Un coup de "blues"

Publié le par Jean-Paul Lahaye

Jean-Paul Lahaye, auteur de tribunes appréciées sur ce blog, m’a adressé cette réponse, un

peu désabusée, à une demande d’article que je lui faisais…..Il m’a autorisé à la publier…..

 

Je compte sur vos commentaires pour traduire, dans une situation certes peu encourageante,  l’élan positif dont nous avons besoin et qui, envers et contre tout, anime IES…..

 

 

Mon cher Marc,

 

..... Vois-tu, je suis un peu las d'actionner la pompe à vide des discours sans action, 
fussent-ils, comme tu le penses, brillants...De quel côté que je me tourne, je ne vois que des 
ambitions éparses, des petits calculs, des trappes et traquenards et quelques éteignoirs 
tout prêts, à l'usage des imprudents qui voudraient, par hasard, tenter de parler vrai... 

 

Tu connais mes attentes, elles rejoignent les tiennes : une vraie recomposition politique. 
Je pourrais gloser encore sur cette perspective. Mais à quoi bon ? Pour l'heure, je ne vois 
aucune possibilité de passage à l'acte de ce côté... 

 

Alors que faire ? 

 

Les discours, les effets d'annonce, les postures, le double langage ne masquent plus rien des 
arrières pensées. Certes, le double jeu est un ingrédient fatal du fonctionnement humain. Mais,
 là, la vie publique en est tant saturée que la démocratie peine désormais à respirer... 

 

Alors, il faudrait choisir son camp et son "sauveur", entrer dans le petit jeu des ambitions et 
des tactiques, oblitérer quelques réalités trop peu vendeuses, promettre des lendemains qui 
chantent à 1500 euros pièce ?... 

 

Ou, sinon quoi? Se résigner ? 

 

Où est l'alternative pour laquelle tu voudrais que je fasse encore chanter ma plume ? 

 

Le combat va être âpre, féroce, incertain... La rue pourrait bien prendre la main. Et cela ne 
sera pas une fête...Certes, il serait encore temps, si nous étions un peu lucides. Nous ne le 
sommes pas... Car aucun de ceux qui sont vraiment en vue ne veut en porter le risque. 
Ségolène est rentrée dans le rang. C'était prévisible. Christian Blanc parle vrai, mais il est 
inaudible et Bernard Kouchner ne se fait pas vraiment entendre... En fait, beaucoup sont 
d'accords sur le constat et les solutions de courage. Pourtant, ils demeurent épars, 
comme incapables de se rassembler... N'est-ce pas étrange ? 

 

Comme si, au fond, tout le monde était d'accord pour marcher vers une issue fatale... La seule
 où tremper une nouvelle donne et une nouvelle génération de décideurs ? 

 

Peut-être. Cela me fait penser assez à l'ambiance de 1938... Un De gaulle se cache quelque 
part et attend son heure... 

 

Voilà mon humeur et la matière sur quoi je m'exercerais si je devais écrire aujourd'hui... 

 

Et je ne pense pas que cela corresponde à ce que tu souhaites... 

 

 

 

Bien amicalement à toi . 

 

Jean-Paul Lahaye 

 

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marc d HERE 22/06/2006 09:32

Cher Yann, quelques mots pour prolonger ton commentaire, mais peut-être faudra t-il une réponse plus détaillée, un article...Je verrais.
Ne nous pressons pas. Les appels viennent de plusieurs côtés nous demandant de nous rallier qui à Ségolène Royal,  qui à tel proche de Villepin.....qui à Bayrou. Toutes ces personnalités ont leur intérêt et nous nous sentons à des degrés divers proche d'elles et attentif à leurs déclarations, à leurs actes aussi...
Soyons conscients de l'originalité de ce que nous sommes, et même si aujourd'hui nous sommes encore peu nombreux, nos idées sont fortes et le "centre gauche" que nous voulons représenter n'est pas un peu de gauche, un peu de centre, comme tu le dis mais bien un corpus d'idées, un objectif et une méthode propres. Tout cela est précisé dans l'article "OUI au centre " ou dans "La conjonction des centres et IES".....N'en retenons pas que l'aspect "tactique" mais bien le fond....Et sur le fond, nous ne pouvons nous confondre avec ceux que je citais....
Alors Bayrou...Peut-être une alliance, oui, on verra. Mais sachons que nous ne sommes pas si proches de lui que ça. Il est loin d'avoir la même position que nous sur la nécessité de réformer et d'alléger l'Etat (or on ne fera rien sans cela)....Sur la réforme de l'éducation bien peu de choses....Sur la santé je m'interroge....il est loin d'avoir vis à vis de l'immigration ou de certaines questions de société l'ouverture qui est la nôtre....Sa position réelle sur la discrimination positive?...Et sur l'entreprise? sur l'économie libérale?
Permets-moi de citer une déclaration de Jean-Louis Bourlanges, député européen UDF et proche de Bayrou qui exprime pourtant  sa "perplexité" concernant ce dernier(Le Figaro du 14 juin):
" ...En terme de projet cela implique que François Bayrou prenne le risque de heurter la sensibilité vieille gauche .Il faut accepter  la mondialisation comme le cadre inévitable de notre vie économique, adhérer franchement à la logique de marché et de la concurrence, repenser notre système de redistribution en terme de soutien aux perdants plus que de pénalisation des gagnants, séparer les notions de service public et de monopole administratif ....."  Il ajoute plus loin que le projet de Bayrou n'est ni mobilisateur ni réaliste.....En gros, je partage les regrets de Bourlanges quand à Bayrou....Et au delà.....
Cela dit, que l'on puisse s'approcher de lui,  un jour, bien sûr ....mais soyons d'abord nous-même, ne nous dénigrons pas, sous prétexte que nous ne sommes pas encore très nombreux, travaillons à notre projet  (voilà du concret ),  creusons le, expliquons le ....et viendra le temps des alliances ....Ne nous précipitons pas dans les bras d'un parti (l'APPEL à Kouchner, dont les idées et la sensibilité sont tellement plus proches des nôtres, nous laisse notre indépendance totale).
Alors, je sais, c'est difficile d'agir seuls, je le savais en lançant ce parti, je le constate tous les jours et la tentation est grande pour les uns ou les autres de "rejoindre" d'autres forces plus assises, disposant de plus de "visibilité" et de moyens...Et pourtant nous progressons, et progressent à la fois les lecteurs de notre blog et ceux qui nous rejoignent....
Merci, en tous cas cher Yann, de ton long commentaire auquel je réponds (je réponds aussi à Hervé) de manière un peu confuse, mais nous sommes là, je crois, au coeur du débat. Un débat que je me réjouis de voir mener au sein d'IES, qui n'est pas, sur ce point non plus, un parti comme les autres.
marc

marc d HERE 22/06/2006 01:11

Tu vois, Jean-Paul que j'avais bien raison de te demander un article...Même quand tu refuses, ton "non article" provoque des débats...Et c'est cela avant tout que nous souhaitons. Il faudra notamment examiner la proposition de Yann...
marc

Yann 22/06/2006 00:20

Je partage le pessimisme de Jean-Paul LAHAYE quant à la difficulté de renouveler les hommes et les débats qui façonnent notre paysage politique.

 

Je partage également son désenchantement face à la division des forces centristes (encore nommées démocrates et réformistes).

 

Que pèsent les 500 supporters de Christian BLANC réunis à
La Mutualité
ou les quelques centaines de fidèles de Bernard KOUCHNER  ayant participé à

La Fabrique
Démocratique
(je note que la réunion prévue en juin à RENNES a dû être supprimée probablement faute de participants en nombre suffisant) face aux 75.000 nouveaux adhérents du PS (En Ille et Vilaine, par exemple, le nombre d’adhérents est passé de 900 à 2.800 en quelques mois).

 

Nul doute qu’un grand nombre de ces jeunes recrues du PS partage l’essentiel de nos propres convictions :
- urgence d’une relance pragmatique de l’Union européenne
- reconnaissance de l’efficacité de l’économie de marché
- reconnaissance du rôle essentiel de l’initiative individuelle dans la bonne marche de l’économie
- réforme de l’Etat et des collectivités locales : allègement du poids de l’administration et des règlementations inutilement tatillonnes (en dehors des fonctions régaliennes, les fonctionnaires doivent passer d’une culture du contrôle normatif parfois pervers à une culture de l’accompagnement de projets privés véritablement au service du public) suppression des niveaux administratifs inutiles comme le département
- diminution des déficits publics et recherche de l’équilibre budgétaire (le coût de la dette de l’Etat français représente le deuxième poste budgétaire et absorbe à lui seul la totalité de l’impôt sur le revenu)
- réforme de la protection sociale pour préserver le système de répartition et suppression des différences entre le régime général et le mode de calcul des pensions versées aux fonctionnaires.

 

Et pourtant le PS prétend s’il est élu faire tout le contraire :
- augmenter le budget de l’Etat pour financer son programme et donc continuer à ruiner l’Etat en creusant le déficit public (sur ce terrain l’UMP ne fait pas mieux malgré ses beaux discours)   
- supprimer la réforme des retraites
- renationaliser EDF

 

Le pouvoir d’attraction des grandes formations politiques (PS, UDF, UMP) est incontestable et il nous condamne à une certaine confidentialité.

 

La question de Hervé HOUEL est donc d’une grande pertinence : pourquoi s’accoler une étiquette politique de « gauche » si notre programme est européen et aussi libéral que social ?

 

Malgré notre positionnement officiel au « centre gauche », nos convictions profondes et nos préoccupations nous rapprochent aujourd’hui bien davantage des idées défendues par François BAYROU que du discours socialiste manichéen un peu rance servi par François HOLLANDE. Alors sommes-nous plutôt à gauche ou plutôt au centre ?

 

Personnellement je pense que nous ne devons pas jouer un double jeu : tantôt à gauche, tantôt au centre.

 

Affirmons clairement d’une même voix que nous sommes au centre et que nous refusons catégoriquement la dichotomie droite/gauche incarnée par le duel PS/UMP et tout aussi fort que nous sommes des adversaires résolus de l’UMP de Nicolas SARKOZY.

 

En rejoignant le pôle centriste aujourd’hui nous contribuons à le renforcer et à le légitimer auprès d’une partie de la gauche qui hésite encore à soutenir des femmes et des hommes issus d’un ancien parti de droite.

 

Reconnaissons que l’UDF et François BAYROU ont évolué vers nous et que la main qu’ils nous tendent nous devons la saisir.

 

Pour nous aussi le temps est venu de franchir le Rubicon... D’une certaine façon, j’accepte la critique de Charles ANDRE concernant l’appel à candidature adressé à Bernard KOUCHNER. Nous avons certainement cédé à la tentation la plus communément partagée en politique : celle du recours à l’homme providentiel, lequel serait sensé incarner le mieux la gauche moderne, européenne, sociale et libérale tout à la fois généreuse et pragmatique, ouverte sur le monde, à laquelle nous nous référons.

 

L’ennui c’est que KOUCHNER est toujours membre du PS et qu’il aura peut être du mal à entendre un appel signé seulement par une centaine de personnes.

 

Si nous ne voulons pas diviser notre vrai camp, celui des démocrates réformistes, l’heure du choix est proche.

 

N’oublions pas que c’est à la suite de l’échec de l’ouverture pratiquée en 1988 par MITTERRAND et les socialistes avec cynisme et un profond mépris des centristes, qu’une  partie de l’UDF s’est décidée quelques années plus tard à rallier l’UMP.

 

Si BAYROU (qui n’est pas notre homme providentiel, c’est certain !) fait un score inférieur à celui de 2002 et échoue dans sa tentative de faire exister un centre suffisamment puissant pour être indépendant, il est certain que ses troupes (déjà si peu hardies comme en témoigne le refus de voter la censure par une majorité des députés UDF) rentreront la tête basse dans le giron de l’UMP.

 

« Oui au centre » est notre appel fondateur.

 

Il est temps de lui donner un sens concret : affirmons dès aujourd’hui que si Bernard KOUCHNER n’est pas candidat à l’élection présidentielle nous soutiendrons le candidat centriste plutôt que le candidat socialiste.

Hervé Houel 21/06/2006 20:38

adhérent et élu socialiste, je lis avec de plus en plus d'intérêt les articles diffusés sur le site d'IES. Une question suite au coup de "blues". Pourquoi "IES" ne soutient il pas F Bayrou? c'est actuellement l'homme politique le plus proche des idées développés sur ce site. Il a besoin d'aide. Qu'attend donc IES?

Charles ANDRE 21/06/2006 20:26

Ma question pour finir : pourquoi ne pas vous joindre à la lutte contre le cumul? N'est-ce pas nécessaire? Ceci ne vaudrait aucun blanc-seing (sans jeu de mot) à qui que ce soit. Voilà du concret contre la déprime légitime de M. Lahaye ! J'ai toujours cru à cette nécessité, avant même mon engagement actuel. Ce n'est qu'un début, mais il est vital d'ouvrir la brêche de la représentation et renouveler la classe politique. Bien plus important que soutenir untel ou unetelle. Bien plus important que la forme d'un meeting. De l'air frais, notre pays en a besoin! IES va dans ce sens. Mais il ne faut jamais perdre de vue -travers hélas bien fréquent en politique- le but ultime : agir sur le réel...Ceci n'est pas une leçon, juste l'affirmation d'une conviction.