Les nouveaux défis de la ville

Publié le par Jean-Marie Bockel

Jean-Marie Bockel m'adresse cet article publié dans "Les Echos" de lundi 25 09....

Les villes sont au coeur des défis qui découlent des modèles actuels de développement. Mais je suis convaincu qu'elles sont également les plus aptes à y apporter des réponses. C'est pourquoi, avec mes collègues maires de grandes villes, nous avons décidé de faire du développement urbain durable le fil directeur de la VIe Conférence des villes.

Dans le cadre de la mondialisation, les questions qui se posent au niveau global se posent, en même temps, au niveau local. Chacun en fait l'expérience au quotidien.

Je sais que chaque ville a son identité, ses caractéristiques propres qui font qu'elle n'est semblable à nulle autre. Mais on ne peut plus concevoir des villes isolées à l'intérieur de leurs frontières, vivant comme des systèmes fermés, retranchées sur elles-mêmes. Les villes et leurs agglomérations se trouvent confrontées à des problèmes de chômage, de santé publique, de sécurité, d'insertion, qui posent des questions de cohésion sociale de plus en plus préoccupantes.

Je suis persuadé que c'est en recherchant les solutions à ce sujet, sur le terrain, en comparant leurs expériences, que les villes et les agglomérations pourront contribuer à répondre aux enjeux de notre société. Ce dont il s'agit, en réalité, c'est de contribuer à jeter les bases d'un développement urbain durable.

Je vois pour ma part au moins trois directions vers lesquelles il convient de s'orienter. La première a trait à l'économie du savoir, où nos villes et nos agglomérations ont un rôle clef à jouer. Trop souvent, comme beaucoup de géographes l'ont observé, on les considère comme de simples points d'application territoriaux de politiques économiques, définies au niveau national ou mondial. Ce sont, au mieux, des agents, en aucun cas des acteurs. Mais, on le sait, nous sommes de plus en plus intégrés dans une économie du savoir, des flux et des échanges d'information. Or, les villes et les agglomérations constituent des lieux privilégiés de combinaison de ces différents facteurs.

Elles deviennent de véritables acteurs économiques, créateurs de richesses et dont la prospérité de beaucoup dépend. En ce sens, avec mes collègues maires de grandes villes, nous accordons une attention toute particulière au développement économique dans la VIe Conférence des villes. Qu'il s'agisse de pôles de compétitivité réunissant chercheurs, universitaires et entrepreneurs, des stratégies territoriales de l'emploi, d'insertion professionnelle et sociale grâce aux fonds européens alimentant les plans locaux pour l'insertion et l'emploi (PLIE) et les maisons de l'emploi et de la formation, on a affaire, ici, à une dimension essentielle du développement urbain durable.

La seconde direction consiste en l'éducation au sens large du terme et en l'égalité réelle des chances. Nous ne pouvons nous permettre, dans une stricte perspective de ville solidaire, de laisser de côté des jeunes dont l'accès à la citoyenneté sera d'autant plus difficile qu'ils accumuleront les handicaps sociaux dont, au premier chef, l'absence ou l'insuffisance d'éducation.

C'est pourquoi la mise en place de politiques éducatives locales représente également un élément clef de tout développement urbain durable. Cela concerne naturellement le champ de l'université et de la recherche, où les importants besoins en fonctionnement et en équipement sollicitent de plus en plus les structures intercommunales. Mais cela concerne aussi le véritable champ émergent que constituent, pour les villes et leurs groupements, des initiatives telles que la mise en place de projets éducatifs locaux, d'écoles de la seconde chance ou l'installation de nouvelles équipes de réussite éducative. L'enseignement ne se limite plus à l'école. C'est de l'instruction scolaire vers l'éducation du citoyen tout entier qu'il faut tendre.

La troisième direction a trait à la gouvernance des villes et à la transformation radicale qu'elle suppose. La gestion actuelle de nos villes se caractérise beaucoup trop par la segmentation. Cette segmentation s'observe sur plusieurs plans. D'abord entre l'Etat, les régions, les départements, les agglomérations et les communes ; chacun avec un bloc de compétences bien défini, mais aussi des interférences continuelles où les attributions des uns et des autres se recoupent sans se fondre. Ensuite, entre les différents domaines de la gestion locale : les transports, le logement, la sécurité, l'eau et l'assainissement... Et enfin, entre la gestion publique et l'ensemble de la société.

C'est le terme de transversalité qui est ici le maître mot. On ne peut concevoir de développement urbain durable sans penser l'ensemble des territoires comme un système de relations. Cela est vrai à l'échelle des différents niveaux du territoire. Mais cela est encore plus vrai à l'échelle des structures d'agglomération où il importe de démocratiser et de rendre plus lisible aux yeux des citoyens le système d'autorité en vigueur.

C'est pourquoi, tant lors de la Conférence des villes que dans le manifeste des maires de grandes villes de France, que nous présenterons à cette occasion, nous proposons d'introduire une dose de suffrage universel, dans des proportions à débattre, au niveau de l'exécutif des communautés. C'est à cette seule condition que l'on pourra parler d'un espace politique majeur dans l'agglomération.

JEAN-MARIE BOCKEL est président de l'Association des maires de grandes villes de France.

 

 

 

 

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laurent py 31/10/2006 13:18

je voulais bien sûr dire la définition de nouvelles responsabilités et de nouvelles compétences doit aller de pair l'approfondissement des structures démocratiques....et non pas l'invesre ;-)

Laurent Py 31/10/2006 13:09

Parallèle intéressant avec l'article récent de ce blog sur la régionalisation. Face à la mondialisation qui recompose les territoires et aux nouveaux enjeux en terme de gouvernance et de développement, qui appellent à plus de décentralisation et à un État recentré sur l'action stratégique, le local doit jouer un rôle nouveau. Que ce soit pour la Région ou la ville, l'approfondissement des structures démocratiques doit aller de pair avec la définition de nouvelles responsabilités et de nouvelles compétences. Il ne s\\\'agit pas seulement de trouver une nouvelle relation entre le local et le central et/ou le global, mais de créer de nouvelles relations à l'intérieur même du local pour lesquelles la participation de la société civile et des citoyens s'avère essentielle au risque sinon de créer de nouveaux closonnements.

Piotr 28/09/2006 16:51

Pour que les habitants d\\\'une intercommunalité sentent que celle-ci les représentent, ils doivent élire leur président. Ainsi, au moins, dans la cet ensemble, quelqu\\\'un représentera-t-il le territoire en tant que tel sans être soupçonné de défendre sa commune. Bien entendu, ce mandat doit être incompatible avec celui de conseiller municipal d\\\'une commune quelqu\\\'elle soit.
Pour le reste, mais c\\\'est secondaire, peut-être faut-il déterminer un quota représentatif des quartiers ou des communes ... mais, justement, il ne représenteront qu\\\'une partie de leur territoire, et d\\\'une façon moins légitime encore que des conseillers municipaux choisis par le conseil.

J.M. Bouquery 28/09/2006 14:40

Civilisation urbaine et villes à civiliser. VilleS et villas: des citadins pas toujours assez citoyens et des quartiers où l'urbanité fuit; des coeurs de ville touristisés;  des zones périurbaines d'expansion, de détente ou de refuge; des bourgs moins vils ou vilains; des campagnes annexées; le rural profond ressuscité par les fuyards, transfuges et intermittents de la ville; les rives cannibalisées; .....Panser les villes mais penser la ville sans frontières.
 
jm bouquery