Et si le Chômage n'existait pas?....

Publié le par Robert Bellec

Une deuxième chronique de Robert Bellec....

 En fait, c’est le cas : le chômage n’existe pas. Et l’une des racines du chômage, c’est la croyance aussi générale qu’incongrue au fait que le chômage soit une entité qui existe… Qu’est-ce donc que cette nouvelle provocation ?

 Ce n’est pas une provocation, mais un paradoxe apparent. Je m’en explique.

 Les chômeurs, existent, oui, j’en ai rencontré. Mais un chômage… avez-vous déjà vu passer un chômage ? à quoi diable cela peut-il ressembler ?

 Le chômage est-il rond ? Ovale ? Jaune ? Peut-on le décrire ?

 Non, ce n’est qu’une abstraction dénuée de toute forme de contenu effectif.

 Alors, lutter contre un truc qui n’existe pas, à quoi ça ressemble ?

 Ce qui existe, c’est l’activité économique. Or traiter du chômage séparément de l’activité, c’est comme s’attaquer à la sècheresse indépendamment de la question de l’eau. Je suis président du désert de Pigurie. Je nomme un ministre de la lutte contre la sécheresse, et un ministre de la lutte pour amener l’eau. Et pas de connexion entre les deux. Vous riez ? Mais c’est exactement ce qu’on fait dans un pays farci d’énarques Bac +15.

 Lorsque vous avez un petit creux, est-ce que vous dites : « je vais lutter contre mon manque de nourriture » ? Moi je dis « je vais me restaurer » !

 Lorsqu’on crée un réseau électrique, dit-on « on va lutter contre le manque d’électricité » ? absurde.

 La sècheresse, c’est juste un manque d’eau ou des manques dans la gestion de l’eau. Le chômage, c’est juste un manque d’activité ou des manques dans la conception et la gestion de l’activité économique.

 Les politiques ont trouvé malin de déconnecter la chose et son envers, afin de pouvoir faire semblant d’agir sans s’attaquer aux questions cruciales. C’est un des nombreux exemples des mensonges éhontés dont on abreuve le « bon » peuple.

 C’est loin d’être anodin, car lorsqu’on « lutte contre le chômage » on raisonne comme si le chômage était une entité distincte de son envers, le travail, l’activité économique. On raisonne comme si le « plein emploi » était en quelque sorte une chose préexistante, naturellement due, allant de soi, comme le droit à la paresse.

 Comme si lorsque cette chose préexistante vient à manquer, c’est qu’il y a quelqu’un quelque part qui nous a privé de cet acquis… Non, le plein emploi résulte d’une conception adéquate de la dynamisation de l’activité. Point.

 Alors, on invente des tas de monstruosités inefficaces, qui ont autant ou plus d’effets pervers que d’effets bénéfiques. Voilà pourquoi on peut dire qu’en France depuis 30 ans on n’a pratiquement rien essayé pour traiter véritablement la question, sauf tout ce qui n’a aucune chance de marcher, comme les 35 heures, les emplois aidés, et tous une panoplie de gadgets aussi compliqués qu’inefficaces. En d’autres termes la lutte contre le chômage est un leurre, et tous ceux qui parlent de cette « lutte contre le chômage » sont soit des ignorants soit des menteurs, et puis aussi les gens abusés par ces menteurs et ignorants.

Bref, contrairement à ce qu’on a pu entendre : « on a tout tenté contre le chômage  », la vérité est à l’inverse, on n’a rien tenté d’efficace contre le chômage, et avec la complicité générale de tous les corps impliqués, patronat, syndicats, consultants de tous poils, partis, gouvernements, intellectuels, médias.

 Pour réussir, il faut juste prendre le problème dans l’autre sens : il faut juste lutter pour doper les facteurs favorables à l’activité, ce que font du reste tous les pays qui ont réussi sinon à conjurer du moins à juguler en partie le spectre du « chômage ».

 Les pays qui « luttent contre le chômage » n’ont pas de résultat parce qu’ils ne peuvent pas en avoir, puisqu’ils luttent contre une entité fictive, sans réalité.  Les seuls effets positifs sont ceux qui résultent de mesures qui s’attaquent aux racines du mal, tout ce qui freine la dynamique de création économique.

Tout ce qui donne envie d’entreprendre, tout ce qui facilite l’activité des entreprises est donc forcément bénéfique, tout ce qui fait l’inverse ne peut qu’échouer. C’est pourquoi les politiques Françaises droite et gauche confondues échouent lamentablement. Faute de compréhension de l’économie et de l’entreprise, faute d’un petit zeste de « culture entrepreneuriale », nos politiques s’obstinent à lutter contre une abstraction, une chimère. Voilà tout.

 Ce n’est pas plus compliqué que ça. Qui l’eut cru ?

 Robert Bellec

   

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

verel 24/05/2006 07:44

L'affaire Sogerma, la manière dont les élus socialistes du coin et maintenant le premier ministre se sont précipités sur le sujet illustrent parfaitement votre propos
Dans notre pays, on consacre l'essentiel des énergies à "défendre" les emplois existants au lieu de les mettre au service de la création d'emploi
Le résultat est malheureusement sans appel
Seule au sein de l'UE à 15, la Grèce a un taux de chômage supérieur au notre!

Bertrand DILLIES 21/05/2006 21:51


En tant que cadre d'entreprise privé, j'ai particulièrement apprécié votre article. En effet, Il y a un décalage énorme entre le discours des hommes politiques à propos du monde du travail et la réalité de ce dernier. Instrumentalisée par certains groupes, la question du droit du travail (et plus particulièrement la procédure de licenciement économique) est surreprésentée dans les débats concernant l’emploi.
Il est vrai que les entreprises sont d’abord préoccupées par tout ce qui facilite ou freine leur activité : le prix de l’énergie et des matières premières, la propriété intellectuelle, les règles de concurrence, la difficultée de recruter dans certains métiers (eh oui !).
En un mot, créons d'abord les conditions de la réussite en restaurant la confiance et en favorisant par exemple l'émergence des nouveaux métiers.

Bertrand DILLIES 21/05/2006 21:48


En tant que cadre d'entreprise privé, j'ai particulièrement apprécié votre article. En effet, Il y a un décalage énorme entre le discours des hommes politiques à propos du monde du travail et la réalité de ce dernier. Instrumentalisée par certains groupes, la question du droit du travail (et plus particulièrement la procédure de licenciement économique) est surreprésentée dans les débats concernant l’emploi.
Il est vrai que les entreprises sont d’abord préoccupées par tout ce qui facilite ou freine leur activité : le prix de l’énergie et des matières premières, la propriété intellectuelle, les règles de concurrence, la difficultée de recruter dans certains métiers (eh oui !).
En un mot, créons d'abord les conditions de la réussite en facilitant par exemple la création d'entreprise et l'émergence des nouveaux métiers.