Où sont les hommes...?

Publié le par Frank Martin

Où sont les hommes … d’Etat ?
L'un est authentiquement de droite et l'autre authentiquement de gauche, mais Nicolas et Ségolène se ressemblent trop pour qu’il puisse s’agir d’un simple phénomène médiatique. A l’évidence, ils se détachent trop au sein de ce qu’il convient d’appeler « l’opinion » pour ne pas être pris en compte pour bien plus que ce qui se dégage de leur propre personnalité. Ils représentent quelque chose de fort. Ils brouillent les repères avec d’autant plus de délectation qu’ils en tirent un bénéfice quasi automatique … lors même que justement leurs adversaires attendent de l’opinion qu’elles désavouent ces empêcheurs de gouverner en rond. Ainsi donc, dans chaque camp les appareils politiques pointent chacune des  initiatives de nos deux héros, dans l’espoir que l’opinion dans sa grande sagesse finira par reconnaître ses erreurs. Hélas pour eux … plus ils se distinguent, et plus l’opinion les distingue … et s’amorce alors ce phénomène étonnant : plus on souhaite marginaliser les deux candidats et plus on se marginalise soi-même.

 

 

Il est bien compréhensible que Lionel Jospin ait été le premier à péter les plombs[1]…, à mon avis parce qu’il est, parmi les hommes politiques français, celui qui incarne l’homme d’Etat par excellence. C’est sa personnalité rigoureuse qui lui a permis de tenir le choc dans les luttes internes du PS qui l’ont amené à être candidat aux présidentielles de 1995, de gagner les législatives de 1997 et de discréditer la droite et Jacques Chirac, enfin d’être le meilleur et le plus pérenne Premier ministre de la cinquième République.

 

 

Mais ce qui a permis de résister à la démagogie chiraquienne, ne permet pas de résister à l’élan qui amène Sarkozy et Ségolène au zénith des sondages… Le temps qui passe avec les discours renforcent cette idée que seul à droite Sarkozy peut s’opposer à Ségolène et que seule à gauche Ségolène peut s’opposer à Sarkozy.
Les subtils calculs d’appareils ont fait long feu qui visaient à droite comme à gauche à mesurer qui dans son propre camp avait la stature du présidentiable. Nous avons à droite un ministre d’Etat qui jouit de ridiculiser l’appareil d’Etat en s’attaquant au pouvoir judiciaire. Nous avons à gauche une candidate qui, non contente d’être la première femme française étant en mesure de devenir présidente de la République , démonte les principes pyramidaux de la décision politique à la française. Voilà, que selon elle, chaque français est l’expert de sa propre existence et à ce titre mérite d’être écouté…

 

 

On est bien loin de cette classique image sur laquelle se sont bâtis les destins politiques depuis la République Française. Un Homme d’Etat, père de la Nation et enfant de la Raison , légitimant de par son titre le principe du mérite Républicain.
En ridiculisant (involontairement) cette image, Jacques Chirac a sans doute favorisé la manifestation d’une autre aspiration de la population française. Elle attend, à l’évidence plus d’écoute que de cohérence, plus d’humanité et moins d’institution,  moins de mensonge et plus de débat. On peut en regretter certains aspects. Mais on ne peut traiter de démagogues ceux qui, à droite comme à gauche prennent les risques de la confrontation. 

Franck Martin

Maire de Louviers

 

 



[1] Mais sa colère n’a pu trouver son exutoire que dans le retrait de sa candidature quelques heures seulement après l’écriture de cet article

Publié dans Vie politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

marc d HERE 29/09/2006 10:23

Brillante analyse, cher Franck Martin, envoies-nous d'autres articles de cette veine...
marc