Ne pas se tromper de réforme

Publié le par Nicolas Tenzer

Après les crises que nous avons connues trois articles sur la « réforme » et la « prise de décision ». D’abord, un court article de Nicolas Tenzer d’avril 2006. 

 

Affirmer que les Français refusent les réformes est une contre-vérité. Depuis vingt ans, des privatisations aux retraites, de la CSG à la mise en concurrence des monopoles, celles-ci ont été nombreuses, quoique pas à la hauteur des défis à relever pour améliorer notre prospérité individuelle et collective et inclure notre pays dans la société et l’économie mondiales. Si, aujourd’hui, les blocages apparaissent si profonds, c’est que les futures réformes devront concerner notre système institutionnel, économique et social de manière globale. Nous n’y parviendrons pas sans lever cinq obstacles.

 

1) Il n’existe aucun consensus sur l’idée de justice ; or, dans une société perçue comme injuste, tout changement attise les craintes et semble illégitime, car le statu quo le plus inacceptable paraît moins angoissant que le changement.

 

2) Dans une société qui paraît obscure, les corporatismes – plus forts au sommet qu’à la base – font figure de digues contre l’aléa, renforçant la mise à l’écart des plus fragiles.

 

 3) Les réformes se font au coup par coup, sans vision positive et perçue comme crédible des objectifs. Cela empêche de négocier et de construire les bases d’un donnant-donnant équilibré à moyen terme pour chaque catégorie.

 

 4) Le milieu dirigeant est étroit en termes non seulement de sociologie, mais aussi de formation, de réseaux et de mentalité, ce qui entraîne une méconnaissance de nombreuses parties de la société française – l’université en constitue l’exemple caricatural. Or, aucun travail, visant à mieux connaître les craintes et les aspirations de celles-ci et à pallier cette coupure, n’est habituellement conduit avant de lancer une réforme.

 

5) Les institutions ne sont pas prioritairement axées sur la décision : la dyarchie au sommet, l’absence du Parlement en termes de propositions et de relais, la faiblesse des partis sur le plan de la réflexion, la quasi-absence des partenaires sociaux au stade de la préparation des projets, l’éloignement du centre de la décision des lieux de conseil stratégique et leur faiblesse ancienne, nuisent à la conception et à la diffusion de l’esprit de réforme.

 

Commençons donc par le début : l’art de gouverner et les institutions qui l’autorisent devraient constituer le premier objet de la réforme, si l’on souhaite que celle-ci ait quelque avenir.

Nicolas Tenzer

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Jacques Heurtault 15/05/2006 22:26

Nicolas Tenzer a raison sur le fond. Cependant, on ne gagne pas une élection avec un telle thématique qui n'est pas suffisamment mobilisatrice. Il faut donc provoquer un débat de fond sur les problèmes majeurs sans rechercher a priori le consensus "mou". Il reste encore quelques mois pour cela. Quand la campagne sera vraiment lancée (autrement dit quand nous connaitrons de façon certaine qui représentera le PS -pour les autres, c'est quasiment bouclé), il sera trop tard pour avancer des idées vraiment nouvelles.