Universités: former des actifs

Publié le par Guillaume Fabre

Guillaume Fabre, étudiant et membre de l’équipe dirigeante d’IES, nous propose cet article pour lancer un débat sur l’enseignement supérieur, l’université et l’insertion des jeunes…. Après la crise du CPE, largement évoquée sur ce blog, un débat nécessaire et tourné vers l’avenir…

 

 

 

Les moyens  consacrés à l’enseignement supérieur en France sont non seulement moins importants que chez nos partenaires européens mais ils sont aussi  plus éclatés : universités,  grandes écoles, prépas, IUT, BTS, CAP... Le site de l’INSEE recense 11 catégories d’enseignement supérieur.

 

 

Éclatement des moyens donc, mais également éclatement des compétences. Le système éducatif et l’enseignement supérieur en particulier n’est absolument  pas un système égalitaire, il est même une machine à reproduire les inégalités sociales.   Les grandes écoles, d’ingénieurs ou de commerce, attirent en général les meilleurs lycéens qui viennent le plus souvent des familles les plus favorisées. Peut-on  dire que l’université est égalitaire parce que la sélection ne se fait pas à l’entrée de la fac quand on sait qu’elle se fait  bel et bien, et durement,  dès les premières années ?

 

Les universités sont censées dispenser du « savoir »,  mais  trop de diplômés  ne parviennent pas à  trouver un emploi. Et ce n’est pas tant le savoir que les compétences qui manquent.

 

Si la logique est de faire des universités des temples du savoir, alors multiplions les postes de maîtres de conférences et de  professeurs des universités.

 

Si la logique est de former les étudiants pour les préparer au monde du travail, réformons de fond en comble nos facultés, et évitons ainsi les sorties sans diplômes, mais aussi  le sentiment de frustration ressenti par tous les diplômés, y compris les  bac +5, qui se retrouvent   au chômage.

 

 

Créons des synergies en regroupant nos institutions d’enseignement supérieur.

 

 

Laissons le temps aux jeunes de choisir leur voie : instaurons un service civil obligatoire pour laisser le temps au bachelier de trouver sa voie par des expériences de vie. Est-ce un drame si les études sont décalées d’une ou deux années ?

 

 

Réformons le système de financement pour augmenter les moyens des universités et  responsabiliser les étudiants par des frais d’inscriptions élevés (5.000 €uros par an) en mettant en place un large  système de prêts accordés par l’État et indexés sur l’inflation que l’étudiant ne rembourse qu’une fois qu’il gagne plus d’une somme déterminée.

 

 

Stimulons notre système en instaurant une concurrence entre nos universités : qu’elles attirent les étudiants européens et internationaux et mettent en place des programmes plus ambitieux les uns que les autres pour préparer les étudiants à affronter le marché du travail.

 

 

Renforçons les liens entre le monde universitaire et le monde professionnel par un système de stages obligatoires, par des séminaires donnés par des professionnels, par des programmes plus orientés vers la pratique que la théorie. Valorisons les expériences professionnelles au sein des universités pour que ceux qui travaillent ne soient pas pénalisés.

 

 

En un mot, au lieu de former des milliers d’universitaires potentiels (voir les récents sondages sur les ambitions des jeunes au sein de la fonction publique) formons des actifs.

 

Guillaume Fabre

 

Publié dans Education - recherche

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marc d HERE 17/05/2006 21:54

Rien n'empêche que les banques privées participent aux prêts aux étudiants.. d'autant que ce peut être pour elles un moyen de s'attirer la clientèle des  futurs cadres que sont les étudiants....Le rôle de l'Etat peut être d'accompagnement, et de garantie...La collaboration public privé, dans ce domaine aussi, doit être recherchée.
marc

eno 16/05/2006 02:06

Faire participer les etudiants au financement de leurs universités via des prets accordés par l'etat -je suppose sans interet-  dans le cadre que vous proposez, me semble revenir a demander a l'Etat de reinvestir dans ses universités, etant entendu que ces prets ne pourront être remboursés que bien plus tard s'ils peuvent l'être, c'est a dire si ces etudes auront finalement conduit a un emploi suffisament remunéré. Par ailleur, c'est donné au nouvel acteur du marché du travail un fardeau immediat. Neansmoins, j'estime qu'il est necessaire que l'Etat investisse dans ses etudiants et universités. Il me parait aussi intelligent de proposé des bourses conséquentes en fonctions des merites, ce qui serait une alternative au travail pour financer ses études et sa vie quotidienne...

Bertrand DILLIES 14/05/2006 19:58


Quelques remarques
La force des grandes écoles est de fonctionner comme des entreprises centrées sur la satisfaction de ses " clients ", étudiants et recruteurs. L’université reste trop axée " contenu " et le monde du travail (qui dépasse largement celui de l’entreprise) est souvent ignoré voire diabolisé. Mais le sujet de " l’orientation résultats " concerne toute la puissance publique.
Il n’est pas question de discuter de l’utilité des sciences humaines (sociologie, histoire…). Elles sont indispensables. Le vrai problème est de comprendre pourquoi chaque année, des milliers d’étudiants s’engouffrent dans des filières à débouchés médiocres ? Par passion, par ignorance, par dépit, pour prendre du bon temps ou par crainte du marché du travail ?
Le débat sur le financement est tout à fait passionnant. Justifier des frais d’inscription élevés, dans la justice sociale, pour contribuer à donner plus de moyens à l’enseignement supérieur, pourquoi pas. En revanche, la responsabilisation des étudiants passe plutôt par la qualité de l’orientation et un retour de la confiance des jeunes dans le monde du travail (et dans la société tout entière).

marc d HERE 12/05/2006 14:24

Une des propositions très importantes mises en avant par Guillaume est celle  du "service civil obligatoire". pour les filles aussi bien que pour les garçons....qui pourrait être un des moyens de redonner un sens à un certain nombre de valeurs altruistes  et civiques, d'apprendre à mieux connaître les autres, à être plus responsable,de retisser  un lien social aujourd'hui distendu....
Une des questions que cette proposition (faite depuis des années par Bernar Kouchner) soulève est de savoir si ce service, qui peut combiner des aspects humanitaires, écologiques, sociaux....doit être obligatoire ( problème alors de coût , d'encadrement et d''organisation ) ou limité au volontariat avec le risque qu'il ne concerne que peu de personnes et particulièrement celles auquelles il apportera le moins....
marc

marc d' HERE 12/05/2006 08:06

Non, non, je ne remets pas en cause l'ensemble du système fiscal. Je  me contente,  avec Guillaume, comme tu l'as bien compris, de proposer que le   financement supplémentaire pour les universités, que tout le monde juge nécessaire, ne repose pas sur la collectivité dans son ensemble ( y compris les moins aisés qui ne l'utilisent pas) mais sur ceux qui l'utilisent.  Avec une compensation (bourse ou prêts ) pour ceux qui en ont besoin.  Soit, un système  efficace, plus juste et  plus responsabilisant...
marc