Les leçons d'une victoire

Publié le par Bernard Kouchner

Bernard Kouchner m’adresse cette tribune publiée dans Le Figaro de mardi dernier 18 avril….Je vous la communique avec plaisir et la soumets au débat.  

 

 

La gauche italienne, par sa courte mais essentielle victoire, vient de nous adresser une merveilleuse leçon d’intelligence, d’audace et d’enthousiasme. Je souhaite que la gauche française sache s’en saisir, et profite de cet exemple éclairant pour adapter son message et son organisation.

Quelle était la situation en Italie ? Une gauche carbonisée, au sein de laquelle n’émergeait aucune personnalité incontestable, et un Etat totalement accaparé par une droite affairiste et omnipotente.

Plutôt que de s’enliser dans d’inévitables querelles d’ambitions, plutôt que de ressasser les recettes usées qui avaient déjà, par le passé, permis à Berlusconi de s’imposer, la gauche italienne a fait le choix de la remise en question. Celle-ci a été rendue possible par trois parti pris forts : le débat, les primaires et le choix de l’unité.

Si la gauche italienne a finalement remporté la victoire, c’est d’abord parce qu’elle a su débattre et écouter les citoyens, dans le respect de chacun, sans tabou, sans exclusive. C’est ce débat qui lui a permis de devenir une force propositionnelle, et d’offrir à ses électeurs une alternative. Surtout, ce débat s’est fait en dehors des sentiers battus des partis, de leurs commissions plus ou moins transparentes et de leurs compromissions de fins de congrès.

L’outil inventé pour cela par Romano Prodi, la Fabbrica del Programma, fut un lieu d’écoute où les citoyens et les associations sont venus exposer leurs désirs et présenter leurs idées pour réformer leur pays. Plutôt que des meetings pyramidaux, où la masse était invitée à acclamer la parole du chef, Romano Prodi a inauguré une nouvelle façon de faire de la politique, dont chacun à gauche serait avisé de s’inspirer face à une droite tentée, on vient de le voir, de réformer la société sans la consulter.

A gauche, en tout cas, nous ne pouvons pas ignorer la créativité et l’énergie qui montent de la société civile. C’est pourquoi je lance une tournée d’écoute et de débat à travers la France , pour que les Françaises et les Français viennent inventer la France à venir. La première session de cette Fabrique démocratique a eu lieu à Toulouse, et ce fut un formidable moment d’échange. La prochaine aura lieu le 20 à Clermont-Ferrand. D’autres suivront, toutes les semaines, dans des grandes villes de France. Parallèlement, un site Internet permet aux internautes de contribuer à ce courant de création[1].

La seconde innovation majeure qui a permis cette victoire de la gauche italienne a été l’organisation de primaires. Les citoyens, ici aussi, en ont assez des obscures tractations et des accords indéchiffrables qui déterminent au quotidien la stratégie des partis politiques. Les Italiens ont su ouvrir leur manière de penser et de faire, pour rendre au peuple de gauche le droit de choisir celui qui a porté ses couleurs.

On m’objectera que c’est impossible en France, pour mille raisons. Etait-ce donc plus simple en Italie ? Au nom de quelle inertie allons-nous priver les électeurs de gauche de ce premier moment, déterminant, de l’élection présidentielle de 2007 ? Quant aux difficultés d’organisation qui nous sont régulièrement opposées, elles m’apparaissent ridicules au regard des élections que j’ai organisées en trois mois dans le Kosovo en guerre !

La troisième force de la gauche italienne a enfin été de maintenir son unité, malgré les inévitables forces centrifuges et malgré les manœuvres de Berlusconi. Durant les longs mois qui ont précédé l’élection, alors que des divergences plus ou moins grandes sont inévitablement apparues, et que le gouvernement modifiait la loi électorale, les neuf partis de la coalition ont préservé leur unité, sans s’égarer en querelles personnelles ou en surenchères suicidaires… La gauche française ne pourrait-elle, pour éviter un nouveau 21 avril, se plier au même souci de l’intérêt général ?

Par son invention, par son ouverture et par sa détermination, la gauche italienne a su proposer aux électeurs italiens le chemin d’un succès plein de promesses malgré les circonstances, et qui ne s’appuie pas sur les mensonges ou les combinaisons mais ouvre la voie à une réforme honnête et moderne du pays.

Il est aujourd’hui de notre devoir, à nous tous militants de la gauche française, de retenir et d’appliquer les leçons de cette élection.

 

Bernard Kouchner



[1] www.lafabriquedemocratique.fr

Publié dans Vie politique

Commenter cet article

Candide 25/04/2006 14:13


Ce commentaire publié par Libre Cours le 27 nov 2005 après son pasage sur LCI reste d'actualité
 
kouchner@hotmail.fr


C’était Janus à la télé. Quand Bernard parlait, Kouchner se marrait et quand Kouchner soliloquait c’est Bernard qui l’arrêtait. Ce dédoublement de personnalité rend notre homme sympathique au point que les français le placent en tête dans les sondages. Le magicien a toujours un registre pour plaire et un autre pour agacer. Il en joue, et comme les acteurs il n’est pas à l’abri de la représentation de trop : rappelez vous le sac de riz.
 Mais si vous ne vous contentez pas de l’icône et cliquez sur le mulot alors vous accédez à Bernard Kouchner. Syndicaliste étudiant, médecin, french doctor, ministre de la santé,  créateur des ONG, théoricien du droit d’ingérence et accessoirement membre du PS.Cette bête de scène a besoin d’un auditoire pour s’exprimer et ses camarades feront tout pour le tenir hors des tréteaux : ils ne soutiennent pas la comparaison. Ils le condamnent à la marginalisation, la seule façon de ne pas en être victime à leur tour.
 Ni énarque, ni fonctionnaire il sait ce que chercher du travail veut dire. Il mesure la stupidité des 35 heures, il justifie l’augmentation du coût de la santé laissé à la charge de l’assuré, il a guerroyé pour le oui au référendum et s’offusque qu’un partisan du Non détienne le portefeuille européen dans le gouvernement fantôme de François Hollande. C’est en toubib qu’il porte un diagnostic exempt de dogmatisme sur l’état du pays. Il est fréquentable ce monsieur là : c’est bien ça qui dérange dans les états major.
 Y a-t-il un chemin hors des partis pour un homme crédible, lucide qui se méfie des vaches sacrées mais les tolère suffisamment pour payer sa cotisation de membre du PS. On doute qu’il ait encore quelque chose à espérer. En aucun cas ils ne l’adouberont mais ni Bernard ni Kouchner ne peuvent rêver de refaire le coup de Mitterrand, une OPA sur le parti des pachydermes.
 Si un Kouchner demain devait se présenter devant les électeurs c’est le système des partis qui s’écroulerait, leurs réseaux qui s’assécheraient, les copains qui se détourneraient et les permanents n’auraient plus qu’à  rejoindre l’ANPE la plus proche.
 Pas de danger si Bernard y croit, Kouchner lui nous a laissé son adresse email : dès fois qu’on ait pour lui un emploi !
 






BODIN Claude 22/04/2006 10:06

Les enthousiasmes de Bernard Kouchner me surprennent toujours de la part de quelqu'un qui connaît bien la politique ! On peut s'extasier sur l'union de la gauche italienne et la candidature unique ,surtout par comparaison avec la gauche française mais franchement je ne vois pas comment le nouveau président italien va maintenant pouvoir gouverner avec une gauche aussi disparate;on ne peut pas faire l'union avec n'importe qui,surtout pas avec des formations de type révolutionnaire dont les stratégies basées sur la violence ne datent que d'hier ! Il ne suffit pas de gagner le pouvoir,il faut aussi pouvoir le garder avecun programme véritablement réformiste  et avec des partenaires sincèrement réformistes.Claude Bodin.

Piotr 21/04/2006 09:31

Possible, peut-être pas, mais souhaitable et après tout, comme disait Vraclav Havle, le seul combat perdu d'avance est celui que l'on n'a pas mené ... En tous les cas, cela nous donne, ainsi qu'à Bernard Kouchner, une méthode et une lligne politique originale pour le centre gauche, parce que se situant en marge des logiques d'appareils... Qui plus est, il faut biendire qu'en Italie aussi ce scénario était improbable il y a quelques années.

aLx 20/04/2006 20:11

Les primaires tant attendues par la gauche semble désormais peu probables. Du moins ce n'est pas du goût des Verts...L'outil utilisé par R. Prodi lors des élections ressemble beaucoup à la tribune desirdavenir.org. Souhaitons une fin aussi heureuse. Malgré tout le succès de la gauche italienne est à relativiser. Les chambres et notamment le Sénat ont une majorité très très courte.D'ailleurs l'unione ne s'y est pas trompé, elle sait que la gouvernance sera difficile. Réunir toute la gauche et une partie des centristes ne sera pas chose aisée. Espérons un bel avenir à Romano Prodi.Mais en France je ne pense pas qu'un tel scénario soit envisageable pour 2007.Amicalement,Alexandre.