Tirer les leçons de l'affaire d'Outreau

Publié le par Gilles Norroy

L’affaire d’Outreau est une des plus graves qu’ait connue l’Institution Républicaine depuis des années car la Justice est le pilier le plus essentiel de notre démocratie. Ce qui est en cause ce n’est pas simplement l’imbécillité têtue du juge Burgaud, mais bien le fonctionnement de tout un système.

 

Une entreprise ne garderait pas un comptable qui ne saurait pas compter, quel est donc cet acharnement de l’institution judicaire à vouloir garder un individu qui n’est tout simplement pas fait pour ce métier ?

 

Les français ont l’impression qu’il existe une sorte d’élite, une noblesse d’état, dirait Bourdieu, qui échappe aux règles ordinaires qui régissent l’obligation de résultats propre au monde du travail.

 

Cela amène une question  angoissante : combien de juges Burgaud sont aujourd’hui dans la nature ?

 

Il y a au moins deux angles possibles pour y répondre : celui du fonctionnement même de la machine judiciaire et celui du recrutement de ses cadres.

 

Je me contenterai de traiter ce deuxième terme qui relève plus de mon expérience professionnelle.

 

La question qui l’on peut poser est de savoir si les critères de recrutement des magistrats correspondent bien aux compétences qu’ils devront démontrer par la suite.

 

Il suffit de constater que 90% des magistrats des nouvelles promotions de l’Ecole de la Magistrature sont des demoiselles des beaux quartiers, certes excellentes en droit, pour se demander si cette caractéristique sociologique et culturelle les prépare bien à affronter la détresse et la rudesse du quart monde qui sera leur quotidien. Les magistrats qui n’hésitent pas à ordonner des expertises psychologiques pour éclairer leurs travaux se gardent bien de les utiliser pour recruter leurs pairs.

 

Cela n’est d’ailleurs pas propre aux magistrats. Combien de commissaires de police sont d’abord de bons juristes plutôt que de rugueux chasseurs de bandits ou d’énergiques pacificateurs de banlieues ?

 

Combien de Présidents d’université sont des gestionnaires et des entrepreneurs ?

 

Nos chers professeurs sont ils recrutés pour être des pédagogues ou  les dompteurs de « sauvageons » (ce terme pour rappeler que Jean-Pierre Chevènement a eu lui aussi ses bons mots) qu’ils devront être plus tard, ou pour être les spécialistes de la matière qu’ils seront censés enseigner ?

 

Les préfets enfin ont- ils eu à démonter leurs qualités de managers ?

 

La machine étatique fonctionne dans un schéma de reproduction culturelle qui creuse chaque jour le fossé qui la sépare du monde réel et compromet son efficacité. Ce qui est dès lors posé, ce n’est pas le plus d’Etat, comme le propose le « nouveau » programme du Parti Socialiste, mais le mieux d’Etat , ce qui passe, entre autres, par une réforme profonde du mode de recrutement de ses fonctionnaires et par une évolution de leur statut.

 

Moins de fonctionnaires, mieux payés, mieux recrutés, mieux managés, les marges de manœuvre sont grandes pour ceux qui auraient la volonté politique de réformer l’Etat sans être prisonniers des corporatismes. Les sociaux-démocrates suédois  ont entrepris une réforme de ce type, en divisant par deux les effectifs de leur fonction publique, en mettant en place des agences gouvernementales qui peuvent recruter du personnel à statut privé. Sont ils mal gouvernés ?

 

 

L’affaire d’Outreau aura eu toutefois un mérite politique. L’excellent travail de la commission parlementaire conduite par le député socialiste André Vallini a montré que Gauche et Droite pouvaient se rassembler pour proposer des solutions utiles à la France.

 

Pourrait on dire, en ayant une pensée pour ces hommes et ces femmes broyés par la machine folle de l’Etat, qu’à quelque chose malheur est bon ?

 

 

Gilles NORROY

 

 

 

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marc d HERE 24/11/2006 15:23

Relisant cet aricle, je pense aux espoirs que nous avions de voir enfin réformer la justice....Et au constat que, par démagogie et faiblesse le gouvernement Villepin a abandonné tout projet sérieux de réforme.........
Nous avons recemment  publié deux articles sur ce sujet, avnçant des pistes , faisant es propositions. Nous   devons  continuer à mettre en avant la nécessité d'une autre  justice et faire en sorte que ce sujet s'inscrive dans le débat présidentiel, d'où il est totalement absent pour l'instant. 

marc d HERE 27/06/2006 12:43

Réformer l'Etat, redéfinir son rôle et son périmètre sans l'affaiblir,   moderniser son fonctionnement , alléger son coût, diminuer son poids sur la société est  sans doute aujourd'hui LA priorité.
Gilles en aborde un aspect essentiel, il y en a d'autres...;IES a mis ce travail au centre de sa réflexion.
marc