rappel de ce que nous en disons à l'époque...

Le programme présenté par le parti socialiste, même s’il  traduit quelques bonnes intentions et  présente plusieurs mesures intéressantes,  souffre de n’offrir aucune vision d’ensemble. C’est un programme d’inspiration classiquement sociale démocrate, mal adapté à notre temps, peu mobilisateur  et qui ne se donne pas les moyens de ses ambitions.  Le catalogue de propositions disparates qu’il avance ne permet pas la rénovation de nos structures et n’apparaît pas capable de redonner à notre société la confiance et  à notre pays le dynamisme qui leur font aujourd’hui défaut.  Il   est, sur des points essentiels, en contradiction avec les politiques menées par tous les partis socialistes et sociaux démocrates au pouvoir en Europe, qui eux, ont su évoluer. Encore une fois le PS français pense  avoir  raison tout seul.

 

 

 

Sans vouloir me livrer à  une analyse détaillée,  je mettrais en évidence quatre  points et quelques manques  que j’estime graves et qui nuisent à la crédibilité de ce programme.

 

 

 

Un des enjeux essentiels de toute politique aujourd’hui est la diminution de la dette et du déficit dont le montant excessif  nous ôte d’ores et déjà toute marge de manœuvre (l’impôt sur le revenu est utilisé  à payer les intérêts de la dette….) et fera peser une charge intolérable sur les générations qui nous suivent. Cet assainissement financier  exige deux choses : la croissance d’abord  et la limitation des dépenses publiques. Sur le premier point le programme socialiste répond  partiellement en proposant une politique d’augmentation des bas revenus, politique qui risque de voir ses effets annulés par des contraintes supplémentaires imposées aux entreprises, l’augmentation des prélèvements notamment  sur une grande part des  classes moyennes.  Surtout rien n’est proposé qui puisse contribuer à diminuer les dépenses publiques.  Au contraire, les moyens supplémentaires prévus dans de nombreux secteurs de l’administration, c'est-à-dire les  embauches supplémentaires de fonctionnaires, la renationalisation à 100% d’EDF (qui outre les inconvénients de fonctionnement qu’elle entraînera,  coûtera de l’ordre de 10 milliard d’Euros à la collectivité), celle évoquée de GDF,  le retour des emplois jeunes, les aides et allocations multiples envisagées, le service civil obligatoire,  augmenteront considérablement ces dépenses.  Les déficits ne diminueront pas, tout laisse à penser au contraire qu’ils augmenteront, et dans tous les cas, la dette continuera sa progression. Dans la réalité on se retrouvera sans doute dans l’incapacité de financer les mesures (certaines excellentes) qui sont  proposées pour réduire les inégalités et assurer la solidarité.

 

Les entreprises, que la mondialisation place dans des conditions de concurrence toujours plus difficiles, verront leurs charges augmenter et leur compétitivité menacée : augmentation du SMIC et  donc des rémunérations proches, généralisation des 35 heures à toutes les entreprises, y compris les petites (qui bénéficieront, il est vrai de certains avantages),  diminution du contingent d’heures supplémentaires et  augmentation de leur coût, limitation des diminutions de charges sociales et  augmentation de certains prélèvements pour les grandes et les moyennes entreprises  ….Rien n’est proposé de sérieux  pour permettre le développement de la recherche et  de  l’innovation qui sont pourtant la condition du développement (si ce n’est une augmentation du budget, inefficace sans réforme).

 

 

 

Retour en arrière sur certaines réformes lourdes comme celle sur les retraites : réaffirmation de la retraite à 60 ans, à l’inverse de toutes les politiques réalisées en Europe, ce qui conduira soit à une augmentation du coût des retraites pour la collectivité soit à une diminution des retraites versées… refus de la retraite à la carte, abandon de la politique d’égalité du temps de cotisation entre le privé et le public, aucun projet de réforme des régimes spéciaux…..

 

 

 

Sur l’emploi,  retour à la politique  des 35 heures et des emplois jeunes qui ont surtout un  résultat statistique, avec un coût élevé pour la collectivité. La politique de « flexsécurité » adoptée dans tous les pays qui réussissent  est  ignorée (seul le côté sécurité est développé) comme l’est toute politique de responsabilisation et d’incitation. Le CNE (qui paraît créer  des emplois) sera abrogé, sans évaluation….  

 

 

 

Et puis il y a tout ce qui manque dans ce programme.  L’abandon de toute idée de réforme de la santé, rien sur l’avenir de la protection sociale, aucun projet  de réforme de l’Etat et de l’administration, de l’école, des universités (en dehors de moyens supplémentaires !...on évoque une vague autonomie de gestion mais on se garde bien de prévoir l’autonomie de financement et de recrutement …). La politique de lutte contre l’insécurité et la délinquance, malgré la volonté affichée  de Ségolène Royal reste encore marquée par l’angélisme de la période Jospin. Aucune mesure de discrimination positive pour lutter efficacement contre l’exclusion et la précarité….. Aucun élan redonné à la construction de l’Europe, aucun élan à la politique d’aide au développement sinon,  là encore, une augmentation des moyens.

  

Il est fortement  souhaitable  que ce programme ne  soit pas  le seul défendu par la gauche à la prochaine élection présidentielle. Un autre choix doit être offert aux électeurs de gauche.  Il doit y avoir  un candidat pour présenter une politique réaliste en harmonie avec celle de nos partenaires de la gauche européenne. Une politique ambitieuse pour la relance de l’Europe, un programme pour redonner à la France la capacité de tenir son rang et d’être utile au monde, un programme pour lutter enfin contre le chômage et  la précarité, pour assurer, dans le cadre d’une économie de concurrence  une croissance qui donnera les moyens de la solidarité,   un programme pour réduire les déficits qui empêchent toute action, un programme de réformes courageuses, sans lesquelles nos efforts resteront vains….

Notre appel à Bernard Kouchner, est, à la lecture de ce programme, plus actuel et plus nécessaire que jamais.

 

 

 

Marc d’Héré

 

Publié dans Vie politique

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Guillaume fabre 12/10/2006 09:26

La relance de la consommation, certes... Dans une économie ouverte à plus de 70% comme celle de la France, c'est illusoire, en témoigne l'échec du plan de relance en 81 alors que l'Allemagne entrait dans une politique d'austérité. Un plan de relance supposerait donc à tout au moins une coordination européenne.

Frednetick 10/10/2006 16:01

Et encore la ritournelle sur le deficit public et la dette..."proposant une politique d’augmentation des bas revenus, politique qui risque de voir ses effets annulés par des contraintes supplémentaires imposées aux entreprises"Et la relance de la demande, ça vous dit quelque chose? les entreprises investissent et embauchent ensuite parcequ'il existe une demande forte, réelle et qui persiste dans le temps...la propension a consommer des faibles revenus est plus importante que celle des hauts salaires dans la mesure où ils n'épargnent pas le surplus...ils sont la meilleure cible pour relancer une croissance qui est soutenue en france à 80% par la consommation !!Ceci dit tout dans ce programme n'est pas à la hauteur des attentes, ni totalement en phase avec la réalités des choses, je suis d'accord.....

J.M. Bouquery 07/10/2006 13:37


"Que reste t'il......;  retour sur le projet....."
Ces titres et malheureusement ces réalités de ritournelle sentent les  "feuilles d'automne". Corporatisme national et corporatisme de parti sont les fleurs sans promesse de fruits d'un projet et de pratiques d'appareil. Bonne chance madame Royal et bon courage monsieur Kouchner.
Peut il y avoir quatre autres ambitions que de vouloir rester dans le monde à travers l'europe, que d'agir contre l'extrême pauvreté au politique et non seulement à la charité, que d'entrainer les énergies de création de valeur y compris de richesses qui les facilitent, que de s'appuyer sur la dynamique de vie et d'organisation des corps intermédiaires et des initiatives/entreprises, qui font la liberté et la démocratie contre la mythologie étatiste mortifère et démobilisatrice car autant de droite que de gauche. Cela n'est pas être au "centre", c'est être devant car au devant des autres.
jm bouquery

Fred 05/10/2006 18:21

Cher Marc,
Comme tu l'imagines, cet article m'inspire de nombreux commentaires et contre-argumentaires. Non pas pour prétendre que ce projet est parfait, mais pour en dégager les principales lignes de force, qui sont effectivement authentiquement sociales-démocrates, ce qui n'a rien de "classique" au PS.
je me permettrais donc de t'envoyer une réponse dans les heures ou les jours à venir, en espérant qu'elle pourra contribuer aux reflexions de l'IES.