Produire et utiliser une énergie responsable

Publié le par Corinne Lepage

Corinne Lepage m'autorise à publier la tribune parue ce mercredi 19 juillet dans Le Figaro. Je l'en remercie.

Par une décision que l'on peut qualifier d'historique, le Conseil d'Etat vient d'annuler la déclaration d'utilité publique de la ligne à très haute tension (THT) qui devait traverser les gorges du Verdon, en considérant que la qualité exceptionnelle du site privait le projet d'EDF d'utilité publique. Cette décision introduit une nouvelle hiérarchie entre intérêts généraux antagonistes et reconnaît la valeur du patrimoine collectif lorsque celui-ci est traité comme quantité négligeable au regard de choix définis, finalement, de manière temporaire au regard de la pérennité des paysages, par quelques génies du progrès.

 
Elle rappelle également très opportunément ce qu'est l'état de droit dans un pays où ceux qui sont chargés de le garantir sont les premiers à vouloir s'en affranchir. Je pense bien évidemment aux expérimentations d'OGM, autorisées de manière complètement illégale et en toute connaissance de cause par le gouvernement, au mépris des arrêts et jugements rendus par la justice administrative, sanctionnant le non-respect du droit communautaire et national. C'est la négation de notre droit qui entraîne les plus désespérés des opposants aux cultures transgéniques en plein champ à passer dans l'illégalité, faisant ainsi le jeu bien involontaire des multinationales céréalières. Celles-ci se drapent dans une indignation résolue face à ce qui est aussi une attaque de la propriété privée. A quand une mise en cause sur le fond et avec les armes du droit des pratiques de ces apprentis sorciers qui jouent avec le feu et refusent de transmettre les résultats des expérimentations faites sur des rats ?
 
Revenons au Verdon. Une fois encore, le combat fut rude mais il a pu être mené à bien grâce à la résolution et l'entente des associations qui étaient parties prenantes dans ce dossier. David a vaincu Goliath, preuve s'il en est que la ténacité et le courage payent et que nous sommes encore dans un état de droit. A nous, par notre vigilance et nos actions, de savoir le maintenir et le renforcer. Mais ce combat fut-il celui de quelques protecteurs de la nature contre les tenants de la marche du progrès ? Ou, pour pousser plus avant, le refus de quelques obscurantistes contre les lumières de la fée électricité ? EDF nous présente comme les tenants de la bougie et de la réaction face aux lumières portées par ses cohortes d'ingénieurs.
 
Cette vision souffre d'une perception doublement anachronique du rapport à l'énergie. Elle a le parfum d'un roman de Jules Verne où l'ingénieur était le porteur de l'avenir. Mais Jules Verne écrivait au XIXe... et elle est aussi l'expression d'un centralisme énergétique en accord avec le jacobinisme qui pollue les plus hautes sphères du pouvoir. L'accès à l'énergie sera l'un des enjeux majeurs des années à venir avec l'accès à l'eau, la protection de l'air et l'adaptation de nos structures aux conséquences du réchauffement climatique. Pour l'énergie, le discours récurrent tenu par les producteurs est celui du «toujours plus» face à une demande en pleine explosion. Il ne peut en être autrement de la part d'EDF et des autres acteurs du marché qui en sont restés à une logique de produit et se rémunèrent à la consommation. Rien n'est fait dès lors pour diminuer cette surconsommation, source naturelle de revenus. La réponse tient alors en deux mots : toujours plus. Et cette course sans fin se mène avec des centrales toujours plus puissantes, toujours plus «centrales».
 
Il est grand temps que nous passions, dans le domaine de l'énergie, du produit aux services. EDF doit faire sa mue et devenir un fournisseur d'accès à une énergie responsable. Nous devons apprendre à consommer moins et nous avons grandement besoin des professionnels d'EDF pour le faire. Nous avons aussi besoin d'une plus grande autonomie énergétique pour chacun de nous. Comment peut-on encore construire aujourd'hui des bâtiments qui ne produisent pas d'électricité ? En Allemagne, des maisons positives produisent plus qu'elles ne consomment. Qu'en est-il en France ? A quel service d'EDF dois-je m'adresser pour devenir un producteur local ?
 
Nous avons certes besoin de grandes unités pour alimenter nos industries. Mais avons-nous besoin de centrale nucléaire pour nos veilles télés, nos chargeurs de téléphones portables perpétuellement branchés et cette consommation cachée qui alimente le toujours plus ? Ne pouvons-nous pas devenir responsables et produire localement nos besoins avec un accompagnement technique que seule une grande entreprise nationale comme EDF peut mener ? J'attends d'un grand service public comme EDF qu'il soit notre fournisseur d'accès à une véritable autonomie énergétique qui passe par la décentralisation de la production et la disparition progressive des lignes à haute tension, symboles du jacobinisme électrique qui balafra nos paysages.
 

J'ai dans ce sens piloté le programme Ecoresp (www.ecoresp.fr), qui démontre qu'une telle stratégie est génératrice d'économies et créatrice d'emplois. Oui, EDF doit muer pour enfin penser local dans son action globale. EDF doit devenir l'acteur de cette décentralisation que j'appelle de mes voeux, celle qui donnera à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur une plus grande sécurité énergétique par un mix intelligent entre la responsabilité individuelle, la production locale par le recours aux énergies renouvelables. Vous n'avez plus de THT ? Vous allez devenir la région pilote de la nouvelle stratégie énergétique qui fera de la France un champion de l'après-pétrole, expérimentateur du nouveau mix énergétique et pas seulement l'Etat le plus nucléarisé du monde.

Corinne Lepage

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oladuc 25/12/2006 23:27

L'écologie politique est un nouveau mouvement de nature globale. Après la tribu, la famille, le clan, la Nation, la "société" et la religion, voici la "Nature" dans laquelle l'individu doit être intégré et à laquelle il doit se soumettre. Cette nouvelle source d'asservissement de l'individu, s'appuie sur une science, l'écologie, pour nous "prouver" que sa morale et ses théories sont légitimes.
Les problèmes environnementaux, bien réels, doivent être traités de façon rationnelle et non provoquer l'emergence d'une nouvelle morale globalisante et quasi religieuse, avec ses porte-parole autoproclamés et ses grands prêtres.
Il n'y a aucune rationalité dans les prises de position écologistes contre le nucléaire un des énergies les moins dangereuses et qui ne produit aucun gaz à effet de serre, et contre les OGM, sauf à considérer que l'ingénierie génétique va contre "la Nature" (le  Dieu des écologistes).

Si IES choisi un des gourous écologistes comme candidat à une élection, ce sera sans moi et il faudra songer sérieusement à retirer le mot libéral de la profession de foi d'IES.

fredo 12/11/2006 21:05

Bonjour,

Merci de passer quelques instants sur
www.edf-gdf-loire-cgt.com


Pratiquez le lobbying-citoyen
et parlez de nous si affinité.

Amicalement,
Fredo.

marc d HERE 19/07/2006 20:37

Corinne Lepage est candidate à l'élection présidentielle...Elle l'avait déjà été en 2002.
même si , majoritairement IES espère que Bernard Kouchner se décidera, la candidature de Corinne Lepage ne peut que nous interesser.
marc

Camille 19/07/2006 19:31

Retrouvez le point de vue des communistes de Paris 14ème:
http://pcf-paris14.over-blog.org

Jean-Pierre 19/07/2006 14:54

J'ai souvent trouvé intéressant le discours et les actes de Corinne Lepage... Je lui ai même donné ma voix a une des dernières élections présidentielles

Il nous appartient de nous rassembler, là aussi, pour peser sur les politiques énergétiques et environnementales. Ça n'est pas gagné, j'en conviens, beaucoup de gens étant plus intéressé par la politique politicienne, là où les enjeux sont si futiles au regard des problèmes qui nous attendent.