L'ambition qui dévoie

Publié le par Pierre-Yves Cossé

Ce texte que m’adresse Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au plan et « rocardien » de toujours…peut relancer notre débat sur les institutions et la gouvernance….

 

 

Si vous avez la chance d’avoir un job, vous vous concentrez sur le travail à faire sans penser au job suivant. Vous mobilisez le meilleur  de vous-même sans prendre en compte la suite de votre carrière.

Il n’en va pas de même à la tête de l’Etat. Les ambitions se polarisent sur la Présidence. Depuis Jacques Chirac, la présidence est à la portée de nombreux hommes ou femmes politiques, au moins les postulants le croient. C’est même pour certains d’entre eux la seule perspective qui dicte leur action. Et qui, ministre aujourd’hui, agit d’abord en candidat à l’élection présidentielle.

Si l’ambitieux est Premier Ministre,  le fonctionnement des institutions est gravement  perturbé. Or, dans les deux ou trois ans qui précèdent l’élection présidentielle, c’est le cas pour la majorité d’entre eux …et un gâchis pour le pays.

Comment croire que Dominique de Villepin aurait agi avec une telle précipitation, mâtinée d’incompétence dans l’affaire du CPE, si son objectif principal n’avait pas été de se placer dans la course de 2007 et de marquer des points par rapport à son rival immédiat ? Il s’est comporté en candidat  potentiel et non en Premier Ministre. Et même s'il met sous le boisseau ses ambitions, il est trop tard, sa légitimité étant durablement affaiblie.

 

Dominique de Villepin n’est pas le premier. Les deux dernières années du mandat de Lionel Jospin ont été marquées par le refus des réformes difficiles, comme les retraites, la santé  ou la fiscalité, qui auraient pu susciter  un mécontentement nuisible aux intérêts du candidat. Et, on pourrait remonter la liste ; Edouard Balladur ? Jacques Chirac, Michel Rocard … En comparaison, les Premiers Ministres, privés de perspectives présidentielles, comme Pierre Bérégovoy, n’ont pas renoncé à agir lorsque l’échéance se rapprochait.

Remarquons que ce dévoiement n’a été profitable ni pour le pays ni pour leurs candidatures.

 

Comme il est improbable que l’on renonce à l’élection du Président de la République au suffrage universel, il faut une règle. Elle est simple à énoncer. Un Premier Ministre ne peut être candidat à l’élection présidentielle durant les deux ans qui suivent l’exercice de son mandat. Le Premier Ministre qui voudrait se présenter devra démissionner deux ans avant l’élection et se préparer.

Certes, il serait souhaitable que cette règle relève de la bonne pratique. Mais ce n’est pas réaliste. Seule une interdiction formelle, sous la forme d’une loi organique, peut garantir le résultat. L’ambition des hommes est telle qu’il y aurait toujours un excellent prétexte pour contourner la bonne pratique et justifier une exception.

Voici une mesure pour le programme de nos candidats à la prochaine élection.

La France aurait pendant toute la durée du prochain  quinquennat un Premier Ministre conduisant et déterminant la politique de la nation  et non un candidat caché qui utilise son piédestal pour accroître ses chances d’accéder à la magistrature suprême.

 

Pierre-Yves Cossé

 

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Fred de Et Maintenant ? 24/04/2006 12:25

Pour en revenir à la crise du politique, il me semble clair qu'elle repose avant tout sur une démocratie qui n'est plus "représentative", la politique étant devenue une profession à part entière. Dans ses plus hautes instances (c'est en tout cas l'opinion ressentie par les gens) le "pays légal" ne se représente la France que sous l'angle d'un tableau statistique, et pense détenir seul la solution, sans ou contre l'avis du "pays réel".
Je crois que la crise du CPE comme le réfendum européen trouvent leur cause profonde dans ce rejet d'un gouvernement (je ne parle pas uniquement de la droite, mais du pouvoir politique en France en général) autiste  et plein de certitudes.
Bien sûr, le non-cumul des mandats serait un moyen utile pour remettre le politique dans le réel. Mais cela ne me semble pas suffisant, ce pourquoi je pense qe la solution réside avant tout dans une nouvelle approche de la "réforme", plus participative à chacun de se stades (diagnostic, conception, application, évaluation). C'est notre culture politique de la "gouvernance" qui doit aujourd'hui évoluer.
Les Français ne sont pas, j'en suis persuadé, "immobilistes" par nature. Mais ils veulent être associés aux décisions qui les concernent, pour mieux se les approprier.
Puisque décidément on écrit sur des sujets compémentaires en ce moment : http://etmaintenant.over-blog.com/article-2499969.html

Charles ANDRE 24/04/2006 11:34

[Marc : je ne suis pas certain que Stephane s'adressait à IES lorsqu'il exposait sa tristesse que j'ai plutôt comprise comme liée à l'état de la France en général et de son fonctionnement politique en particulier. Mais peut-être suis-je naïf]

Charles ANDRE 24/04/2006 11:31

Cette proposition est intéressante. Sans la juger antidémocratique, je crains toutefois avec Verel qu'elle soit un peu cosmétique, l'arbre qui cache la forêt. L'inaction à fondements éléctoralistes est un problème profond et qui se retrouve partout, en particulier lorsque le pouvoir ne se situe pas à un échelon de "proximité".L'interdiction du cumul des mandats ainsi que d'exercer plus de deux mandats successifs sont des mesures à même d'ouvrir profondément notre démocratie et de faire en sorte que l'élection soit l'occasion d'un jugement sur un BILAN d'actions effectivement menées (voire même un  bilan budgétaire...).

ClaudeBODIN 24/04/2006 10:41

Je souscris globalement à l'analyse de Fred sauf sur la confrontation finale à gauche,plutôt ROYAL et LANG en raison de la popularité de ce dernier et du peu de charisme de DSK.
Sur la critique de Frédéric,je peux lui répondre qu'être de centre gauche,c'est se sentir de gauche en refusant d'ignorer la réalité nationale,européenne et mondialisante,en ayant le courage de l'ouverture et de la confrontation.Que penser d'un DSK ou d'un FABIUS dont le socio-libéralisme avéré les conduit à prôner une Union européenne totalement ouverte au libéralisme,refusant toute idée de mesures protectionnistes pour épargner des populations salariées peu qualifiées qu'ils ont pourtant pour premier devoir de protéger ( industrie du textile,de l'électro-ménager,du cuir,etc...).Paradoxalement,ce n'est pas l'attitude de pays comme les E.U ou le Japon qui ont à leur disposition un panel de mesures protectionnistes et qui en usent.Encore une fois,le libéralisme économique et le protectionnisme économique ne sont que des modalités de la gouvernance économique d'un pays et non des finalités.Bref,il ne suffit pas de prendre sa carte dans un parti de gauche,en particulier socialiste,pour avoir raison quelque soient les orientations prises.Enfin,la gauche française ne peut plus aujourd'hui fonder sa politique sociale  et sa politique tout court sur le recours à l'argent public,sur la dépense publique pour des raisons budgétaires et monétaires que ,je l'espère,tous les participants à nos débats sont censés connaître.Amicalement,Claude Bodin.
 

Fred de "Et Maintenant ?" 24/04/2006 00:32

Je voudrais rassurer Marc en rappelant que (même si la comparaison est malheureuse) Fabius ne représente pas plus au sein du PS que Le Pen dans l'électorat français : grosso-modo 20%. Sa candidature me semble très compromise à plus d'un titre...  D'abord, je voudrais rappeler que son positionnement contre le traité visait (très probablement) à prendre le parti lors que référendum interne de décembre 2004. Son calcul, c'était d'additionner les voix des anti-européens (très minoritaires, peut-être 10-15% autour d'Emmanuelli, Mélenchon et Vidalies), de ceux qui sont européens mais considèrent que les traités actuels vont dans le mauvais sens (en gros, le NPS de Peillon-Montebourg-Hamon) et ses propres troupes... ce fut un échec cuisant : 41% seulement de "Non", notamment parce que ses propres amis se sont divisés (Glavany ou Lang ayant refusé de sacrifier l'Europe au nom de l'union de la gauche)Si le vote de la gauche lors du référendum du 29 mai a pu laisser croire que le PS devrait faire appel à Fabius pour se réconcilier avec son électorat, le congrès convoqué pour trancher cette question fut un second échec : 21%, moins que les autres "nonnistes" du NPS, et pas suffisemment pour renverser la ligne "réformiste" de Hollande et du trio DSK-Aubry-Lang.Fabius aurait alors pu choisir la rupture pour jouer l'union avec les nonnistes... Il a préféré la "synthèse", pour ne pas prendre le risque d'être le diviseur sûr de tout perdre en faisant exploser le parti. Hollande fut trop heureux d'accueillir cette synthèse, qui a pour principal intérêt de neutraliser Fabius et cette tentation de candidature hors du PS.Les militants désigneront leur candidat sur 3 critères :1. Qui représente le mieux leurs idées ? Au vu des derniers résultats, ce sera sur ce critère un représentant de la "motion 1", et celui qui a la carure et l'autorité morale dans le parti pour personnfier cette ligne, c'est indiscutablement DSK.2. Qui peut le mieux rassembler au premier tour ? C'est sur ce critère que Fabius pourrait être intéressant, et ce sera probablement son positionnement électoral. Mais il est trop impopulaire au sein du parti (20%),pire en dehors (10%), et ferait peser le risque de fuite des "réformistes" vers l'UDF... 3. Qui peut battre la droite au second tour ? On est là dans l'observation des sondages, et cela explique de nombreux ralliements à Royal. Au vu de son avance, cela me semble tuer les autres candidatures qui espéraient émerger sur leur popularité dans le pays (Lang, Kouchner).Bref, je pense que cela se jouera entre Royal et DSK. Avec sans doute un avantage à la première pour l'instant... Mais elle fuit les discours-programmes et les duels, ce qui inquiète sur sa capacité à mener une campagne. La confrontation interne sera pour elle un moment de vérité.