Que reste-t-il de la gauche?

Publié le par Anthony Giddens

Je vous propose aujourd’hui cet extrait d’un  texte d’Anthony Giddens, théoricien de la « troisième voie » de Tony Blair,  récemment paru dans «  La Repubblica  » et repris par le « Courrier international »

 

 

Que reste-t-il après la fin du socialisme ? Ou pour le dire autrement que reste-t-il de la gauche ? La gauche a survécu à la disparition du socialisme. On perçoit clairement le fil qui relie le socialisme réformiste aux actuels partis de gauche, mais plus en termes de valeurs qu’en termes de politiques. La gauche défend les valeurs d’égalitarisme et de solidarité, la protection des plus faibles et l’idée que l’action collective est indispensable pour défendre ces valeurs. Cette « action collective » implique que l’Etat mais aussi d’autres acteurs de la société civile ont un rôle à jouer.

La gauche ne peut plus se donner simplement pour mission, comme le faisaient autrefois les socialistes, de limiter les dégâts dûs aux marchés. Le capitalisme a toujours besoin de régulation. Pourtant, aujourd’hui, la fonction de l’Etat doit parfois être d’accroître le rôle des marchés et non de le réduire ; ou d’aider les marchés à fonctionner de manière plus efficace.

La gauche ne peut plus se définir comme étant opposée à la réforme de l’Etat-providence. Celui-ci, rappelons-le, a été conçu à l’origine comme un filet de sécurité. Certains de ses objectifs demeurent, mais aujourd’hui le système de protection doit tendre à devenir un véritable mécanisme d’investissement social. Nous devons investir dans les individus afin de les aider à subvenir à leurs propres besoins dans une époque qui laisse une place bien plus grande qu’autrefois à la liberté et aux aspirations individuelles. Le système éducatif doit être radicalement rénové afin d’être en mesure d’affronter un monde de plus en plus compétitif ; l’enseignement supérieur, lui aussi du meilleur niveau possible, doit être beaucoup plus largement accessible.

La gauche ne peut plus se définir en fonction d’une vision classique des libertés individuelles. Ce n’est pas être de droite que d’affirmer que l’immigration doit être contrôlée et que les immigrés doivent accepter une série de devoirs citoyens, dont l’obligation d’apprendre la langue du pays d’accueil. Ce n’est pas être de droite que de vouloir réagir avec fermeté face au terrorisme. Les nouvelles menaces terroristes auxquelles sont confrontées les sociétés occidentales ne sont plus les mêmes qu’à l’époque où sévissaient les Brigades rouges….Le droit de se sentir protégé de la violence terroriste est en soi une liberté fondamentale, qui doit être équilibrée par rapport aux autres.

Je suis convaincu que la gauche de l’après socialisme peut et devrait être plus œcuménique que ne l’était la gauche traditionnelle. Nous devons continuer à trouver de nouvelles politiques pour être en mesure de faire avancer les valeurs de gauche ; et l’innovation en politique découle non des dogmatismes mais du libre échange des idées.

 

[Résumant l’ensemble du texte, le « Courrier International » écrit que pour Anthony Giddens, la gauche n’a un avenir que si elle sait s’approprier des concepts comme le libéralisme et la sécurité……..IES défend  cette même idée…..]

Publié dans Réflexion politique

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Stéphane 04/10/2006 13:05

Anthony Giddens est remarquable, ses idées donnent envie de faire de la politique ! Il présente la modernité dans toutes ces composantes.