Le nucléaire pour quelques uns ?

Publié le par Claude Bodin

Sur fond de mondialisation, dans une relative indifférence des opinions
publiques occidentales, les discussions sur l'appropriation de l'arme nucléaire
par l'Iran se poursuivent entre les Nations Unies et l'Iran avec une forte
pression des Etats Unis.

Tout a été dit sur les aspects techniques des avancées
iraniennes en matière nucléaire ; de même, le bras de fer, à la fois
diplomatique (côté O.N.U.) et "vociférant" (côté IRAN) est intéressant mais sans
nouveauté particulière. Par contre,une question de fond est posée à nouveau par
cette affaire : qui a le droit de possèder l'arme nucléaire en dehors de ceux
(les Etats) qui font déjà partie du club des puissances nucléaires. De toute
évidence, l'avis unanime des membres du club, c'est de n'accepter aucun membre
supplémentaire pour limiter autant que faire se peut le risque quasi probable du
recours à l'arme nucléaire dans des conflits armés actuellement règlés par
l'emploi de l'armement classique. Nous ne nous apesantirons pas sur les
conditions dans lesquelles les actuelles puissances nucléaires ont acquis le feu
nucléaire : il y aurait beaucoup à dire mais ce n'est pas le sens de notre
propos. Néanmoins,selon que le candidat à l'arme nucléaire est une puissance
grande, moyenne ou petite,l'attitude des Nations Unies ... et des Etats Unis
sera-t-elle la même ?

Quoiqu'il en soit, l'O.N.U peut-elle avoir une autre
politique que de limiter sans exception l'accès des Etats non détenteurs au feu
nucléaire! S'il est vrai que les membres du club n'ont pas demandé au reste du
monde l'autorisation de mettre en oeuvre cette arme nucléaire, il n'en reste pas
moins que l'intérêt général de l'humanité justifie de fait et de droit la
mission impérative des Nations Unies de limiter de manière absolue une telle
.prolifération. Alors, bien sûr, quid du nucléaire civil ? Il ne peut être
question d'interdire à quelque Etat que ce soit de développer l'utilisation du
nucléaire civil. Dans ce domaine là,il faudra réfléchir sur les conditions dans
lesquelles le nucléaire civil peut être développé par les Etats sans qu'il y ait
une suspicion systématique relative à une fabrication dissimulée de l'arme
nucléaire; il faut que les Nations Unies y travaillent dans une indépendance
réelle.

En annexe à cet article, une question d'histoire n'a pas,
semble-t-il, de réponse explicite à ce jour. Lors d'un débat sur France Inter
entre 7 et 9 heures, le 28 Avril, à la question de savoir qui avait donné le
mode de fabrication de l'arme atomique à Israël, même si officiellement Israël
ne la possède pas,la réponse du spécialiste invité à France Inter a été nette et
précise : c'est la France,dans les années 50 ! On peut s'interroger ! Outre
l'acteur israelien connu, Shimon Peres, quels furent les acteurs français de
cette opération et dans quel cadre institutionnel français, cette même opération
a-t-elle été validée ?

Claude BODIN

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marc d HERE 11/05/2006 08:10

Cher Fred
"Personne ne dit que l'on appliquera pas de solution militaire". dis -tu.....Si, justement ,c'est ce que vient de déclarer Villepin et c'est ce que je lui reproche "La solution militaire n'est CERTAINEMENT pas la solution"...
Pour le reste accord avec toi.
Amitié;
marc 

Fred de \\\ 06/05/2006 14:41

1. A l'heure actuelle, l'Iran n'a violé aucun des traités qu'elle a signé... L'objectif est de le dissuader de le faire. Maintenant, je crois que c'est d'abord une question de volonté. Considère-t-on le régime Iranien comme terroriste avec l'idée, un jour ou l'autre, de le renverser ? Ou pense-t-on simplement qu'il ne doive pas posséder d'arme nucléaire ? Il me semble que l'on est très divisés sur ce point, et que l'accession au pouvoir d'Ahmadinejad ne simplifie pas les choses et joue en faveur de la première option.Dans le premier cas, il n'y a rien à négocier avec eux et l'on accepte d'aller à la guerre. Dans le second (que je privilégie pour le moment), il nous faut priver les USA de leurs raisons d'attaquer l'Iran, et l'Iran des raisons de disposer de l'arme nucléaire. Ces deux questions sont liées : L'Iran considère la bombe comme la seule dissuasion possible face aux USA et cherche à gagner le temps d'en disposer. Tant qu'on reste dans cette dialectique, il n'y a aucun optimisme à avoir : L'Iran ne donnera aucun gage de bonne volonté et franchira une ligne rouge, les USA l'attaqueront tôt ou tard , et je pense qu'ils auront alors raison de le faire et que nous devrions les soutenir.2. Personne ne dit que l'on appliquera pas de solution militaire. Nous devons affirmer notre détermination à voir l'Iran respecter ses engagments internationaux et renoncer à la bombe. Cela implique que l'option militaire doit toujours être un recours possible. Mais on doit la conditionner à l'échec des autres voies de résolution si l'on veut leur donner une chance de réussite. A montrer que l'on veut de toute façon attaquer (et on peut aussi reprendre là l'exemple irakien), on conforte l'Iran dans son refus de coopération.3. Un peu, en matière nucléaire, c'est beaucoup trop peu. Je me méfie comme de la peste de cette idée que nous serions à la fin de l'histoire et que nos régimes sont stables et indépassables.   Le vingtième siècle nous a trop montré que la frontière entre la démocratie à la tyrannie n'était finalement pas si difficile à franchir...

marc d HERE 06/05/2006 13:53

Comme souvent je suis d'accord avec ce que tu dis...mais....
Mais 
1 - que fait-on si l'Iran refuse tout accord et continue son programme envers et contre tout (et tous)? 
2 - Et quelle que soit notre position sur ce point, affirmer d'emblée que l'on n'appliquera pas une solution militaire ne  risque t-il pas  de conforter l'adversaire dans son intransigeance? Ce qui a semble -t-il été le cas à Bagdad, au coeur de la crise...
Par ailleurs on ne peut être sûr de ce que seront des Etats dans un millénaire c'est vrai..;Mais on peut avoir  (un peu) plus confiance dans des Etats démocratiques...
A toi;
marc

Fred de \\\ 06/05/2006 13:37

(suite et fin) L'important (et je crois que c'est bien la position de l'UE), c'est donc de négocier avec l'Iran les conditions dans lesquelles on peut l'assister dans le développement du nucléaire civil, qui soit une industrie réellement indépendante comme il le revendique, tout en s'assurant que cela ne pourra pas servir à des fins militaires. Cela n'est pas simple, c'est possible. Il faut pour cela baliser 2 éléments. 1. L'enrichissement des combustibles nucléaires. Contrairement à une idée reçue médiatique, les combustibles nécessaires au nucléaire civil et militaire sont très différents : un uranium enrichi à 5% suffit à aimenter une usine, alors qu'il doit l'être au moins à 80% pour le nucléaire (c'est toute la différence entre une réaction en chaîne maîtrisée et une potentiellement explosive). La mise en place d'usines d'enrichissement n'est d'ailleurs pas interdite par le TNP, dès lors qu'elles sont publiquement déclarées à l'AIEA. On peut donc autoriser l'Iran a mener ces travaux à une condition : qu'il accepte que l'AIEA puisse effectuer des saisies et contrôles d'échantillon, ce qu'il refuse aujourd'hui (ces pouvoirs lui sont donnés par le protocole additionnel de 1990 que l'Iran n'a pas signé...) 2. La question des déchets. Le résidu du nuclaire civil pose de nombreux problèmes :  il produit d'une part du plutonium pouvant alimenter l'industrie militaire, et d'autre part des déchets hautement radioactifs pouvant être utilisés pour des "bombes sales" que chercheraient à utiliser les mouvements terroristes. Il faut donc obtenir que l'Iran sous-traite la gestion de ces déchets à un etat tiers reconnu par les deux parties pour garantir la sécurité de ces matériaux. Le problème, c'est que l'on ne peut faire de pari à très long terme (plusieurs millénaires) sur la stabilité politique d'aucun état... ce qui doit nous pousser à réflechir par ailleurs sur l'avenir de cette énergie, qui ne me semble pas le bon choix dans l'absolu ( http://etmaintenant.over-blog.com/article-2588458.html )

Fred de "Et Maintenant ?" 06/05/2006 13:36

(suite) Que dit-il ce traité vieux de 35 ans ? 3 principes simples : 1. Les Etats signataires, à l'exception des 5 membres permanents du conseil de sécurité, renoncent à tout  développement un programme nucléaire militaire. 2. En contrepartie, ces 5 pays (USA, Russie, France, GB, Chine) s'engagent à assister les états signataires, par des transferts de technologies et de compétences, dans le développement du nucléaire civil, et s'interdisent d'assister des Etats non signataires. 3. Les 5 grands s'engagent à réduire leur propre capacité nucléaire pour parvenir (sans objectif daté...) à son démantèlement total. En premier lieu, on ne pourra faire appliquer ce traité par l'Iran (signataire), que si on le respecte nous-même... Concernant  le dernier point : le maintien des forces de dissuasion a plutôt été une bonne chose qui a permis de contenir les affrontements est-ouest à des conflits régionaux sans entraîner de guerre mondiale. Mais l'on doit aujourd'hui repenser l'adaptation de cette dissuasion au monde nouveau, tout en conservant ce principe de dissuasion par l'anéantissement réciproque. Le développement d'armes tactiques à tête nucléaire, comme le préconise Chirac, serait dans ce cadre un grave danger pour le monde et une violation manifeste de nos engagements internationaux. Il nous faut également appliquer le second, et donc renoncer à offrir au nom du marché, des technologies nucléaires à des Etats non signataires et possédant la bombe (comme l'Inde), qui ne sont pas contrôlés par l'AIEA. Ce système "2 poids, 2 mesures", qui favorise au demeurant ceux qui ne jouent pas le jeu de la non-prolifération, est diplomatiquement très compliqué à faire valoir auprès de ceux qui seraient tenter de sortir des clous du TNP. S'il n'y a rien à gagner dans ce traité, pourquoi le respecter ?