La non réponse des politiques

Publié le par Cap 21

Le 9 septembre se tenait l'université d'été de CAP 21, le mouvement politique de Corinne Lepage. J'avais été invité à participer à une table ronde....Ci dessous, le compte rendu qu'en fait CAP 21.

Désaffection à l’égard du politique et du syndicalisme, crise de la représentation, fracture entre dirigeants et citoyens : comment expliquer la crise du politique ?
Pour répondre à cette dernière table ronde animée par Eric Delhaye (porte-parole de Cap21, délégué Picardie) : André BERCOFF (écrivain, éditeur, journaliste, Président des Copropriétaires de la République), Roland CAYROL (Directeur de l’institut CSA), Michèle RIVASI (ancien député, Présidente du CRII-REM), Marc d’HÉRÉ (Président de Initiative Européenne et sociale), Emmanuel DUPUY (Président de l’Union des Républicains Radicaux) et Yann WERHLING (secrétaire national des Verts).

Roland Cayrol a avancé plusieurs explications : le non renouvellement de la classe politique, les mêmes promesses non tenues depuis 20 ans, le cumul des mandats, entre autres, ont provoqué un dégoût chez les citoyens et un phénomène croissant d’abstention.
Parallèlement, le monde associatif n’a jamais été aussi vivace, prouvant que les citoyens s’intéressent fortement à la chose publique et sont en attente de changement.
Plusieurs pistes existent : le non cumul des mandats et leur limitation dans la durée (2 mandats et non 3), la concrétisation de la parité et la disparition du système des appareils, capteurs des financements politiques mais aussi de l’accès aux médias. « Notre tort est de nous satisfaire des seuls changements qui se produisent au niveau local, où effectivement la démocratie existe, prévient Roland Cayrol. Il faut être attentifs à ne pas abandonner le combat pour un changement des pratiques au plan national, sous prétexte que nous n’avons pas prise sur lui ».

Pour André Bercoff, la lutte à mener est celle de la reconquête de la République, confisquée par les élites et la « noblesse d’Etat », mais dont nous sommes pourtant tous « copropriétaires ». Le scrutin majoritaire empêche la représentation de toutes les catégories de la population, et la majorité d’entre elle, composée d’ouvriers et d’employés, est inexistante politiquement. « Nous sommes toujours en Monarchie, avec une poignée de privilégiés protégés qui se partagent des ressources devenues de plus en rares », explique André Bercoff. Pour autant, les politiques ont besoin des citoyens et croire qu’il suffit de les faire voter tous les 5 ans ne tient plus aujourd’hui.

Un constat partagé par Emmanuel Dupuy, qui a souligné la dépossession démocratique des citoyens au profit de la classe dirigeante et des lobbies, alors que nombre de clubs politiques et de réflexion se créent pour apporter des idées et alimenter le débat.

S’appuyant sur son expérience de députée, Michèle Rivasi a largement confirmé cette confiscation du pouvoir au sein de l’Assemblée nationale en particulier, où les parlementaires entretiennent un système de pré carré et de chasse gardée sur des sujets aussi importants que les déchets nucléaires. Une confiscation dont est complice le milieu des experts scientifiques officiels, qui se font trop souvent les porte-parole des lobbies sur les OGM, le nucléaire ou encore la téléphonie. Leur pouvoir est immense, étant donné d’une part l’ignorance des élus sur les questions scientifiques, et d’autre part l’exclusion des contre-experts venus du monde associatif ou scientifique non « accrédité » par le pouvoir.

Autre blocage structurel évoqué par Marc d’Héré, le poids écrasant de l’Etat, qui empêche de s’exprimer les forces vives de la société. En France, toute organisation intermédiaire se situant entre le citoyen et le pouvoir est considérée d’emblée soit comme un écran qui nuirait à la démocratie, soit comme un relais d’intérêts corporatistes. Conséquence : la société civile a intérêt à construire ses propres partis pour participer directement au pouvoir.

Yann Wehrling est ensuite revenu sur la question du scrutin majoritaire, qui nuit à la représentation équitable des partis écologistes à l’Assemblée nationale ; contrairement à l’Allemagne, où avec les mêmes suffrages, ils obtiennent une cinquantaine de députés. Il a également dénoncé la « caricature » de mouvements comme les Verts ou Cap 21 considérés comme de « petits partis » par les grandes formations traditionnelles, qui continuent à capter les financements et les temps de parole. « Un petit parti n’est pas synonyme de petites idées, et un grand parti n’est pas non plus synonyme de grandes idées. Il faut recentrer le débat sur le champ des idées, pas celui des personnes ».

Publié dans Réflexion politique

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