CFDT et CPE

Publié le par marc dHERE

J’ai l’habitude (IES aussi  je crois),  d’être très largement en accord avec la CFDT , sur ses objectifs, ses idées, ses propositions et ses méthodes. Pourtant dans cette affaire du CPE, je dois dire que j’éprouve une impression de malaise ou au moins une interrogation quand à la stratégie suivie.

Que la CFDT soit absolument contre le CPE, je l’admets même si personnellement j’avais sur cette « petite réforme » une position plus nuancée (mais une opposition tout aussi nette sur la méthode inadmissible d’élaboration du projet  et la manière autoritaire et raide  de vouloir l’imposer.)

Ce qui me trouble c’est l’alignement de la CFDT sur les acteurs sociaux   les plus conservateurs et les moins ouverts, alignement consistant à dire « on refuse de discuter avant le retrait pur et simple du CPE  »….Nous,  syndicats ( sommes-nous si représentatifs, si légitimes ?)  demandons le retrait sans condition d’une loi, avant de commencer même à  discuter……

Certes l’attitude du Premier ministre  a grandement  contribué au raidissement général…Certes, cette méthode a payé, le CPE est mort (la précarité des jeunes en  est-elle devenue moins réelle ? ….) et des discussions vont sans doute s’engager… Certes nous  avons eu le plaisir, qui n’est pas mince, de voir Chirac se ridiculiser une fois de plus et Villepin, après ses rodomontades, manger son chapeau…Mais, au-delà de ça…

Est-on persuadé que c’est une bonne chose de voir un gouvernement légitime reculer, une fois encore,  devant des manifestations et des blocages d’Universités,  de voir une loi, votée et validée par le Conseil Constitutionnel, retirée purement et simplement ? Est-on persuadé qu’il est bon que les forces sociales les plus conservatrices et les plus rigides  remportent une telle  victoire qui risque de  les encourager dans leur attitude de refus de toute modernisation et de toute avancée (même si, en l’espèce ce n’était pas tout à fait le cas) ? Est-on persuadé que le tout ou rien  constitue  la bonne méthode pour réformer un pays qui en a bien besoin ? …..

Ces interrogations sont réelles et la réponse que j’y apporte n’est pas évidente et ne traduit aucune certitude, même si  j’ai tendance à penser qu’il aurait été souhaitable  que des discussions s’engagent auparavant, et que seule la CFDT (et la Ce pour les étudiants)  pouvait en prendre la responsabilité …Le résultat final aurait peut-être été différent, pas forcément  plus mauvais, mais surtout la crise aurait sans doute été moins violente,  la méthode aurait été davantage porteuse d’avenir. Face à la méthode brutale du tout ou rien de Villepin mais aussi, en réponse, des syndicats de type CGT ou FSU, la CFDT aurait peut-être pu montrer une autre voie. Elle a su le faire dans le passé….A-t-elle eu raison, cette fois-ci d’agir autrement ? L’avenir nous le dira peut-être.

Marc d’Héré            

 

Publié dans Economie et social

Commenter cet article

Mornet 14/04/2006 23:32

"a ceux qui s'interresse à la politiquecomme nous d'anticiper et d'éviter les catastrophes", justement  une belle leçon  liberticide vient de nous être donner par les partisans du blocage qui se réclament citoyens.  Mais qui sont ces gens  qui entravent le libre d'accés au Service Public de l'Education. Qui sont ces gens qui me refusent l'accés à l'education  et s'attaque à mes libertés car ils ont décidé qu'avec le CPE , les écoles devait-être fermés?? Demain, pour des sujets de  prise de pouvoir  ou de conservation de celui-ci, hésiteront-ils à couper des têtes pour de "bonnes raisons", pour un monde meilleur ??Cela  est à méditer.  

Piotr 14/04/2006 17:42

et voila comment un simple bog peut traduire des regrets en 11 ou 12 exemplaires !!!
Si on a l'ambition de s'inscrire dans le réel, on doit pourtant faire fi des regrets ... A la Spinoza, ne pas rire, ne pas pleurer, comprendre !
Je pense que malgré tout, et en dépit de tout ce qu'on peut reprocher au mouvement anti cpe, il fallait au moins autant être dedans que dehors, pour voir !
De toute façon, on était inaudible. Alors, grossir les rangs de l'extrême gauche ou du rpr, pardon, je reste avec mon ancien vocabulaire... Je veux juste dire qu'à s'opposer au blocage des facs autant qu'à aller aux manifestations tout cela n'avait à mon sens rien de très glorieux, mais on ne peut pas reprocher à la cfdt d'avoir une stratégie de syndicat ni à l'UMP d'avoir récupérer les manifs anti-blocage...
Pour moi, la question est de savoir s'il y avait ou non quelque chose à comprendre dans le mouvement anti-cpe, je veux dire, au dela des mots d'ordre simplificateurs et crétins, il y avait quelque chose porteur d'avenir, parce que mouvement de jeunesse ... à mon sens, forcément ! Je dis d'ailleurs la même chose au sujet du mouvement des banlieues de novembre, qu'il ne s'agissait surtout pas d'encourager, mais qui vaut en tous les cas d'être analysé ... Si on ajoute à ça une réflexion sur les suite du référendum.... Bref, c'est la crise, et c'est bien de ce bouillonnement que devra émerger quelque chose ... A ceux qui s'intéressent à la politique comme nous d'anticiper et d'éviter au moins les catastrophes...
 
De là d'ailleurs une difficulté à avoir, pour la période qui vient de s'écouler comme mot d'ordre : opposons-nous au cpe mais qu'on nous laisse passer nos examens...
De toute façon, vu l'état de nos troupes, on ne pouvait pas faire mieux. On s'est fait entendre finalement des deux cotés... Je veux dire, une fois le cpe tombé à l'eau, se pose bien la question de qu'est ce qu'on fait et de comment on le fait ?
Onnepeut pas demander à la cfdt d'être porte parole de l'IES et la CFDT s'est donné les moyens de se faire entendre sur l'essentiel. Et l'essentiel, pour moi, n'était pas le cpe, mais le fait qu'il est impossible de réformer comme on avait l'habitude de le faire, c'est à dire avec un Etat qui décide de tout...
L'Etat pour des tas de raisons, dites par ailleurs, n'en a plus les moyens, parce qu'il est intrinséquement plus faible et que le gouvernement actuel en est le reflet aveuglant !
En conclusion : des réflexions à avoir en terme d'analyse et de projets politique, au delà d'une démarche gestionnaire ...
 

marc d HERE 14/04/2006 07:11

Oui, je comprends bien vos commentaires, chers amis ....La forme, l'image, les réalités syndicales imposaient........
Cela est vrai, et je ne condamne pas la CFDT d'être inscrite dans la réalité....Mais il me reste quelques regrets...
à vous.
marc

Mornet 13/04/2006 08:44

l'histoire du CPE est dramatique pour le camp de la réforme. Villepin a  démontré  que le gouvernement  et le parlement pouvait être paralysé par la rue. Aujourd'hui, cette reculade profite seulement aux camps des extrèmes.Villepin avecsa méthode (autoritaire et entêtée) et son CPE (periode d'essai de 2 ans et licenciement sans motif) ne permettait pas à la CFDT d'être d'accord...Au risque de paraitre discrédité et hué par la rue! D'autant plus que cette réforme n'était pas majeure et ne réglait rien sur le fond, alors pourquoi la CFDT aurait-elle du prendre des risques?Seul aspect positif :  si demain de nouvelles réformes doivent-être négociées, la CFDT pourra arguer de sa fermeté quand le compte n'y est pas. Cela sera un gage vis à vis de la population de sa crédibilité quand elle s'engage sur un compromis acceptable.La CFDT a appris à ces depens, que quand on sort de la tradition (et ici syndicale) ,  on s'expose à être ériger en  bouc émissaire et qu'il faut une sacré force pour ne pas sombrer...

Gilbert Veyret 12/04/2006 18:14

Comme vous avez raison Cher Marc; mais la CFDT avait-elle vraiment le choix dans ce pays où la suspicion  de "collaboration de classe "demeure l'opprobre majeure.? Souvenez-vous les graves revers éléctoraux de la CFDT  à EDF , à la SNCF et dans les transports en général, à la suite de ses positions réformistes, notamment  sur les retraites, l'assurance maladie et les intermittents. Quelques dizaines de milliers d'adhérents ont quitté la CFDT, parfois au profit de la CGT, mais aussi de SUD ! La CFDT a repris quelques points aux récentes éléctions  à la SNCF,mais c'est au prix d'un gauchissement ,tout à fait artificiel, de ses prises de positions.
L'infantilisme idéologique ambiant oblige  parfois à concéder au "marketing" politique et syndical; même si personne n'atteint la maîtrise de L. Fabius en la matière!