Pour un autre programme de gauche

Publié le par marc dHERE

Le programme présenté par le parti socialiste, même s’il  traduit quelques bonnes intentions et  présente plusieurs mesures intéressantes,  souffre de n’offrir aucune vision d’ensemble. C’est un programme d’inspiration classiquement sociale démocrate, mal adapté à notre temps, peu mobilisateur  et qui ne se donne pas les moyens de ses ambitions.  Le catalogue de propositions disparates qu’il avance ne permet pas la rénovation de nos structures et n’apparaît pas capable de redonner à notre société la confiance et  à notre pays le dynamisme qui leur font aujourd’hui défaut.  Il   est, sur des points essentiels, en contradiction avec les politiques menées par tous les partis socialistes et sociaux démocrates au pouvoir en Europe, qui eux, ont su évoluer. Encore une fois le PS français pense  avoir  raison tout seul.

 

Sans vouloir me livrer à  une analyse détaillée,  je mettrais en évidence quatre  points et quelques manques  que j’estime graves et qui nuisent à la crédibilité de ce programme.

 

Un des enjeux essentiels de toute politique aujourd’hui est la diminution de la dette et du déficit dont le montant excessif  nous ôte d’ores et déjà toute marge de manœuvre (l’impôt sur le revenu est utilisé  à payer les intérêts de la dette….) et fera peser une charge intolérable sur les générations qui nous suivent. Cet assainissement financier  exige deux choses : la croissance d’abord  et la limitation des dépenses publiques. Sur le premier point le programme socialiste répond  partiellement en proposant une politique d’augmentation des bas revenus, politique qui risque de voir ses effets annulés par des contraintes supplémentaires imposées aux entreprises, l’augmentation des prélèvements notamment  sur une grande part des  classes moyennes.  Surtout rien n’est proposé qui puisse contribuer à diminuer les dépenses publiques.  Au contraire, les moyens supplémentaires prévus dans de nombreux secteurs de l’administration, c'est-à-dire les  embauches supplémentaires de fonctionnaires, la renationalisation à 100% d’EDF (qui outre les inconvénients de fonctionnement qu’elle entraînera,  coûtera de l’ordre de 10 milliard d’Euros à la collectivité), celle évoquée de GDF,  le retour des emplois jeunes, les aides et allocations multiples envisagées, le service civil obligatoire,  augmenteront considérablement ces dépenses.  Les déficits ne diminueront pas, tout laisse à penser au contraire qu’ils augmenteront, et dans tous les cas, la dette continuera sa progression. Dans la réalité on se retrouvera sans doute dans l’incapacité de financer les mesures (certaines excellentes) qui sont  proposées pour réduire les inégalités et assurer la solidarité.

 

Les entreprises, que la mondialisation place dans des conditions de concurrence toujours plus difficiles, verront leurs charges augmenter et leur compétitivité menacée : augmentation du SMIC et  donc des rémunérations proches, généralisation des 35 heures à toutes les entreprises, y compris les petites (qui bénéficieront, il est vrai de certains avantages),  diminution du contingent d’heures supplémentaires et  augmentation de leur coût, limitation des diminutions de charges sociales et  augmentation de certains prélèvements pour les grandes et les moyennes entreprises  ….Rien n’est proposé de sérieux  pour permettre le développement de la recherche et  de  l’innovation qui sont pourtant la condition du développement (si ce n’est une augmentation du budget, inefficace sans réforme).

 

Retour en arrière sur certaines réformes lourdes comme celle sur les retraites : réaffirmation de la retraite à 60 ans, à l’inverse de toutes les politiques réalisées en Europe, ce qui conduira soit à une augmentation du coût des retraites pour la collectivité soit à une diminution des retraites versées… refus de la retraite à la carte, abandon de la politique d’égalité du temps de cotisation entre le privé et le public, aucun projet de réforme des régimes spéciaux…..

 

Sur l’emploi,  retour à la politique  des 35 heures et des emplois jeunes qui ont surtout un  résultat statistique, avec un coût élevé pour la collectivité. La politique de « flexsécurité » adoptée dans tous les pays qui réussissent  est  ignorée (seul le côté sécurité est développé) comme l’est toute politique de responsabilisation et d’incitation. Le CNE (qui paraît créer  des emplois) sera abrogé, sans évaluation….  

 

Et puis il y a tout ce qui manque dans ce programme.  L’abandon de toute idée de réforme de la santé, rien sur l’avenir de la protection sociale, aucun projet  de réforme de l’Etat et de l’administration, de l’école, des universités (en dehors de moyens supplémentaires !...on évoque une vague autonomie de gestion mais on se garde bien de prévoir l’autonomie de financement et de recrutement …). La politique de lutte contre l’insécurité et la délinquance, malgré la volonté affichée  de Ségolène Royal reste encore marquée par l’angélisme de la période Jospin. Aucune mesure de discrimination positive pour lutter efficacement contre l’exclusion et la précarité….. Aucun élan redonné à la construction de l’Europe, aucun élan à la politique d’aide au développement sinon,  là encore, une augmentation des moyens.

  

Il est fortement  souhaitable  que ce programme ne  soit pas  le seul défendu par la gauche à la prochaine élection présidentielle. Un autre choix doit être offert aux électeurs de gauche.  Il doit y avoir  un candidat pour présenter une politique réaliste en harmonie avec celle de nos partenaires de la gauche européenne. Une politique ambitieuse pour la relance de l’Europe, un programme pour redonner à la France la capacité de tenir son rang et d’être utile au monde, un programme pour lutter enfin contre le chômage et  la précarité, pour assurer, dans le cadre d’une économie de concurrence  une croissance qui donnera les moyens de la solidarité,   un programme pour réduire les déficits qui empêchent toute action, un programme de réformes courageuses, sans lesquelles nos efforts resteront vains….

Notre appel à Bernard Kouchner, est, à la lecture de ce programme, plus actuel et plus nécessaire que jamais.

 

Marc d’Héré

Publié dans Vie politique

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marc d HERE 01/07/2006 12:46

Eric Le Boucher, dans sa chronique en page 2  du "Monde" de ce jour, à propos du programme du PS:  " Mme Royal a sur son dos un parti qui vient de pondre un programme dépensier, inapplicable, dont l'inspiration recule aux années 1970"....Il est vrai qu'il n'est pas tellement plus tendre pour la "vision" de Sarkozy....
marc 

marc d HERE 15/06/2006 08:53

Les réactions  horrifiées et scandalisées de François Hollande et de Jacques Lang au projet de Villepin de réduire de 15.000  le nombre d'agents publics (  certes annoncé sans explication et sans concertation).....confirment que l'on ne peut attendre aucune réduction de dépenses de leur part sur ce point...Au contraire....
Rien entendu de Ségolène Royal....
marc

Jean-Pierre 13/06/2006 17:06

Effectivement, le plus terrifiant dans ce programme, c'est ce qui n'y figure pas. Un vide sidéral sur la pourtant nécessaire baisse des dépenses de l'État. D'autant plus que 35 heures et emplois aidés affoleront encore plus la pompe à phynances...

Je note d'ailleurs qu'hormis le discours sur la nécessité de réduire la dette et les déficits du budget, il ne me semble pas exister de débat sur ce que pourrait être un État amaigri, dégraissé (sic), devrait-on ne conserver que les fonction régaliennes ?

Pierrick 13/06/2006 14:14

Marc,
Totalement d'accord avec ton  édito. J'attendais que tu réagisses. Très bien. Je ne comprends pas que DSK n'ait pas marqué immédiatement et fermement sa différence autrement que par une réaction molle passée d'ailleurs presque inaperçue !. Ce qui fait aussi le succès de Ségolène et de ...Sarko, c'est un immense vide à gauche. Bernard pourra t il aider à le combler ? J'aimerais...
Bonne journée. Attention à ne pas fixer uniquement la dépense publique sur les Foctionnaires qui représentent une part importante mais pas tous les emplois publics, question de diplomatie... pédagogique.
Pierrick

Charles ANDRE 13/06/2006 09:41

Ce programme est effectivement une vaste mascarade...mais l'on sait que -comme l'a dit DSK- toutes les idées intéressantes et "sexy" sont encore dans le baluchon des candidats à la candidatures (sauf peut-être Sego qui n'existe qu'en les balançant à tour de bras. Et dire que ce programme est présenté comme une réponse "sociale" à la crise économique...le politique serait-il impuissant à ouvrir les voies d'une croissance permettant enfin une redistribution et des services publics efficaces sans passer par le cercle vicieux déficit-dette (encore plus important maintenant avec la hausse des taux...)? C'est une des raisons pour lesquelles je soutiens Energies2007 : Blanc propose un modèle pour renouer avec la croissance. Je suis scandalisé de ces annonces dramatiques pour le moral des Français : c'est le manque d'ambition et de courage qui fait croire aux Français que le marasme économique est une fatalité, que c'est "la faute à la mondialisation"...Et ainsi le rejet de la classe politique, les abstentions, les votes extrêmes...A combien de signataires en est votre pétition?