La dictature du MEC

Publié le par Robert Bellec

Où va la démocratie en France ?

 

Historiquement minée par le Colbertisme, puis rognée par le républicanisme jacobin, sapée par l’antiparlementarisme, polluée par la fascination amoureuse et haineuse de l’état tout-puissant, envahie et parasitée par la démagogie populiste, désormais menacée par la dictature du MEC, la démocratie de France n’affiche pas une santé de fer. Elle est en danger.

 

 

Mais qu’est-ce donc que ce MEC med ?

 

Après le psychodrame effarant du CPE, le non à la constitution, l’épisode Lassalle qui sera oublié dans quelques jours ou semaines devrait nous donner à réfléchir à la profonde corruption de nos institutions.

 

 

Nous assistons jour après jour à la dictature grandissante du Misérabilisme Emotionnel et Compassionnel orchestré par le pouvoir médiatique. Le MEC med.

 

Est-ce grave, Docteur ?

 

Apparemment, c’est anodin, on en rigole !

 

Mais au-delà, c’est le symptôme d’une grave maladie institutionnelle, car au fond tous les mécanismes de la démocratie représentative, du respect de la règle, et de la simple intelligence des faits se trouvent sans cesse court-circuités par ce MEC med et le méli-mélo qu’il porte dans ses basques.

 

 

 José Bové a-t-il une bonne gueule d’Astérix rougeaud ? On en déduit que ce qu’il dit doit être censé, que ses combats sont sympathiques, donc « honorables ». Sans aller y voir de plus près, et avec la bénédiction des média, qui en font leur miel via l’audimat ! Le MEC med a frappé.

 

Lassalle a du courage, un accent du terroir, un organe puissant, son combat est légitimé ! Le MEC med a encore frappé !

 

L’usine à inventer des mots creux et émotionnels, ATTAC et d’autres, tourne à plein régime, et ça marche : exclusion, fracture sociale, principe de précaution maximum, malbouffe, parité, précarité, mondialisation ultra-libérale, et j’en passe,

 

Tous ces concepts sont absolument creux, mais s’adressent à l’émotionnel.

 

Et tout ce qui ne passe pas par l’émotionnel semble voué à l’échec.

 

 

José Bové, un groupe, un syndicat, un homme, des enfants, et même des groupes de voyous, peuvent décider de ce qui est légitime ou pas, et défier la règle et la loi pour imposer leur point de vue par le chantage, par la force, contre l’autorité légitime en démocratie, celle issue des élections. Et presque tout le monde semble trouver cela très bien !

 

 

Ce qui est doublement grave, au-delà de la menace sur la démocratie, c’est que cet émotionnel -compassionnel crée un rideau de fumée étanche à toute forme d’intelligence, à tout examen des faits. Et qu’à force d’être privé d’intelligence toute société ne peut qu’aller obligatoirement à vau-l’eau.

 

 

Prenons un autre exemple instructif, feu le CPE, en mettant de coté l’homme, ses maladresses, et la forme, et tentons pour une fois de nous adresser à l’intelligence des personnes en mettant de coté l’émotionnel - compassionnel.

 

On verra que tout s’inverse. Essayons, qu’est-ce qu’on risque ?

 

Adressons nous aux enfants qui crient leur angoisse et leurs fantasmes, aux parents qui les soutiennent mais pour une fois, une seule, par le truchement de l’intelligence, de la raison, du bon sens. Une seule fois, c’est promis.

 

 

Question, peut-on sans risquer l’anathème, dénoncer des dogmes et des erreurs manifestes d’appréciation, réfléchir sur des faits et des réalités ?

 

 

Premier point, examinons cette affaire de la « précarité ».

 

D’abord le jeune qui sort de l’école est-il employable ? La réponse est non, même s’il sort d’une grande école du reste, et quel que soit son diplôme. Le diplôme n’est qu’un passeport pour apprendre la vie professionnelle.

 

Son employabilité est seulement un peu plus ou moins forte selon la formation. C’est tout. Il n’est pas employable directement (et beaucoup ne le sont pas du tout).

 

 

Donc l’entreprise qui l’embauche va devoir investir. Entre six et vingt mois de salaire selon les cas, entre frais d’embauche, de formation interne, d’intégration, etc.

 

Le « retour sur investissement » c'est-à-dire le temps qu’il faut pour qu’il commence à « rapporter » le premier centime est en moyenne de 2 à 3 ans, souvent bien plus, et donc en deçà, on est certain de perdre de l’argent. Beaucoup.

 

Je veux bien que les chefs d’entreprise soient tous des cyniques forcenés, je suis convaincu du contraire, mais on ne peut pas le prouver, alors admettons.

 

Justement, si l’employeur est un tel cynique, pourquoi voulez vous qu’il soit assez stupide pour « virer » un salarié sans cause profonde, sachant que chaque fois qu’il le fait il perd beaucoup d’argent ? Soyons un peu logiques, quand même !

 

C’est simple, supposons qu’un salarié formé puisse générer 20% de valeur ajoutée, et que l’investissement pour le recruter ( 2 à 3 mois), le former ( 2 à 6 mois) et l’intégrer, soit globalement de 6 mois, alors mathématiquement le retour sur investissement est de 6/0,2 soit 30 mois. A 15% de valeur ajoutée, 40 mois.

 

Connaissant en plus, les énormes dommages collatéraux : le nouveau salarié s’est lié d’amitié avec les collègues, souvent le patron même l’a pris en sympathie. Si on « le vire » sans que ce soit indispensable, on crée d’énormes remous dans le climat de l’entreprise, on crée le conflit et la suspicion, on détruit l’esprit et la philosophie d’entreprise qu’on a tant de mal à construire en France… Tout cela est très coûteux !

 

Bref, l’entreprise normale ne licencie, sauf bien sûr les quelques patrons voyous ou idiots car il y en a mais il y en aura toujours, elle ne licencie que s’il est impossible de faire autrement.

 

Voila la réalité pure et simple que tout le monde peut vérifier, pour peu qu’on s’en donne la peine.

 

Alors bien sûr, il existe encore des emplois de type « à la chaîne » ou le salarié est rapidement opérationnel. Ça existe encore, oui. Mais ce n’est plus la règle, c’est même de plus en plus rare au vu de la tertiarisation de l’emploi.

 

 

Alors, le CPE aurait-il été plus précaire qu’un CDI, présenté comme une sorte de pinacle de l’emploi ?

 

Pas plus, c’est une certitude, et probablement moins, car dans le cas du CDI il est de plus en plus difficile de rompre un contrat après neuf mois, donc si on a une vraie crainte, on peut être tenté d’accélérer la décision, alors que dans le cas du CPE rien n’y oblige, on a toutes raisons d’aller le plus loin possible.

 

De toutes les façons, CPE ou CDI c’est pareil, si la personne n’est pas à sa place, c’est lui rendre un bien mauvais service que de la maintenir dans une impasse coûte que coûte. Il ne faut pas le faire, c’est criminel.

 

Alors pour les opposants, pourquoi ne pas avoir proposé d’essayer, mesurer les effets, et dire ensuite : c’est trop précaire ! Si c’est le cas. Une fois la preuve faite, dans un sens, ou dans un autre ? Tout le monde l’aurait compris. Mais non, car ça aurait probablement marché, et c’est là le problème. Pourquoi un tel psychodrame sans savoir ce que ça donnera, sans même connaître pour la plupart la réalité du dossier ?

 

Deux raisons, d’abord le MEC med, et sa cohorte d’ irrationnel.

 

Plus une raison rationnelle non dite et peu avouable : les syndicats savaient que ça risquait de marcher, mais il ont considéré que si ça marchait ce serait une menace pour leur pouvoir syndical à différents niveaux : sur l’idéologie syndicale à la Française, moindre emprise sur les nouveaux embauchés, frustration de ne pas avoir été les promoteurs de l’initiative, volonté de saper un pouvoir « de droite », hostilité aux entreprises. 

 

 

Enfin, aurait-il créé de l’embauche supplémentaire ? A l’évidence, oui. Combien ? On ne le sait pas sans avoir essayé, mais à l’évidence, oui.

 

Pour une raison simple, il existe dans les entreprises un gisement important d’emplois non pourvus parce que la conjoncture est incertaine et parce que la difficulté à rompre un contrat pour l’employeur fait reculer la décision chaque fois qu’il y a doute.

 

 

Le CPE était-il la panacée ? Non bien sûr. Mais il ne méritait pas un telle indignité ni le millième des reproches qui lui ont été imputés. Ce n’était pas grand-chose, au fond.

 

La vraie réforme apte à réduire le chômage devra être bien plus radicale.

 

Au niveau de l’opinion publique, il y a eu les 40% qui suivent aveuglément les thèses syndicales et « de gauche », auxquels se sont ajoutés 20% générés par la dictature du MEC med.

 

 

Autre aspect, prenons les jeunes maintenant, d’abord plutôt favorables, puis travaillés au corps par une propagande insensée. On leur a implanté dans la tête le rêve saugrenu d’une entrée dans la vie sans effort et sans risque, sans mérite et sans conquête.

 

Le rêve fou d’un contrat totalement asymétrique, où le salarié aurait tous les droits et aucun devoir, et l’employeur aucun droit et tous les devoirs.

 

Dans cet étrange mariage, le salarié aurait « le droit » d’être embauché indépendamment de ses mérites et compétences (restant à acquérir), d’être formé aux frais de l’autre partie, de divorcer sans raison et à tout moment sans contrainte, mais l’autre partie au contrat, l’employeur, n’aurait aucun droit de mettre fin au contrat sans être lourdement condamné et pénalisé à tous niveaux. Ce rêve absurde porté par l’ultra-gauche, relativement relayé quand même par les  syndicats, les médias, le show business, et les hommes politiques, n’est pas pour rien dans l’état de l’entreprise, donc l’état de l’emploi, et la conséquence, l’état de la France.

 

 

Qui osera dire en France que non seulement on ne peut pas empêcher une entreprise de licencier quand elle y est contrainte, mais qu’au contraire on ne doit pas  gêner ce processus thérapeutique essentiel, et ce tant dans l’intérêt global des salariés et que de la collectivité ?

 

Qu’on doit en revanche aider la personne qui a perdu son emploi et doit se reconvertir, évoluer, retrouver un nouveau projet de vie ? Là, oui.

 

Mais l’aider vraiment, et efficacement, pas comme le fait un Etat obèse, prétentieux et inefficace.

 

Pourquoi un part de la gauche continue-t-elle à mentir au peuple en lui laissant accroire que l’Etat bien gouverné peut tout, puisque les plus compétents et intelligents d’entre les politiques savent parfaitement que ce n’est pas vrai, et quitte à avouer quand on est au pouvoir, à l’instar de Jospin, « l’Etat ne peut pas tout » ? Alors que pour se faire élire, on laisse croire le contraire. Une gauche porteuse d’une vision et d’un projet doit rompre totalement avec les errements de cette démagogie populiste, portée par cette dictature du MEC med.

 

 

C’est un étrange retournement historique, le MEC a toujours existé (sans le med) mais à l’aube des combats démocratiques et sociaux, il était plutôt l’apanage de la droite catholique, moraliste, chichiteuse. L’irrationalisme compassionnel et charitable.

 

Alors que la gauche portait haut la bannière de la raison, de l’esprit libéral, parfois libertaire. Porteuse d’un rationalisme pragmatique tourné vers l’humain et le progrès. Marx en a été l’exemple le plus caractérisé.

 

 

Quelle inversion vertigineuse, quand aujourd’hui l’ultra gauche et la gauche suiviste Fabiusienne ou autre, se vautrent dans cet irrationalisme compassionnel, occultent les faits, négligent toute cohérence, bannissent l’intelligence et la raison, trahissent leurs engagements et toute fidélité aux combats démocratiques qui ont porté la gauche responsable, de Jaurès à Mendès-France entre autres ?

 

 

La politique se dévoie quand elle est prête à toutes les bassesses, à toutes les trahisons de l’esprit pour gagner les faveurs de l’opinion publique afin d’atteindre le pouvoir. Le Miterrando-Chiraquisme a fait des dégâts considérables, il a appauvri le pays, l’a mené tout doucement vers une ruine à petit feu.

 

Mais la dictature du MEC est un poison encore plus dangereux, mortel pour la démocratie. Une menace majeure. Un vrai fléau. Il faut y prendre garde.

 

La démocratie est soluble dans ce poison.

 

Robert Bellec

 

Publié dans Démocratie

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marc d HERE 09/05/2006 17:29

J'apprécie votre commentaire, Yann et je ne suis certainement pas le seul. Mais s'il vous plaît, veillez à utiliser moins d'espace....La lecture et la compréhension en seront facilitées.
Bien amicalement
marc

Yann 09/05/2006 17:25

"Je ne me dissimule pas et je ne vous dissimule pas la difficulté de réaliser des réformes. Ce n'est pas un hasard si, dans l'histoire, les réformes ont toujours été si difficiles que d'aucuns estiment qu'il faut une révolution pour y parvenir. Ce n'est pas mon sentiment. Un pays démocrate où la majorité doit avoir la prépondérance peut réaliser pacifiquement et dans l'ordre ce qui est dans l'intérêt du plus grand nombre, dans l'intérêt de la Nation."
 

 
 

Cette opinion de Pierre Mendès-France semble plus que jamais d'actualité et j'ai beaucoup apprécié la référence faite par Robert BELLEC à cette grande figure de la gauche française dont l'action et les écrits peuvent inspirer utilement la réflexion d'IES.
 


 

Je suis globalement d'accord avec Robert BELLEC concernant sa dénonciation de l'avilissement du débat politique qui semble ne plus vouloir faire appel qu'à l'inconscient de l'électeur.
 


 

Cette dérive menace gravement la démocratie et l'action d'un homme comme Pierre Mendès-France a bien au contraire toujours été inspirée par un idéal démocratique consistant à respecter les faits et les gens pour s'adresser à l'intelligence collective des citoyens.
 


 

C'est cet idéal démocratique qui nous anime et qui nous pousse aujourd'hui à dénoncer la dérive du Parti socialiste qui semble aujourd'hui prostré dans une attitude protestataire  comme s'il avait été envoûté par la combativité militante de la gauche antilibérale la plus primaire, laquelle s'est tristement illustrée au cours de la campagne référendaire.
 


 

En ce sens, je pense que notre candidat à l'élection présidentielle (qui pourrait être Bernard KOUCHNER parce qu'il a déjà su jouer le rôle du trublion) devra se distinguer des autres candidats en osant énoncer des vérités qui dérangent sur l'état de notre pays et sur l'urgence des réformes qui doivent y être menées.
 


 

Il devra notamment proposer des réponses à deux problèmes majeurs qui paralysent actuellement notre pays :
 


 

1°) Comment engager des réformes dans cette société qui ne semble plus vouloir avancer et se contente de réagir sur un mode compassionnel ou émotionnel
 


 

A gauche, la favorite des sondages propose de recourir à l'expertise citoyenne mais cette méthode semble aussi creuse que les propositions de la candidate à la candidature.
 


 

L'ascension de Ségolène ROYAL dans le camp socialiste est le reflet de l'incapacité présente de la gauche socialiste à penser la société autrement que sur le mode des sentiments : en quelques semaines seulement, l'ex-candidate virtuelle est aujourd'hui devenue la candidate probable grâce à un soutien médiatique exceptionnel.
 


 

Pourtant Madame ROYAL le dit et le répète : elle n'a officiellement aucun projet pour la France.
 


 

Mais elle sait cultiver une image plutôt rafraîchissante et sympathique qui mélange le respect des valeurs familiales et la défense des salariés. Elle a su dissimuler une personnalité ambitieuse derrière l'image d'une jeune femme, plutôt mère de famille que militante socialiste, s'affichant aussi souvent que possible dans la presse people...
 


 

Madame ROYAL n'a pas de projet pour la France sinon de dupliquer la capacité d'écoute et le pragmatisme dont elle fait preuve en POITOU CHARENTE mais elle fait confiance à l'expertise citoyenne érigée en méthode de gouvernement.
 


 

Sauf à dire clairement comment on organise de vrais contre pouvoirs en s'appuyant notamment sur les régions et les associations, cet appel au bon sens de la base semble purement démagogique.
 


 

On est décidément bien loin de l'idéal démocratique de Mendès-France : face à une société de plus en plus complexe, recourir à l'intelligence collective des citoyens ce n'est pas additionner des opinions individuelles pour tenter d'en faire une synthèse mais c'est au contraire s'efforcer de comprendre la société, pour nourrir le débat démocratique et proposer des choix qui devront effectivement être tranchés par les citoyens.
 


 

Cela implique aujourd'hui plus que jamais de dresser un diagnostic sur l'état du pays avant de lui proposer une direction pour les cinq ans qui viennent !
 


 

2°) Comment réconcilier les Français avec le travail
 


 

L'expression parfois vive de Robert BELLEC traduit, semble-t-il, une certaine exaspération par rapport à la vision que la gauche traditionnelle continue d'offrir du monde de l'entreprise.
 


 

Dans les échanges sur le CPE comme lors de la discussion sur le Traité constitutionnel, on se serait presque cru de retour au XIXème siècle. Comme au temps de Germinal, la représentation fantasmagorique du monde de l'entreprise mettait aux prises, d'un côté, les patrons de droit divin s'engraissant sur le travail des prolétaires et, de l'autre, les salariés opprimés et soumis à une exploitation forcenée permise par une précarisation croissante.
 


 

Je caricature à peine...
 


 

Les Français aiment leur Etat dont ils se plaignent mais dont ils attendent tout. En revanche, ils n'aiment pas les entreprises qui produisent la richesse de la nation, et encore moins les entrepreneurs parce qu'ils gagnent de l'argent.
 


 

Ce n'est pas l'un des moindres paradoxes de notre pays que de célébrer comme des stars les inconnus qui deviennent millionnaires grâce aux jeux de hasard tandis qu'on vilipende ceux qui construisent une réussite professionnelle et économique par leur travail, leur compétence, leur goût de l'innovation et leur esprit d'entreprise qui nécessitent souvent de surcroît une réelle prise de risque. 
 


 

Je ne nie pas à la puissance publique un rôle important dans la création de la richesse nationale (impulsion de projets innovants, création d'infrastructures, etc...) mais sans entreprise, donc sans entrepreneur, il n'y aurait pas de vie économique.
 


 

C'est une évidence que la vie de ces entreprises repose sur la qualité de leurs salariés, certes, mais aussi sur celle de leurs entrepreneurs.
 


 

S'il n'y avait pas d'entrepreneur, il n'y aurait pas de dynamisme économique. Les expériences autogestionnaires semblent avoir vécu. Le développement du secteur de l'économie solidaire est encourageant mais il ne saurait se substituer à l'économie de marché.  
 


 

Dans la bataille des idées que nous avons à mener, réhabiliter le rôle essentiel des entrepreneurs dans la création de la richesse nationale, me semble une nécessité de premier plan si l'on veut modifier la perception que notre société a de l'entreprise.
 


 

Mais ce n'est pas seulement l'entrepreneur qu'il faut réhabiliter, c'est aussi le travail salarié.
 


 

Les jeunes Français dans leur immense majorité veulent devenir fonctionnaires non pas pour la grandeur du service de l'Etat mais plutôt pour la sécurité de l'emploi voire pour le cocooning que procure à certains le statut de la fonction publique.
 


 

Je partage l'indignation de Robert BELLEC face à l'idée  que le chef d'entreprise licencierait par facilité ou par plaisir. Le recrutement pour toutes les entreprises est un investissement important en temps et en argent. Il est donc évident que le départ d'un salarié par suite d'une erreur de recrutement représente un coût pour l'entreprise qui va devoir procéder à une nouvelle embauche.
 


 

Du côté des jeunes nouvellement embauchés, je ne suis pas choqué non plus par l'idée qu'ils auraient à faire leurs preuves en faisant montre de leur dynamisme au service de l'entreprise qui leur offre leur première expérience professionnelle.
 


 

Il faut trouver un juste équilibre entre les droits et les obligations de chacune des parties mais il est toujours dangereux de créer un statut offrant des droits sans aucune contrepartie, en clair : sans obligation.
 


 

Alors comment réhabiliter le travail ?
 


 

Il faudra remettre en chantier le statut du travailleur salarié.
 


 

Ce statut est mis à mal par la persistance d'un chômage de masse et par la précarisation d'une partie importante des salariés.
 


 

La réduction du temps de travail à
la mode JOSPIN-AUBRY
bien qu'elle soit érigée en "grande conquête sociale" par les socialistes, n'y a rien changé.
 


 

Pire, cette réforme a accentué les injustices flagrantes entre les salariés des petites entreprises et ceux des grosses sociétés ou du secteur public. Accessoirement, elle a contribué à désorganiser l'hôpital public (avec les conséquences que l'on connaît sur les déficits des comptes sociaux) et alourdi le coût des entreprises de main d'oeuvre...
 


 

La principale critique que l'on peut adresser au dispositif législatif de réduction autoritaire et uniforme de la durée légale hebdomadaire du travail à 35 heures, c'est d'avoir nié la dimension sociale du travail en ne le considérant que dans sa dimension économique.
 


 

La réduction du temps de travail telle qu'elle a été mise en oeuvre a fait du travail salarié une marchandise !
 


 

Réduire le travail salarié à la vente au profit d'un employeur d'une activité physique ou intellectuelle pendant une durée donnée et moyennant un prix déterminé, c'est nier à cette activité toute sa dimension collective et sociale, c'est partant avilir le travail, lequel constitue pourtant très souvent une source d'épanouissement et d'enrichissement personnel.
 


 

Or c'est cette conception avilie du travail qui prévaut actuellement.
 


 

La réduction du temps de travail semble avoir été conçue et appliquée de manière uniforme pour chaque salarié comme s'il exerçait un travail pénible de production sur une chaîne de montage.
 


 

C'est à croire que pour les responsables socialistes (qui sont le plus souvent issus de la haute fonction publique) le monde mythique de l'entreprise c'est le secteur de la production industrielle. Les salariés, ce sont d'abord et avant tout les ouvriers !
 


 

Encore une fois, je caricature mais à peine...
 


 

Sans sous-estimer l'importance des blocages structurels de notre marché du travail, la défiance qui prévaut actuellement en France vis-à-vis du monde de l'entreprise et cette conception avilie du travail expliquent aussi la persistance d'un chômage de masse car nombreux sont les salariés qui indépendamment de toute considération économique se sentent légitimés à préférer une indemnisation à "ne rien faire" plutôt que d'accepter une mobilité professionnelle pourtant nécessaire.
 


 

Les intermittents du spectacle avec le soutien appuyé de la CGT nous en ont donné une triste  illustration...
 


 

Certes, les modes d'indemnisation du chômage sont à repenser mais les salariés doivent également accepter un effort d'adaptation au marché du travail dès lors que le statut de travailleur salarié (qui devra être redéfini) permettrait, à la suite d'une perte d'emploi, de garantir sous certaines conditions : un maintien du niveau de rémunération, un droit à la formation continue ainsi qu'une aide au reclassement.
 


 

Depuis toujours, c'est par leur travail, que les salariés acquièrent des droits. L'évolution du travail salarié n'aboutira pas à la fin du travail.
 


 

Par conséquent la règle selon laquelle il n'y a pas de droits sans obligations mais pas d'obligations sans droits, trouve toujours à s'appliquer. Il reste à redéfinir les droits et les obligations des parties.
 


 

L'adaptation demandée aux salariés va de pair avec celle qui est imposée aux entrepreneurs par le marché.
 


 

Aucune entreprise exerçant sur un marché concurrentiel ne possède aujourd'hui une situation acquise qui lui permettrait d'assurer à ses salariés une situation acquise.
 


 

Sans travail, sans liberté d'entreprendre, sans dynamique économique et donc sans création de richesse, l'Etat n'aura bientôt plus que de belles promesses à distribuer (à bien y regarder, c'est peut être déjà le cas...).
 


 

 

Bertrand DILLIES 08/05/2006 21:45

 C'est un excellent article, un peu excessif dans la forme mais très pertinent dans le fond.
En première lecture, les évènements récents illustrent parfaitement ce constat. Par exemple, la campagne électorale du référendum pour le traité constitutionnel européen, en Mai 2005, ou la crise du CPE en 2006, ont fait l'objet d'un déchainement histérique de l'ultragauche.
La contestation a utilisé le thème de la « casse de notre modèle social » et d'un retour un siècle en arrière, organisés dans l'ombre par une soi-disant élite conservatrice et revancharde. Le doute entraîné par cette surenchère - voire une forme de culpabilité - ont largement contribué à faire basculer l'opinion publique dans le sens du rejet.
En seconde lecture, les choses sont sans doute plus perverses. L'irrationnalité est presque toujours une rationnalité qui s'ignore. Dans tous les cas, manifestement, il y avait manipulation de la part de groupes maîtrisant parfaitement la communication et sachant parfaitement où ils allaient.
Le sujet est fondamental. En effet, les réformistes ne manquent pas d'idées pour faire bouger le pays. En revanche, les propositions ont peu de chance d'aboutir si elles sont confrontées à une mise en scène dramatique de la part des opposants.
Il est donc indispensable de communiquer autrement pour qu'une majorité de nos concitoyens retrouvent une vision objective de la situation. A partir de là, il sera possible de replacer les débats sur le plan de la pertinence des mesures proposées et de mettre en oeuvre les réformes necessaires.