Réélection et démocratie

Publié le par Antoine TILLIE

Malgré les difficultés actuelles d’Over Blog, qui rendent difficiles l’introduction de nouveaux articles et les commentaires, nous reprenons notre série d’articles sur  les thèmes de la réforme, de la gouvernance, de la démocratie….En écho à l’article de Pierre-Yves Cossé «  l’ambition qui dévoie » une proposition plus radicale encore d’Antoine Tillie…..  

 Dans son récent livre (1), notre ami Philippe HERZOG renouvelle un constat désormais bien identifié : la démocratie représentative est en crise, il faut donc donner un nouveau souffle à la représentation afin de permettre aux citoyens de mieux participer à la responsabilité politique. C’est dans cette perspective que prendra forme, dit-il, une éthique de responsabilité pour relancer l’Europe. Bravo ! Nous adhérons.

             Tous les diagnostics se rejoignent : le citoyen ne se sent plus concerné par une action qui se concerte à un niveau où il n’a pas accès, cet espace politique confisqué par les notables. Il y a donc un problème de fonctionnement de l’institution démocratique. Face à cette situation, que fait-on ? De bons esprits la déplorent à travers de brillants essais, et les citoyens s’abstiennent ou descendent dans la rue. Mais aucune thérapeutique n’est proposée, encore moins mise en œuvre. Le système s’embourbe chaque jour de plus en plus, sans que ne soit proposée une réforme significative qui le sorte de cet enlisement.

             On observe, en effet, une dérive caractérisée dans l’exercice de la représentation démocratique : le moyen se prend pour la fin, maladie très moderne disait Paul VALERY. Une fois installé dans sa fonction, l’élu a pour principal souci de s’y maintenir et d’être renouvelé au poste à la fin de son mandat : l’obsession de la réélection, voilà le cancer – non déclaré – qui ronge l’esprit des élus en place. On annonce certes que l’on va faire des choses, mais tout reste conditionné par la perception que l’électeur à venir en aura. Ce souci latent tue toute volonté de réforme, car l’électeur n’aime pas le changement. Nous subissons actuellement très lourdement les effets de ce corporatisme politique.

             Il faut rappeler, en effet, que toutes les majorités sont essentiellement conservatrices ;  simplement elles ne conservent pas les mêmes choses. Avec une prescience assez exceptionnelle, Alexis de TOCQUEVILLE avait déjà, il y a plus de 150 ans (D.A.II, VII), redouté la possible tyrannie des majorités, dans la mesure surtout où, préoccupées de leur bien-être présent, elles n’ont aucune vision d’un avenir à construire et par nature aucune attirance pour l’effort nécessaire. Il faut se rendre à l’évidence : en politique, ce sont les minorités qui font avancer les évolutions indispensables ; or, dans l’état actuel du fonctionnement démocratique, ces minorités sont en fait confinées dans le rôle de « sleeping partner ».

             Nous proposons donc que les citoyens de ce pays – mais aussi de toutes les démocraties, mondialisation oblige – se mettent à débattre de la mise en place d’une thérapie appropriée : la non réélection des élus en place, associée au non-cumul des mandats. Remède de cheval, certes, qui fera piailler ici et là à coup sûr, mais remède indispensable au rétablissement d’une démocratie respectueuse de sa fonction. Nous avons proposé - et explicité – par ailleurs (2) une action en ce sens : le débat est ouvert.

             Là encore, Alexis de TOCQUEVILLE avait prévenu : dès que le représentant élu, en charge des affaires publiques, « descend dans la lice, le soin du gouvernement devient pour lui l’intérêt secondaire : l’intérêt principal est son élection…Le principe de la réélection rend donc l’influence corruptrice des gouvernements électifs plus étendue et plus dangereuse. Il tend à dégrader la morale politique du peuple et à remplacer par l’habileté le patriotisme. » (D.A.I.VIII). Peut-on assurer que la situation actuelle soit à l’abri de cette mise en garde ? Il semble que non. La démagogie et le courage politique ont à coup sûr quelque difficulté à vivre ensemble : l’obsession de la réélection, ce cancer de l’institution démocratique, tue tous les courages politiques, ceux en particulier qui devraient soutenir les réformes significatives, celles qui, au delà de quelques pratiques plus techniques, interpellent l’indolence des esprits.

             Il faut être clair : ou les citoyens se contentent d’être de beaux parleurs non responsables, ou ils veulent que les choses évoluent. Dans ce cas, ils ont à reconquérir l’espace politique et son bon usage, sinon rien d’intéressant ne se passera et ils subiront toujours les méfaits du corporatisme politique. Aux fumeurs atteints d’un cancer, tous les médecins disent : arrêtez de fumer. Aux politiciens rongés par l’obsession de la réélection, nous disons : remplissez pleinement votre mission, la réélection n’est plus votre problème… Ici, le courage politique sera l’œuvre de citoyens qui se veulent responsables : il faut se lancer dans l’aventure de la non- réélection pour sauver la démocratie.        

                                                                                    Antoine TILLIE

   

(1)    « Le bonheur du voyage ». Confrontations Europe. Ed. Le Manuscrit. Mars 2006 .

 (2)    « La fin des notables  » Ed L’Harmattan. 2005.

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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marc d HERE 06/11/2007 10:15

Le site Internet de Françoise de Panafieu, candidate UMP à la mairie de Paris, comprend depuis hier un Abécédaire delanoësque. Le site Internet de Françoise de Panafieu, candidate UMP à la mairie de Paris en mars prochain, comprend depuis hier un Abécédaire delanoësque ou Le Dico d'une imposture, charge contre le maire socialiste de Paris auquel elle sera opposée.A consulter.....

Laurent Py 27/05/2006 16:01

Je rejoins Piotr. Il me semble que le contrôle démocratique est plus important que le non cumul des mandats dans le temps pour pallier aux effets pervers du pouvoir et pour limiter le risque d'auto-entretien et la rigidité des modes de représentation. Par contre l'exercice d'un mandat demande une certaine expérience, d'autant plus importante que la responsabilité est importante (et que le politique s'est "technicisé"). Il faut donc donner les moyens d'accéder à cette expérience. Ceci passe par une plus grande égalité d'accès aux fonctions politiques et par des mesures encourageant à y accéder (problème du statut de l'élu : conditions de protection sociale, accès à l'emploi une fois le mandat terminé, salaire, etc.) . Mais ceci passe également par un nécessaire renouvellement des représentants, qui doit être facilité. Ce deuxième point pourrait être un argument en faveur d'une limitation à deux mandats dans le temps.

Piotr 23/05/2006 12:04

Pas vraiment d'accord avec l'analyse. Le problème n'est pas celui du pouvoir et de ses dérives, que par ailleurs un mandat unique ne sautait éviter. En fait, si un homme ou une femme politique, une fois élu, souhaite être réélu, c'est quand même une façon de faire attention au peuple, non ... et d'être finalement contrôlé par lui. Peut-on imaginer plous démocratique. Avec un seul mandat, le peuple est dissous, de fait. On peut par ailleurs voir que les dérives du chiraquisme ne viennent pas du fait qu'il puisse être ou pas réélu. Où est l'audace de l'homme politique en fin de vie ? Le problème est moins d'avoir un pouvoir immaculé (image issue du christianisme et de cette relation entre le divin et l'humain ....) que d'avoir un pouvoir soumis à un contrôle démocratique, soumis à la critique et volontaire en même temps. Il s'agit moins d'un problème juridique et technique que politique... Heureusement ! PS : je veux bien en revanche limiter à 2 le cumul des mandats ... parce qu'il faut bien de la variété ... mais j'ai du mal à le justifier rationnellement. Piotr