Malaise récurrent

Publié le par Gilbert Veyret

Il y a quelques jours Nicolas Tenzer nous parlait - en Anglais- de Tocqueville, aujourd'hui, Gilbert Veyret nous propose d'en lire quelques lignes...

Si l’on ne considérait que superficiellement l’état de la nation et celui des esprits, il semble que le découragement serait excusable. La plupart des hommes politiques qui depuis dix ans nous dirigent  ont tant de fois changé de principes et de parti qu’il est permis de croire enfin qu’ils n’ont point de principes et qu’ils sont incapables ou indignes d’avoir un parti. Témoin de leurs stériles débats, le peuple tombe de plus en plus dans l’indifférence….Il faut avoir bien peu lu l’histoire des pays libres pour ne pas savoir que la vertu politique ne se trouve guère dans ceux qui les conduisent et que l’ambition de ceux-ci, leur versatilité et leur égoïsme n’ont presque jamais eu d’autres limites que les bornes imposées par l’opinion….Je vois bien que les citoyens montrent moins d’ardeur que par le passé  pour les libertés publiques et moins de confiance en elles.

 

 …C’est une maxime fort répandue parmi les hommes de gouvernement et, en général parmi tous ceux  qui ont possédé ou qui veulent posséder le pouvoir, qu’en politique les principes n’ont rien de vrai en eux-mêmes et qu’il faut les considérer comme des moyens divers appropriés aux diverses fins qu’on se propose.[1]

 

…Je suis navré quand  je vois le parti qu’on tire contre nous des faits dont je parle, les conséquences exagérées qu’on en fait sortir contre la nation tout entière ; je suis navré quand je vois à quel degré la puissance de la France s’affaiblit peu à peu dans le monde… Je crois que les mœurs publiques, l’esprit public sont dans un état dangereux, je crois de plus que le gouvernement a contribué et contribue de la manière la plus grave à accroître ce péril.

 

… C’est parce que l’intérêt a remplacé, dans la vie publique les sentiments désintéressés que l’intérêt fait la loi dans la vie privée.

 

… Eh, messieurs, si vous ne m’en croyez pas sur ce point, croyez en au moins l’impression de l’Europe !.[2]

 

Comment Tocqueville pouvait être aussi bien informé, notamment des vicissitudes du CPE et des turpitudes des affaires Clearstream ?

 

Ses textes avaient, en tous cas, plus de souffle que ceux de nos déclinistes contemporains !

 

On se rassurera en se disant que ce n’est pas la première crise de ce genre que la France doit affronter, ni la dernière !

 

Gilbert Veyret

[1] A. de Tocqueville « 6 lettres  sur la situation intérieure de la France  », publiées par« Le siècle » janvier 1843

[2] Tocqueville « Discours prononcé à la Chambre des députés le 27 janvier 1848

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article