Ségolène et l'emploi

Publié le par VEREL

Un excellent article que j'emprunte à VEREL....

Mme Royal vient donc de sortir le deuxième chapitre de ses propositions.

Une première lecture rapide de ce deuxième chapitre du livre en cours de rédaction, m’a donné l’impression qu’il y avait là une description, assez documentée, des questions d’emploi, mais pas de diagnostic. Vous n’attendez pas de votre médecin qu’il vous explique que votre taux de plaquette est de tant, votre température de tant, vous attendez de savoir ce qu’il en déduit (vous avez  telle maladie) et donc les remèdes qu’il faut prendre. Et bien, le chapitre de la candidate à la candidature ne fait qu’égrener les symptômes du mal sans les expliquer. Cet impression rejoint celle que j’avais eu à la lecture du premier chapitre, celui sur la démocratie. On y lisait des choses fort justes sur la montée de l’abstention ou du vote protestataire, la perte de confiance dans les hommes politiques, mais faute de compréhension des raisons du phénomène, les propositions sont décevantes.

J’ai fait part de cette remarque à une collègue très engagée dans les réseaux « royalistes ». Celle-ci m’a expliqué qu’il s’agissait d’une première mouture sur laquelle il était possible de réagir, et elle m’a invité à le faire ! Cela ne m’a guère convaincu sur le moment, puis je me suis dit que cela pouvait être une bonne idée : amener les militants et les citoyens à regarder en face certains éléments de la réalité avant d’en donner une interprétation, cela peut être pédagogique.

J’ai donc fait une deuxième lecture, en commençant par le sommaire. Et là, l’impression change .

Les trois premiers sous chapitres soulignent la mauvaise situation : chômage et sous emploi, blues des classes moyennes et descenseur social.

Les 5 chapitres suivant portent sur le credo libéral, la financiarisation de l’économie, les patrons voyous et les licenciements boursiers, les inégalités entre smicards et patrons milliardaires. On se demande alors s’il s’agit d’un complément de description ou d’une explication des phénomènes précédents. Mon impression est qu’il s’agit en fait d’une description mais que l’ambiguïté permet de traiter les lecteurs les plus à gauche dans le sens du poil.

Les deux derniers chapitres portent sur la mondialisation alibi (les délocalisations sont ramenées à un effet marginal, c’est la concurrence par les coûts qui est dénoncée). Et sur la sécurité et la santé au travail. Ce dernier sujet doit beaucoup à l’excellent livre de Philippe Askenazy, « les désordres du travail », mais me semble en perdre la richesse.

Une troisième lecture fait apparaître certains détails discutables

Au premier sujet, on relève la phrase suivante :  Le taux d’emploi, indicateur privilégié par l’Union européenne, s’en approche davantage. C’est un ratio obtenu en divisant le nombre de personnes occupées par la population totale en état de travailler. En France, il est de 63% contre 73% en Suède et aux Pays-Bas et 76% au Danemark. Cela veut dire que, si la même proportion de Français en âge de travailler que celle observée au Danemark se présentait sur le marché au travail, notre taux de chômage grimperait aux alentours de 19% soit exactement le chiffre auquel aboutit Fabienne Brutus.

Il va falloir que le nègre de Ségolène apprenne à compter. Si le chômage est de 9% sur un taux d’activité de 63%, il y a en fait 5.5% de chômeurs dans la population en âge de travailler. Si on ajoute les 10% de différence entre la Suède et la France, cela fait 15.5%  de la population en âge de travailler soit 21% des actifs…

Dans le 7ème sous chapitre, Ségolène revient sur une de ses idées favorites consistant à subordonner l’aide publique au maintien des emplois. L’exemple de Hewlett Packard qu’elle prend à l’appui de sa démonstration devrait pourtant la faire réfléchir : les aides (locales comme elle le rappelle) étaient de moins de 2 millions d’euros quand le plan social coûtait plus de 200 millions : de qui se moque t’on ?

Dans le deuxième sous chapitre, le livre de François Dupuy « la fatigue des élites » est cité comme décrivant les illusions perdues des cadres mais l’analyse qu’il fait des causes de cette situation est (soigneusement ?) occultée ;

Au final, cette lecture qui s’appuie pourtant sur des études intéressantes est fort décevante : elle se contente en effet d’aller à la surface des choses. Faute de vrai diagnostic, il n’est pas possible d’agir. Evidemment, on ne peut dire que le diagnostic est faux avant de l’avoir vu. Mais je ne sens pas venir de clés de compréhension des créations ou destruction d’emplois ou des méthodes utilisées par les scandinaves.

Et pourtant le sous titre du chapitre s’intitule »comprendre les mutations pour mieux les maîtriser

Cela me parait mal parti !

Mais laissons lui encore une chance !

PS rajouté le 7 juin

Libération fait ce matin une analyse très proche de la mienne http://www.liberation.fr/page.php?Article=388145

Je retiens la conclusion de Louis Chavel:  : «Ce n'est pas un bon départ. C'est une superposition de travaux récents, connus, mais sans articulation, dans la ligne des moeurs d'une caste qui est la sienne, où le copier-coller tient lieu de réflexion.

VEREL

Publié dans Economie et social

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Gil Bernstein 08/06/2006 21:38

A IES,
Faites attention,le commentaire de "Candide" est un article entier de son site,que j'ai reçu également...c'est un spam et nullement un commentaire personnalisé.J'en reçois régulièrement et je les efface.
bien à vous!

Yann 08/06/2006 16:10

Attention à ne pas se tromper d'adversaire !
Certes, Ségolène ROYAL présente quelques aspérités et ses récentes interventions sur la sécurité notamment traduisent à tout le moins une certaine maladresse.
Pour autant, elle apparaît aujourd'hui comme le candidat socialiste qui traduit le mieux certaines préoccupations des Français et qui porte un regard critique sur les postulats du PS en matière économique (35 heures) comme en matière de sécurité.
Ce discours ne peut pas nous laisser indifférents comme nous avions déjà eu l'occasion de l'exprimer sur ce blog.
Certes ses oscillations entre un discours mitterrandien tout à fait éculé flattant l'égo du "peuple de gauche" et un discours blairiste appelant la gauche à s'inscrire dans le monde réel sont exaspérantes et elle n'est pas notre candidate de coeur mais ne la brûlons pas trop vite car elle pourrait devenir notre candidate de raison.
D'ailleurs, Bernard KOUCHNER ne dit pas autre chose quand il apporte son soutien à Ségolène ROYAL en se positionnant comme un ultime recours à une candidature de Laurent FABIUS.
De deux maux il faut savoir choisir le moindre.
Si Ségolène ROYAL, malgré ses nombreuses insiffisances, parvient à faire opérer au PS sa mutation social-démocrate, nous ne pourrons que nous en réjouir. 

Candide 08/06/2006 10:40


L'ordre des facteurs


Il ne s’agit pas d’un groupuscule religieux, tel les bénédictins ou les dominicains, non il s’agit ici de la séquence que les hiérarques socialistes ont imposée à l’élaboration de leur projet pour la présidentielle.
On commence par décrire par le menu toutes les lunes que l’on fait miroiter aux électeurs et après les avoir fait baver sur ces monts et merveilles on glisse sur le coût du programme puisque de toutes façons ce ne sont pas les électeurs du PS qui paieront l’addition. On n’a jamais lu que les assujettis à l’ISF avaient voté pour Jospin.
Retraite à 60 ans, 35 heures, CMU et autres avancées sociales généreusement distribuées par les socialistes n’ont jamais été financées : ça se lit dans l’explosion des déficits. Aujourd’hui ils nous proposent entre autres la renationalisation d’EDF, l’abaissement de l’age de la retraite et l’allocation d’autonomie.

Prévert était poète : il pouvait faire un inventaire sans avoir à le financer. Les socialistes prétendent revenir aux affaires en continuant de mystifier les français.
Les électeurs ont renvoyé en 2002 la gauche à ses chères études. Ni la gazelle, ni les éléphants n’ont semble-t-il intégrés, malgré cette pause dans leurs dispendieuses activités que les français ne supportaient plus d’être pris pour des bœufs.

Solidarites et Libertés 08/06/2006 09:56

Bonjour,
Là, je suis bien d'accord avec vous. Ségolène ne nous apporte rien dans ses propositions sur l'emploi. Rien de concret. Ce n'est pas cela qui fera créer de l'emploi, de l'activité.
Les Français attendent qu'on leur fasse des propositions concrètes afin de pouvoir relancer la croissance, l'investissement, lever les barrières de la fiscalité et redonner un sens au travail...
Verel a une analyse interessante des textes de Royal. Désolé, je n'arrive pas à l'appeler "ségolène". Je ne suis plus de son bord....
En revanche, je vous invite tous à vous pencher sur mes propositions sur l'emploi dans mon blog. Propositions faites avec des gens qui s'y connaissent vraiment. Et loin de la démago des propositions du PS. Ahurissant !! Marc D'Héré a raison sur ce sujet.
Solidarités et Libertés
http://solidaritesetlibertes.over-blog.com

marc d HERE 08/06/2006 08:45

Sur l\\\'Emploi, comme sur la sécurité, il n\\\'y a chez Ségolène Royal, aucune analyse sérieuse de la réalité, aucune vision d\\\'ensemble, aucune cohérence dans les propositions. Ce sont quelques mesures destinées à caresser l\\\'électeur dans le sens du poil, souvent banales et parfois légèrement provocantes pour  susciter l\\\'attention et faire "moderne"....Sur les autres sujets de fond...il n\\\'y a rien.
De toutes façons, comme elle l\\\'a déclaré, son programme sera celui du PS et si l\\\'on en croit les premiers extraits publiés....c\\\'est légèrement pire que ce que l\\\'on pouvait attendre....Mais on en reparlera.
marc