Clichy Sous Bois, six mois déjà

Publié le par Laurent PY

Six mois déjà que, le 27 octobre 2006, deux jeunes français âgés de 15 et 17 ans perdaient la vie dans une course poursuite avec les forces de l’ordre, donnant suite à une série d’émeutes qui s’étendit rapidement à d’autres banlieues. Six mois déjà que Nicolas Sarkozy annonçait que le traitement social des banlieues a « échoué ». Depuis nous sommes tous en attente de réponses concrètes, que ce soit pour les habitants de Clichy et des autres banlieues ou pour la définition d’objectifs et de moyens pour une politique pour la ville plus réussie. Et force est de constater que dans ces deux domaines, il ne s’est pas passé grand chose.

 

 

M. Sarkozy, qui a su construire sa réputation sur ses injonctions au respect de la loi et au maintien de l’ordre, mais qui réserve l’accompagnement de la police à ses nombreuses sorties médiatiques, s’est contenté de la mise en place du Comité interministériel de prévention de la délinquance (http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=INTX0609024D).

 

 

Le projet de loi sur l’égalité des chances devait, lui, « donner tous les éléments pour sortir de la crise des banlieues ». Mais la plupart des mesures ont été adoptées par l’article 49-3 et n’ont pas vraiment abordé la spécificité des problèmes des banlieues : contrat de responsabilité parentale assorti d’une éventuelle mise sous tutelle des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire, création de 14 nouvelles zones franches, mise en place du «service civil volontaire ». Bref, au nom de l’urgence, on s’est limité à des mesures symboliques initiées par deux candidats qui pensent d’abord en terme d’électorat plutôt qu’en terme d’amélioration concrète de la situation des plus démunis et des conditions de vie, de sécurité et d’emplois dans les banlieues.

 

 

Au résultat, peu de moyens financiers ont été débloqués, notamment en direction des associations, pourtant les plus à mêmes à mesurer les besoins sur place. Ceux-ci le seront par le biais de l’Agence pour la Rénovation Urbaine , la dotation de solidarité urbaine de Clichy passant à 6,3 millions d’euros en 2006. On le sait, de telles opérations concernent le long terme et comportent un risque : celui, trop souvent concrétisé, de se transformer en « rénovation bulldozer », sans implication de la population. Or la capacité d’initiative et l’accroissement du pouvoir d’agir sur l’environnement sont des éléments essentiels pour augmenter l’engagement des habitants et leur permettre de tisser du lien et du sens, là où il fait souvent défaut. La rénovation urbaine doit donner les moyens, par l’intermédiaire des projets, de construire ce sens et offrir des opportunités d’emplois pour les plus défavorisés. Pour ce faire, il est nécessaire d’encourager la formulation collective des projets (en Allemagne, des budgets sont alloués aux associations pour élaborer des projets de rénovation urbaine auxquels participent les habitants), la gestion de certains budgets pour les conduire, avec accompagnement par des professionnels et représentants des institutions et collectivités, l’embauche des habitants pour les opérations touchant leur quartier, grâce à des clauses incitatives dans les appels d’offre les concernant.

 

 

Toutefois, la rénovation urbaine ne concernant en général pratiquement que le logement (élément essentiel lorsqu’on sait par exemple qu’à Clichy presque 47 % de la population habite dans des tours de neuf étages ou plus et que des familles de plus de 6 membres vivent en moyenne dans des appartements de trois pièces), elle ne suffit pas à elle seule à favoriser la mobilité sociale. L’emploi et l’école sont des éléments tout aussi importants à ce niveau, sur lesquels des objectifs et des méthodes sont encore à définir. À cet égard, il n’est plus possible de s’appuyer sur les « vielles recettes », la crise ayant relevé leur manque d’efficacité en terme de rééquilibrage : zones franches pour l’emploi et ZEP pour la formation.

 

 

Laurent Py

 

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Piotr 03/05/2006 11:29

Ne faisons pas des violences de banlieues un problème d'étudiants...
Il y a non seulement une, mais des problèmes de banlieues, des mal-être que traduit la violence, toujours sotte, mais qui a la vertu de la simplicité, à l'image du vote Le Pen ... à l'image du non au réferendum. Il est toujours plus simple et plus valorisant de dire non que oui, quant à dire peut-être... Et pourtant, j'ai l'ipression que c'est là que se trouvent là ou les solutions, dans les peut-être et dans la manière de les entendre ... En fait, aucune mesure, même financière ne saurait résoudre le problème des banlieues, avant la définition d'un projet et d'une méthode... Le projet c'est la définition de la cité et du mieux vivre ensemble, la méthode, c'est l'écoute démocratique.

Guillaume 02/05/2006 17:41

Je ne peux qu'être entièrement d'accord avec Laurent sur la nécessité de rénovation des cités dortoir, échec architectural tant sur le plan esthétique que sur le plan de la qualité de vie.L'absence de mobilité sociale n'en est rendue que plus flagrante.Si l'on veut la renforcer, et réactiver l'ascenseur social, peut-être est-il temps de poser la question de la réfome du système universitaire en France.A quoi sert la quasi gratuité de nos universités si la mobilité sociale n'en bénéficie pas ? Les mesurettes de Science-Po en terme de discrimination positive peuvent-elles résoudre le problème ? Les aides pour les entreprises qui embauchent des jeunes non qualifiés, solution de remplacement du CPE, n'apportent-elles pas qu'une aide ponctuelle sans effet structurel ?