Panier de soins

Publié le par Elie Arié

Une nouvelle tribune d’Elie Arié, sur les questions de santé et de protection sociale….qui font partie des réflexions d’IES, dans la préparation de son projet….

 

 

L'Assurance Maladie, créée à l'époque où la médecine ne coûtait pas cher:

- une ou deux consultations du médecin par maladie,
- des médicaments aussi peu actifs que bon marché (il n'y avait qu'un seul antibiotique, la pénicilline, qui venait d'apparaître),
-l'hôpital pour les pauvres (jusqu'en 1942, l' Assistance Publique était réservée aux indigents) et la clinique privée pour les rares interventions chirurgicales,

avait essentiellement pour objectif d'assurer le salaire pendant la durée des arrêts de travail pour maladie (indemnités journalières).

Il a fallu longtemps pour qu'on comprenne que, contrairement à ce que l'on pensait,elle serait structurellement déficitaire, parce que la demande de soins deviendrait illimitée (multiplication des possibilités thérapeutiques mais aussi de dépistage de masse; recherche de réponses médicales à tous les domaines de la vie non "pathologiques": procréation, refus du vieillissement, difficultés psychologiques, retards scolaires, etc., extension progressive de la prévention médicale à des tas de paramètres "hors normes": valeur des chiffres tensionnels ou du cholestérol sanguin, prévention de l'ostéoporose, etc.) .

 

 

 

Sur la création artificielle de besoins médicaux, lire d'ailleurs le remarquable ouvrage de Jörg Blech: "Les inventeurs de maladies"( Actes Sud, mai 2005), qui décrit bien le mécanisme par lequel l’industrie pharmaceutique « fabrique des malades »:

- en imposant toujours des normes de plus en plus basses des chiffres de tension artérielle ou des taux de cholestérol sanguin ,

-en faisant naître la terreur de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées,

- en surmédicalisant les femmes, les enfants et les personnes âgées, transformant ainsi un nombre croissant d’individus, jusque-là considérés comme normaux, en consommateurs à vie de médicaments.

Alors que, pendant longtemps, on cherchait une molécule pour guérir certains malades, on cherche aujourd’hui, de plus en plus, des gens susceptibles d’acheter une molécule.

Cette médicalisation croissante de la société dans le cadre de la montée en puissance du « tout-marché », conduit inéluctablement à la mort des systèmes publics d'Assurance-Maladie, conçus pour satisfaire les soins médicaux de toute une population, mais incapables de financer, pour les uns, un impossible apaisement de l'angoisse et des insatisfactions de la condition humaine, et, pour les autres, l'exigence de revenus toujours plus élevés.

 

 

 

On a donc fini par comprendre que:

-un pays ou un particulier ne peuvent pas consacrer des sommes illimitées à se soigner;

-on ne peut pas financer socialement des dépenses non régulées et ne répondant qu'à la loi de l'offre et de la demande illimitées (chacun peut voir autant qu'il veut le médecin qu'il veut, chaque médecin peut prescrire ce qu'il veut et s'installer où il veut, les hôpitaux ont poussé comme des champignons constituant le réseau hospitalier le plus dense du monde qu'il faut ensuite financer de la même manière, qu'ils soient vides ou pleins).

Face à cette prise de conscience de dépenses illimitées, sont apparus, partout au monde, aussi bien dans les systèmes de soins publics que privatisés, les trois concepts de:

-"parcours de soins rationalisé": l'accès aux spécialistes et aux actes techniques coûteux devaient être réservés au cas où le généraliste les jugerait nécessaires;

-"évaluation médicale": réserver les actes techniques et les traitements médicaux aux cas où leur efficacité a été démontrée;

-et surtout de "panier de soins": décider ce que l' Assurance Maladie devrait prendre en charge, en fonction de l' utilité en termes de santé publique et l'efficacité médicale, et ce qu'elle n'aurait pas à prendre en charge.

Mais, en France le panier de soins en vigueur (l'expression reste d'ailleurs taboue), sans qu’il y ait eu vraiment de décision volontariste en ce sens, inclut l’homéopathie, les cures thermales (souvent mono industrie de certaines villes), les prescriptions de médicaments à service médical rendu jugé insuffisant ou nul, mais exclut pour l’essentiel les lunettes, les prothèses dentaires, dont on ne peut pas vraiment dire à l’inverse que ce sont des produits inutiles. Y a-t-il une logique dans ceci ? Non, il y a le produit de l’histoire qui accumule les rapports de force, sans chercher à arbitrer entre  besoins de santé publique, aménagement du territoire et subvention d'emplois non producteurs de santé.

 

Elie Arié

 

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marc d HERE 29/06/2006 19:59

Je retiens de ton article, cher Elie, en dehors de tes critiques récurrentes du "marché" ,   l'appel à la responsabilisation. des différents acteurs.   C'est sans doute autour de cette notion  que peut se bâtir une nouvelle politique de santé....Je sais que tu as là-dessus des idées...Elle ne nous feront certainement pas toutes plaisir....Mais pourquoi ne pas en discuter?...
marc