Le pari du renouveau démocratique

Publié le par Yann Gratesac

La crise du CPE s'achève et notre démocratie n'en sort pas renforcée. Nous traversions une crise morale, économique et sociale. Nous sommes désormais confrontés à une crise politique et institutionnelle.

 

Au plan institutionnel, c'est la chienlit ! Le gouvernement n'est plus en capacité d'engager des réformes. Le Président de la République n'a plus aucune légitimité démocratique pour parler au nom des Français. Par respect pour les institutions et pour nos concitoyens, il aurait dû démissionner après le 29 mai 2005. Malgré la difficulté de l'exercice auquel ils sont confrontés, comment ne pas déplorer la triste image de la politique qui nous est donnée par le tandem CHIRAC - VILLEPIN dont la seule ambition commune parfaitement lisible semble aujourd'hui de barrer l'accès de l'Elysée au ministre de l'Intérieur.

 

Au plan politique, certes, une alternative électorale est possible, comme l'ont montré les victoires de l'opposition aux élections régionales de 2004. D'ailleurs les socialistes arborent de nouveau le sourire satisfait de ceux qui sans mérite particulier sentent le vent tourner en leur faveur. Mais il conviendrait qu'ils nous disent clairement ce qu'ils comptent faire d'une hypothétique victoire électorale en 2007.Je crains que le jusqu'auboutisme de la gauche de la gauche (qui sort renforcée par l'épreuve de force qui vient d'être gagnée dans la rue) ne pèse très lourdement sur la capacité d'action réelle d'un futur gouvernement socialiste.   Et pourtant notre pays souffre cruellement de son immobilisme actuel : le chômage est une gangrène qui mine notre démocratie.

 

Alors que faire ?

 

Osons le pari du renouveau démocratique en affirmant une nouvelle identité politique démocrate et réformiste.  IES pourrait être le lieu de rassemblement de celles et ceux fort nombreux qui partagent cet idéal.

 

 

I – ENTERINER LA DERIVE SCHYZOPHRENE DU PS

 

Le PS refuse de regarder le monde tel qu'il est et son appareillage idéologique est vieux d'un siècle. Comment pourrait-il incarner le renouveau démocratique ? La dérive schizophrène du PS s'est accélérée depuis la victoire du NON au referendum du 29 mai 2005.

 

Alors qu’on attendait de lourdes sanctions contre Laurent FABIUS et ses amis dès lors qu'ils avaient violé la règle majoritaire et contribué à la victoire du NON, et partant à l’affaiblissement de l’Europe, le Congrès du Mans leur a permis de réintégrer en fanfare la direction du PS. Personnellement, je n’ai pas digéré les atermoiements du Congrès du Mans au cours duquel la direction a préféré restaurer une unité artificielle au prix d’une totale confusion idéologique plutôt que d’assumer un positionnement clairement social-démocrate, assis sur une majorité étriquée, certes, mais homogène.

 

Au fond, ce replâtrage n’est pas étonnant, Gilles NORROY dans son article intitulé "La possibilité d'une gauche" a très bien décrit l'impuissance de ce parti et ses tiraillements perpétuels entre un discours de rupture dicté par une aile gauche elle-même inféodée à l’extrême gauche et un appétit de pouvoir (nourri par de solides ambitions personnelles à en juger par le comportement peu collectif des présidentiables socialistes). Si l’on y ajoute : le clientélisme des grosses fédérations et la nécessité de ne froisser ni ses fonctionnaires de militants ni ses élus locaux, on conçoit mieux que ce parti ne soit pas le meilleur instrument politique pour engager les réformes dont notre pays a besoin.  

 

L’actuel isolement de Michel ROCARD et de Jean-Marie BOCKEL qui semblent pourtant ceux des socialistes qui tiennent le discours politique le plus en phase avec notre société est bel et bien tragique.

 

Le balai des présidentiables du PS masque mal le vide de leur programme. Les pas de danse très médiatiques esquissés par Ségolène ROYAL (deux pas à gauche, trois pas à droite) font déjà tourner la tête des sondés, mais ils ne suffiront pas à nous faire entrer dans le bal.

 

Qui plus est, par-delà la dérive du PS en France, on peut légitimement s’interroger sur l’actualité du socialisme au XXIème siècle. La difficulté de cette famille politique à inscrire son action dans la durée et à mettre en phase son discours avec le monde présent ne tient-elle pas à son essoufflement historique. Partout en Europe, le socialisme a réussi l’intégration de la classe ouvrière dans la société. Cette mission étant accomplie, il a perdu sa raison d’être et ses difficultés présentes s’expliquent aussi en grande partie par cette inadéquation des valeurs héritées du mouvement ouvrier et particulièrement du marxisme (la primauté du collectif sur l’individuel, la lutte des classes, la gestion des conflits par la force, l'organisation pyramidale et autoritaire du pouvoir, …) avec la société de l’autonomie.

 

 

II – DEFINIR UNE NOUVELLE IDENTITE POLITIQUE

 

C'est sans doute dans le rejet égal aussi bien de la violence politique de l'extrême gauche (rejet qui porte tout autant sur son discours politique simpliste et manichéen, lequel s’est particulièrement illustré pendant la campagne référendaire, que sur ses pratiques antidémocratiques, lesquelles ont été manifestes dans le mouvement anti-CPE) que de celle de son double hideux à l'autre extrême de l'échiquier politique, que se fonde mon adhésion récente à une famille politique qui place au coeur de son combat l'idéal démocratique et la construction politique d'une société unie prospère et généreuse à l'échelle de la France et de l'Europe, et que certains nomment le "centrisme".

 

Personnellement, je préfère l'appellation de "démocrate" plutôt que celle de centriste qui est connotée négativement en France, le centrisme étant associé à l'idée d'indécision et à la volonté de se maintenir au pouvoir plus qu'à celle de réformer.

 

N'est-ce pas d'ailleurs cette nouvelle identité politique qu'il conviendrait de façonner et de mettre en avant plutôt que celle d'un "centre-gauche" social-démocrate qui ne saurait être qu'une annexe du PS et qui n'aurait plus aucun espace politique si le discours du PS (ou de sa présidentiable par exemple !) redevenait plus réaliste.

 

Or ce n'est pas seulement son discours actuel qui nous distingue du PS, ce sont aussi une idéologie et des pratiques différentes :

 

- Concernant l'idéologie, je vous invite à lire "Droite et Gauche" ouvrage passionnant de philosophie politique que l'on doit à Norberto BOBBIO dans lequel il tente de définir ce qui distingue la droite de la gauche.

 

Ce que cette lecture m'a le plus apporté dans ma réflexion politique, c'est l'abandon de toute attitude moralisatrice en politique et de toute vision manichéenne de l'affrontement droite/gauche. Il n'y a pas d'un côté les bons et de l'autre les méchants mais deux aspirations politiques contradictoires (l'une en faveur de l'égalité et l'autre hostile à l'égalité).

 

Selon Norberto BOBBIO la droite et la gauche sont aussi nécessaires l'une que l'autre au bon fonctionnement de notre société et c'est leur confrontation qui nourrit le débat démocratique même s'il exprime sa préférence pour le projet égalitaire porté par la gauche qui correspond le mieux à sa morale personnelle.

 

- Concernant les pratiques, il faut un parti politique au service des citoyens et non au service des ses élus, ce qui implique de nouvelles pratiques et de nouvelles formes de participation qui sont à inventer (certains auteurs y travaillent depuis longtemps comme Patrick VIVERET).

 

 

III – CONSTRUIRE LE PARTI DU RENOUVEAU DEMOCRATIQUE

 

J'entends dire que Romano PRODI envisagerait de créer un parti démocrate en Italie.

 

François BAYROU vient de créer le parti démocrate européen qui rassemble aujourd'hui modestement autour de l'UDF de petites formations politiques de l'UE de centre droit et de centre gauche.

 

L'appel fondateur lancé par Marc d'Héré et Gabriel Cohn Bendit qui est à l'origine d'IES était intitulé "OUI au centre". Il nous engageait sur la voie de cette union des forces démocrates et réformistes.

 

Si l'on devait maintenir le clivage traditionnel gauche/droite, je me situerais au centre gauche de notre échiquier politique car :

 

- je partage l'aspiration de Norberto BOBBIO pour la construction d'une société moins inégalitaire ce qui me situe à gauche ;

 

- je suis profondément démocrate et respectueux de la dignité et de l'autonomie de la personne humaine donc des libertés fondamentales, ce qui m'éloigne de toute conception autoritaire de la politique et me classe dans la famille "libérale" (au sens politique) ou centriste.

 

Mais ce qui l'emporte dans ma présente prise de position c'est la volonté de dépasser les étiquettes partisanes. Notre génération (j'ai 34 ans) s'accommode mal de ce clivage idéologique entre la "droite" et la "gauche". Ce qui importe c'est d'aller de l'avant et de restaurer dans notre pays le sens de l'intérêt général.

 

Je suis convaincu que cette aspiration est partagée par une majorité de nos concitoyens qui ne se retrouvent pas dans le clivage actuel (tel qu'il a par exemple été mis en lumière par la crise du CPE).

 

Il nous appartient de construire une nouvelle représentation des clivages politiques (entre une gauche enfermée dans une logique d'Etat nation et recroquevillée sur la défense illusoire d'un système devenu caduc et une droite médiatique et agressive comme l'illustre fort bien le nouveau projet de loi de SARKOZY sur l'immigration).

 

Par conséquent, notre identité politique doit recevoir une définition qui permette de rassembler au-delà du centre gauche.

 

Il est évident que depuis qu’elle développe sa stratégie d’autonomie, l’UDF s’est rapprochée de nous. A cet égard, je vous invite à lire avec la plus grande attention la contribution de Jean-Louis BOURLANGES au récent Congrès de l’UDF. Personnellement, j'ai relevé de nombreux points de convergence.

 

A contrario, chaque fois que j’entends le sénateur socialiste Jean-Luc MELANCHON exprimer au nom du PS sa vision de la société à travers le prisme de la lutte des classes, je mesure que le fossé se creuse un peu plus entre lui et moi. Je ne comprends pas que les socialistes n’aient toujours pas fait le ménage dans leurs rangs contrairement à une grande organisation démocratique comme la CFDT qui elle a eu le courage d’exclure ses militants d’extrême gauche.

 

Alors relevons le défi du rassemblement. Pour peser, il faut faire l'unité des forces démocrates et réformistes  au plan national et européen.

 

 

 

Yann GRATESAC

 

 

Publié dans Vie politique

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yann 02/03/2007 19:49

Dans un entretien publié aujourd'hui par le journal Le Monde, François BAYROU propose la construction d'un grand parti démocrate. Face au silence assourdissant des resposables politiques du centre gauche, il est temps de prendre la parole pour soutenir le candidat du centre qui est sur le point de réaliser cette alliance qu'IES appelle de ses voeux depuis un an. L'option courageuse qui avait été retenue il y a un an, consistait à doter le centre gauche d'une formation autonome. Cette option ne pouvait survivre en l'absence d'un engagement dans la campagne présidentielle d'une personnalité de centre gauche comme Bernard KOUCHNER. Il est illusoire de penser qu'un mouvement de centre gauche sans leader médiatique pourrait maintenant s'affirmer par les urnes. En revanche, il est manifeste que des électeurs de centre gauche se reconnaissent dans la démarche d'unité et de rassemblement conduite par François BAYROU. Afin que les velléités de ces électeurs traditionnels de la gauche se concrétisent par une volonté ferme de soutenir le candidat centriste, il est urgent de mobiliser celles et ceux qui issus de la gauche sont prêts à exprimer leur soutien à François BAYROU non par des ralliements individuels comme ceux imposés par MITTERRAND en 1988 mais par la construction d'un grand parti démocrate réunissant des gens de sensibilités différentes. Personnellemnt, j'en serai. Après un appel infructueux lancé à Bernard KOUCHNER n'est il pas temps pour IES de lancer un appel à soutenir François BAYROU le candidat du centre actuellement le mieux placé pour défendre des idées proches des nôtres, afin de participer à sa dynamique de rassemblement et peut être de victoire ?

tienouchou 02/05/2006 19:39

Mais pourquoi vous vous refusez obstinemment à rejoindre l'UDF?Nous avons exactement les mêmes idées, ensuite ça fais depuis assez longtemps que l'UDF est centriste.Nous nous escrimons à dire depuis la création de l'UMP que le centre-droit n'est plus à l'UDF.Le29 janvier à 91,1 % des adhérents ont acceptés la motion centriste. Nous sommes indépendants de l'UMP, ça fait un bail qu'on dénonce la politique sociale de l'UMP.C'est dommage que vous vous refusez à nous joindre seulement à causes de préjugés. Comparez notre programme à vos idées, vous verrez qu'on dit les mêmes choses.Si nous sommes identiques, pourquoi nous refusez votre entrée à l'UDF?

Fred de Et Maintenant ? 19/04/2006 18:13

A Yann : je suis d'accord avec toi, et je l'ai d'ailleurs écris à l'époque, le vote contre la directive services remaniée par Gebhardt était une vaste connerie, et ce d'autant plus qu'on a soutenu son rapport sur la question, et que l'on a voté tous les amendements finalement retenus... Au fond, on s'est arrangé pour que cela passe, mais sans risquer de nouvelle guerre interne sur un sujet devenu trop explosif. Je dénonce tout comme vos cette politique de posture où l'on ne fait plus l'effort de pédagogie et d'argumentation.
Sur l'idée que le "non de gauche" aurait gagné dans les têtes... réveille-toi, il a gagné dans les urnes ! On peut le regretter, penser que c'est une occasion gachée et beaucoup de temps perdu, mais pas refaire l'histoire. Imaginons une seconde (comme le proposent bizarrement Fabius comme Sarkozy) que l'on expurge le texte de sa partie III (qui continue de toute façon de s'appliquer avec Nice...) pour le faire ratifier par le congrès... Peut-on imaginer dire au peuple qu'on a enlevé tout ce qui le fachait, et dire à nos partenaires qu'au fond on a rien changé ? Mesure-t-on les risques d'explosion de notre démocratie que constituerait un tel déni du suffrage ? Ce n'est pas sérieux.
Il nous faut au contraire trouver, d'abord au sein du PSE, puis avec les autres groupes et les etats, un nouveau compromis. Ce sera long et difficile. Mais ce ne sera surtout possible que si l'on gagne dans un maximum de pays pour peser sur le contenu de la politique européenne, qui peut être plus efficace économiquement, plus juste socialement, plus transparente dans ses décisions. Soyons francs : ce n'est pas par les institutions, mais par la politique que l'on relégitimera l'idée européenne. Cela reste mon idéal, comme celui d'une majorité de socialistes... Mais doit-on ressasser les fractures du passé ou accepter de voir ce qui peut nous réunir pour construire l'avenir ?

marc d HERE 19/04/2006 16:58

Je trouve, en rentrant de quelques jours de congé, ces nombreux et riches commentaires, qui chacun mériterait une réponse ou une précision....
Quelques remarques simplement qui m'apparaissent centrales:
DSK...oui, sans doute pense -t-il différemment , et il est probable que l'on pourrait se retrouver dans ses idées...du moins dans celles qu'il défendait il y a quelques mois, car vous n'avez pas été sans remarquer que son langage s'est considérablement "gauchi" ....Et cela se comprend....hélas!
Quand on fait comme le PS (et  donc comme DSK )  le choix de l'union de la gauche , il y a certaines choses que l'on ne peut pas défendre, certaines réformes que l'on ne peut même pas envisager...C'est bien là qu'est la question: la stratégie d'union de la gauche a eu son heure de gloire et sa justification, aujourd'hui elle lie le PS et le contraint à l 'archaïsme du discours et  soit à l'immobilisme au pouvoir , c'est à dire l'absence de réformes lourdes s'il est fidèle à son discours, soit à à la "trahison" de son discours si finalement il se résoud au pouvoir à avoir une politique réaliste....Jospin a d'ailleurs fait , entre 1997 et 2002 un peu des deux....
La question des alliances est décisive. C'est pour cela que cette "idée" de centre gauche est forte, car elle porte en elle non seulement  des valeurs et un programme, mais une stratégie d'alliances et de gouvernement...
Au passage, cher Yann, tu comprends bien que cela n'a rien à voir avec le PRG (même si des copains venant du PRG sont proches de nous...)
Amitiés.
marc

Yann 19/04/2006 16:37

Fred, je n'ai jamais nourri l'ambition d'une pureté idéologique qui résulterait d'une purification idéologique comme d'autres se sont tristement illustrés par la purification ethnique.
Que la gauche antilibérale et antieuropéenne existe et s'exprime. Tant mieux !
Que le PS entretienne le flou idéologique sur ses convictions européennes comme l'illustrent fort bien les pirouettes des eurodéputés PS (à deux exceptions près dont Michel ROCARD ; encore lui !) à l'occasion du vote sur la directive "services", c'est inadmissible.
Si la France est aujourd'hui aussi isolée en Europe, ce n'est pas seulement à cause de Jacques CHIRAC (même s'il y contribue grandement), c'est aussi parce que la gauche qui prétend le remplacer en 2007 désespère tous ses alliés européens à l'intérieur même du PSE.
Je crains que l'unité retrouvée du PS que tu sembles finalement approuver ne  traduise rétrospectivement la vraie victoire du "Non de gauche" dans la tête de beaucoup de socialistes.