Les élephants barrissent, la caravane "Royal" passe...

Publié le par Gabriel Cohn-Bendit

Gabriel Cohn-Bendit m’a adressé le texte original de sa  tribune consacrée à Ségolène Royal, publiée ce matin 9 mai,  avec un autre titre et quelques omissions  par Libération.  C’est ce texte original que je vous propose en espérant qu’il alimentera de nombreux commentaires…

 

 

 

 

 

 

 

 

La candidature à la candidature présidentielle de Ségolène Royal a surpris tout le monde, moi comme tous les autres ; même le très averti Alain Duhamel s’est laissé surprendre, son livre sur les présidentiables ne parle pas d’elle. La surprise a été encore plus grande de la voire caracoler en tête des sondages.

Ségolène est sans doute la seule à gauche à pouvoir battre Sarkozy, et c’est là, pour moi, la priorité absolue. Car Sarkozy serait, s’il était élu, le président le plus réactionnaire de la 5ème République. Il est le représentant d’une droite ultra-libérale et sécuritaire, « sûre d’elle-même et dominatrice » comme aurait dit le Général De Gaulle auquel tant par sa stature morale que par sa présence physique il ne peut en rien être comparé. Il y avait des « gaullistes de gauche » mais il n’y aura jamais des « sarkozystes de gauche ». Sarkozy n’a d’alliés que sur sa droite, Philippe de Villiers se ralliera au deuxième tour et quoiqu’en dise Le Pen son électorat votera Sarkozy.  

Ecoutez les barrir les éléphants du PS : Ségolène ne serait qu’une création des média, les sondages ne prouveraient rien, on ne saurait même pas ce qu’elle pense et enfin la présidence de la république mérite quand même plus qu’une simple femme.

Dans nos démocraties les médias jouent un rôle incontestable et  c’est valable pour tous les candidats Mais la défaite de Berlusconi nous prouve aussi que les médias ne peuvent pas tout. Les médias ! Lang crache dessus et les fuit comme la peste c’est connu ; si Strauss Kahn se fait refaire les yeux  c’est pour  sa chère Anne Sinclair, quant à Fabius s’il se montre avec un chapeau à la Mitterrand, c’est par pure piété filiale…

Basta tout cela est minable.

 Arlette et Besancenot eux aussi ne doivent leur succès qu’aux médias. Qui sait ce qu’ils sont vraiment nos petits trotskistes ?

Ils se réclament de Trotski et voudraient nous faire croire qu’avec lui la Russie révolutionnaire aurait suivi un autre cours qu’avec Staline. Sait-on que Trotsky ne fut que le précurseur de Staline. Trotski a été au pouvoir de 1917 à 1921 alors que Staline ne jouait que les seconds rôles. Et c’est lui et non Staline qui  a dit :

 

 

 

 «  Les masses travailleuses ne peuvent errer dans toute la Russie. …Il faut former des contingents punitifs et mettre dans des camps de concentration ceux qui désertent le travail » (IXe  Congrès du parti bolchevick avril 1920)

 « Les syndicats doivent soumettrent les ouvriers à une discipline et leur apprendre à considérer les intérêts de la production  avant leurs propres besoins » (IIIème Congrès panrusse des Syndicats. 1920)

« Le parti est contraint de maintenir sa dictature sans tenir compte des flottements provisoires dans la réaction spontanée des masses, ni même des hésitations momentanées de la classe ouvrière…La dictature ne repose pas à chaque moment sur le principe formel de la démocratie ouvrière » (Xème Congrès du parti bolchevick 1921)

 

 

 

Hélas, mille fois hélas, tout le monde se fout de cela, ce qui intéresse c’est l’image, l’icône de Sainte Arlette et le bon sourire de Besancenot. C’est à eux que Fabius fait les yeux doux,  comme Strauss Kahn,  et nos médias les trouvent certes un peu utopiques  mais si sincères, si purs...

Après les médias coupables d’avoir créé Ségolène à partir de rien ou presque, voila que les éléphants qui se réveillent tous les matins en regardant où ils se situent dans les sondages, barrissent haut et fort que ces sondages ne veulent rien dire et leurs partisans déclarent même « On ne se laissera pas imposer Ségolène par les sondages ». Prenant leur désir pour des réalités ils ajoutent « De toute façon d’ici un an cela a le temps de changer » ils espèrent que la parole du Christ « les  premiers seront les derniers » deviendra vérité électorale.

Bien sûr que tout peut changer, une mauvaise campagne comme celle de Jospin en 2002 peut donner des résultats bien différents. Mais au lieu de râler, pourquoi ne pas penser à ce que pourrait être une bonne campagne et surtout cesser de se dénigrer entre « petits camarades. « Ségolène charge toi de tes adversaires nous nous chargerons de tes amis ».

Et tes amis seront bien obliger de tenir compte des sondages s’ils veulent revenir au pouvoir. Mais ils peuvent aussi prendre exemple sur leur partenaire vert et mettre la machine à perdre en marche.

 

 

 

Autre reproche éléphantesque : Ségolène ne dirait rien. Et pourtant moi  je l’ai entendu dire que Blair ne serait pas le diable (ce que pense aussi Strauss-Kahn qui lui n’ose pas le dire…)

A propos du combat qui est le mien depuis quarante ans, celui de l’école, elle a dit que le rôle des enseignants n’était pas seulement d’instruire mais aussi d’éduquer et qu’il faudrait reposer la question du temps de présence des enseignants dans les établissements scolaires. Quand on est de gauche et qu’on vise la présidence voila un courage dont je ne suis pas sûr que Jack Lang, avec qui j’ai pourtant bien travaillé quand il était ministre de l’éducation Nationale, soit capable en période électorale.

Ségolène se situe au centre gauche et j’en suis fort aise. J’espère que le programme du PS, contrairement à la motion signée par tous à leur dernier congrès ira dans ce sens.

 

 

 

Enfin pour en terminer avec les éléphants, quand je vois les Fabius, Strauss-Kahn, Lang et Jospin rouler des mécaniques pour montrer qu’eux ont la stature de chefs d’Etat, alors que la petite Ségolène elle… Là la moutarde me monte au nez.

 Dans nos démocratie il y a incontestablement une énorme contradiction entre les qualités nécessaires pour être désigné  candidat par son parti, celles qu’il faut pour faire une bonne campagne et enfin celles nécessaires pour exécuter les fonctions pour lesquelles on a été élu.

Chirac et Bush ont été de « bons » candidats et de bien piètres présidents. Jospin aurait pu, peut-être, faire un bon président mais a été hélas un bien piètre candidat.

 

 

 

Alors ce que je demande à Ségolène c’est de gagner les élections présidentielles et de ne pas jouer ensuite un rôle « Royal ». Il faut en finir avec la fonction monarchique de la présidence de la république. Qu’elle se montre capable dès aujourd’hui d’avoir une équipe dont demain, après la lutte interne du PS, les Lang et Strauss-Kahn feront partie, qu’elle pille de suite et sans vergogne leurs meilleures propositions, les idées justes ne sont la propriété de personne. Qu’elle fasse de même avec les idées des verts responsables, (ils existent même si c’est une denrée rare) et de bien d’autres encartés ou non.

Et si des passerelles pouvaient dès aujourd’hui être faites avec l’UDF de Bayrou, qui s’est courageusement démarqué de la droite, la France entrerait dans une nouvelle ère politique.

 

 

 

Pour être cohérent et faire en sorte que Ségolène soit désignée comme candidate, je vais, à 70 ans, signer un Contrat Nouvel Encartement (CNE) au PS, Contrat à Durée (très) Déterminé (CDD). Bien sûr ce texte voudrait donner à d’autres l’envie de faire de même, et si je ne peux pas, à mon âge et après 50 ans de vie politique et de multiples encartements, signer un Contrat Premier Encartement (CPE), j’appelle les jeunes à le faire.

Je dois dire que je serais particulièrement heureux qu’un de mes derniers combats politiques permette l’accession d’une femme à la présidence de la République Française , qui reste encore très « machiste ».

 

 

 

Gabriel Cohn Bendit

 

 

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Jean-Claude Sommaire 11/05/2006 00:26

Article intéressant de Gabriel Cohn Bendit avec toutefois une erreur quand il dit qu'il n'y aura jamais de sarkozystes de gauche. Je crains fort, à mon grand regret, d'en être un quand je vois les réactions du PS au projet de loi sur l'immigration, les insuffisances de réflexions sur l'insécurité, etc A la différence des sociaux démocrates du nord lePS français reste sur ses vieux schémas qui le coupent de plus en plus  de l'électorat populaire.Il y a évidemment des exceptions comme JM Bockel, Manuels Valls,etc, mais qui sont assez isolés dans leur formationBien cordialement.
Jean-Claude Sommaire

marc d HERE 10/05/2006 01:35

Merci Adriana...peut-être à charge de revanche.
A vous.
marc

Adriana EVANGELIZT 10/05/2006 01:00

Mille excuses, j'ai oublié le lien...
http://segoleneroyal.over-blog.com/article-2675979.html
Amitiés
Adriana Evangelizt

Adriana EVANGELIZT 10/05/2006 00:57

Cher Marc...
 
J'ai mis quelques lignes ici et la suite chez vous...
Merci
Adriana Evangelizt

David 10/05/2006 00:21

Cher GabrielAutant j'aime votre parcours et tout ce que vous défendez quant à l'éducatiion, autant je ne puis vous suivre sur Mme Royal.Je ne suis pas machiste : ç'aurait été Mme Aubry,  j'aurais voté poru elle dès le premier tour. Mais Ségolène, excusez moi, mais ce que je sais d'elle me fait douter.Les seules positions que je connais d'elle sont très réactionnaires, que ce soit pour la reconnaissance des couples homosexuels que de leur droit à l'adoption. Pour le reste je n'ai entendu que ce que les médias me disent d'elle, autant dire pas grand chose, sur le fond.Qu'elle soit en tête des sondages : peu me chaud. J'attend d'entendre ce qu'elle envisage pour la France à tous niveaux.Ensuite je me déciderai sur le fond, mais pour l'instant je ne vois guère de fond, que du positionnement médiatique.Il ne s'agit pas de voter pour celui (ou celle) qui a le plus de chances de l'emporter face à M. Sarkozi  mais pour celui qui pourra enfin incarner ce à quoi j'aspire et, en substance, Mme Royal ne me semble rien incarner de précis.Désolé.