Mouvement Anti blocage

Publié le par Guillaume Fabre

 Guillaume Fabre, membre du bureau d'IES, et  étudiant à Nanterre  a activement participé au mouvement "anti blocage " des universités. Il nous communique ici une interview donnée à une journaliste brésilienne.  

1. Pourquoi avez -vous décidé de créer le blog
http://stopblocage.over-blog.com/? Quelles autres initiatives
avez-vous pris ?

Dès le début, il nous est apparu que les blocages étaient illégitimes
(décidés par 900 étudiants sur les 33.000 que compte Paris X Nanterre
par exemple), constituaient une utilisation de la force et donc
provoquaient des tensions sur nos campus qui menaçaient la tenue d'un
débat de fond serein et utile sur la question du CPE. Nous avons donc
décidé de créer ce blog et le collectif dont il est la vitrine pour
montrer que l'on pouvait se faire entendre sans tout bloquer, en
réponse à l'argument des bloqueurs que les blocages étaient la seule
possibilité de se faire entendre.

Nous avons organisé des sit-in devant l'hôtel de ville, un flash mob
devant le centre Pompidou, des conférences dans la rue afin d'avoir
des actions respectueuses des libertés des uns et des autres mais qui
attirent néanmoins l'attention des médias.


   2. Quel type de problèmes craignez-vous que ces semaines de
blocage amènent ?

Il est certain que ces blocages ont divisés profondemment la
communauté estudiantine, et ont nuit au débat de fond sur le CPE. Etre
pour le CPE à Nanterre, c'était quasiment dangeureux. Sous prétexte de
solidarité, les bloqueurs ont imposés leur point de vue sur le CPE à
tous.

Enfin, je pense que les conséquences de 6 semaines de blocage se
feront surtout ressentir pour les étudiants les plus précaires. Ceux
qui travaillent pour payer leurs études ne peuvent pas se permettre de
rater un semestre, ou de ne pas avoir accès à leur cours, qui sont un
gain de temps considérable.


# Est-ce qu'il y a, parmi vous des jeunes qui étaient contre le CPE ?

Bien sûr ! je suis moi même fermement opposé à ce texte, qui ne
résoud pas grand chose en terme d'accès au marché de l'emploi, et qui
se serait appliqué de façon discriminatoire selon le niveau d'études
des jeunes. La possibilité d'enchaîner plusieurs CPE sur un même poste
avec un même salarié après une période de carence de 3 mois seulement
était un véritable facteur de précarité et allait à l'encontre de la
logique d'insertion professionnelle au long terme.

D'autres étaient pour le CPE, et nous avons su créer un espace de
débat sur le CPE au sein de notre groupe.

Mais surtout, nous avons  toujours oeuvré afin de dissocier la question du
CPE et la question des moyens qu'il est bon de se donner dans le cadre
d'un tel débat. Ce que nous condamnons, c'est ce moyen, ce sont les
blocages.


   4. Croyez-vous que le résultat du retrait de l'article 8 de la loi
sur l'égalité des chances serait possible sans le blocage des
universités ?

Tout à fait. Les blocages ont commencé bien avant que les médias
parlent de crise ou que le gouvernement ne s'en inquiète. Ce qui a
fait la crise, ce sont les manifestations, ce sont les 3 millions de
français qui sont descendus 3 fois de suite en 10 jours dans la rue.
Les blocages ont été commencés pour permettre aux étudiants boursiers
(qui n'ont pas le droit de manquer des cours), d'aller manifester.
Mais il est évident qu'une fois lancé dans les blocages et le système
des AG, les étudiants se sont sentis pousser des ailes, et ont
continué à bloquer alors même que les Présidents avaient annoncés
qu'ils ne sanctionneraient pas les étudiants absentéistes les jours de
manifestation.

   5. Attendez-vous que les cours r^prennent normalement cette semaine même ?

Je l'espère. La coordination nationale des étudiants (choisie à main
levée dans des AG par une petite minorité des étudiants) appele à
continuer la mobilisation, et je pense que le mouvement, lancé par des
syndicats comme l'UNEF, échappe maintenant à tout contrôle. J'espère
donc que l'UNEF va appeler à cesser tous les blocages pour isoler
cette minorité.


   6. Quelle était l'importance de la  mobilisation autour de votre idée ?

Nous avons eu 25.000 visiteurs uniques sur notre site en 3 semaines,
et lors de notre premier sit-in à l'hôtel de ville, organisé en
quelques jours, nous avons réunis 1.200 étudiants. Notre collectif a
d'ailleurs été victime de son succès : récupéré, malgré nous, par des
mouvements proche de l'UMP et de l'UNI, notre collectif a alors perdu
son originalité et sa force.

Publié dans Démocratie

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Laurent Py 12/04/2006 14:42

@ Michel,
une question un peu provocatrice mais qui est une piste de réponse et à laquelle j'aimerai bien avoir une réponse un jour : combien d'enseignants de lycée, de collège, de professeur d'Université, voire même de présidents d'Université ont connu un jour une autre expérience professionnelle que celle du monde de l'Éducation Nationale ou de la Recherche ?

Laurent Py 12/04/2006 14:23

Yann,
Je te rejoins sur beaucoup de points, surtout sur l'identite face au Parti Socialiste. Mais tu te trompes en croyant que c'est l'identité que se donne IES qui se compose en fait de plusieurs "tendances", toute "centristes". Il est vrai que l'idée de centre a souvent été associée à un machin un peu mou, pas trop sur de lui, sans identité propre. Mais être du centre demande une force réelle, des valeurs et des convictions qui ont besoin d'être affirmées sans cesse pour promouvoir, entre autre, la démocratie, et cela commence par la conviction que le débat est essentiel pour se définir et avancer en permanence. Il devient plus qu'urgent qu'une telle force émerge en France. Les prochaines élections pourraient être décisives à cet égard mais l'engagement de chacun l'est encore plus. Alors pourquoi ne pas nous rejoindre dans cette démarche pour peser toi-même sur la réponse à ta question ?

marc d HERE 12/04/2006 13:04

Yann, très interessant ce que tu dis, sur le nom du parti, son positionnement, son éventuelle adhésion, ses candidats aux législatives...En gros je suis d'accord avec toi...Mais on doit discuter et cela intéresse sans doute plein de monde.
Ne peux-tu transformer ce commentaire en article et me l'adresser à ies@hotmail.fr..
je le publierai...Mais envoie le vite, je m'absente de jeudi soir à mercredi matin...
A toi.
marc

Michel THOMAS 12/04/2006 12:50

La question serait de comprendre pourquoi les présidents d'Université n'interviennent pas alors qu'ils ont le pouvoir de le faire.
Hier, à Clermont-Ferrand, à la Fac de Lettres (principal foyer du mouvement) 300 étudiants réunis en assemblée étaient pour le maintien du blocus, et 200 contre, selon le comptage aproximatif. De plus, les organisateurs du mouvement étaient indécis sur la conduite à tenir, jusqu'à ce que quelqu'un intervienne et convainque les autres, d'après le récit que m'a fait un étudiant. Les couloirs de la Fac hier et ceux de la bibliothèque résonnaient du "CNE" et plus du "CPE".
Un autre aspect de la question se trouve dans l'attitude inadmissible des professeurs de lycée, voire de collège, qui font mettre leurs élèves en grève. Il y a déni grave de responsabilité et d'impartialité. 
 

Yann 12/04/2006 12:47

OUI au PARTI DEMOCRATE le parti de la démocratie

Je partage le sentiment de révolte et d'amertume des étudiants hostiles au CPE qui ont subi la farce démocratique et parfois même la violence verbale ou physique des militants d'extrême gauche (qu'ils soient communistes, trotskistes, altermondialistes antilibéraux primaires, gauchistes, anarchistes, voire même parfois socialistes encartés au PS ou au MJS... j'en ai fréquentés il y a quelques années qui dans l'art du complot et du maniement des masses n'avaient rien à envier aux experts es-manipulations diverses qui se recrutent normalement plus volontiers au sein des Jeunesses Communistes Révolutionnaires, à Lutte Ouvrière ou à
la Fédération Anarchiste
).

 

Le souvenir des AG étudiantes bondées et houleuses au sein desquelles tout démocrate normalement constitué ne survit pas plus de 5 minutes, le souvenir de ces discussions ubuesques et de la logorrhée verbale dogmatique et stéréotypée des militants d'extrême gauche (que l'on croisait habituellement plus volontiers à la cafet qu'à la BU) me donne rétrospectivement la nausée.

 

C'est sans doute dans le rejet égal de la violence politique de l'extrême-gauche (rejet qui porte tout autant sur son discours politique simpliste et manichéen que sur ses pratiques antidémocratiques) et de celle de son double hideux à l'autre extrême de l'échiquier politique, que se fonde mon adhésion récente à une famille politique qui place au coeur de son combat l'idéal démocratique et la construction politique d'une société unie prospère et généreuse à l'échelle de la France et de l'Europe, et que certains nomment le "centrisme".

 

Personnellement, je préfère l'appellation de "démocrate" plutôt que celle de centriste qui est connotée négativement en France, le centrisme étant associé à l'idée d'indécision et à la volonté de se maintenir au pouvoir plus qu'à celle de réformer.




J'entends dire que Romano PRODI envisagerait de créer un parti démocrate en Italie.


François BAYROU vient de créer le parti démocrate européen qui rassemble aujourd'hui modestement autour de l'UDF de petites formations politiques de l'UE de centre droit et de centre gauche.

N'est-ce pas d'ailleurs cette nouvelle identité politique qu'il conviendrait de façonner et de mettre en avant plutôt que celle d'un "centre-gauche" social-démocrate qui ne saurait être qu'une annexe du PS et qui n'aurait plus aucun espace politique si le discours du PS (ou de sa présidentiable par exemple !) redevenait plus réaliste.

 

Or ce n'est pas seulement le discours qu'il faut changer, ce sont aussi l'idéologie et les pratiques :

 

- Concernant l'idéologie, je vous invite à lire "Droite et Gauche" ouvrage passionnant de philosophie politique que l'on doit à Norberto BOBBIO dans lequel il tente de définir ce qui distingue la droite de la gauche.

 

Ce que cette lecture m'a le plus apporté dans ma réflexion politique, c'est l'abandon de toute attitude moralisatrice en politique et de toute vision manichéenne de l'affrontement droite/gauche. Il n'y a pas d'un côté les bons et de l'autre les méchants mais deux aspirations politiques contradictoires (l'une en faveur de l'égalité et l'autre hostile à l'égalité).

 

Selon Norberto BOBBIO la droite et la gauche sont aussi nécessaires l'une que l'autre au bon fonctionnement de notre société et c'est leur confrontation qui nourrit le débat démocratique même s'il exprime sa préférence pour le projet égalitaire porté par la gauche qui correspond le mieux à sa morale personnelle.

 

- Concernant les pratiques, il faut construire un parti politique au service des citoyens et non au service des ses élus, ce qui implique de nouvelles pratiques et de nouvelles formes de participation qui sont à inventer (certains auteurs y travaillent depuis longtemps comme Patrick VIVERET).

 

Pour nourrir cette réflexion je vous propose un scénario de politique fiction.

 

Aux prochaines élections européennes IES, s'il a survécu jusque-là, ne pourrait pas manquer de faire entendre sa propre partition dans la mesure où ce mouvement politique est né des suites du referendum du 29 mai 2005 et du désordre idéologique qui affecte le PS et qui s'est notamment cristallisé autour de la question européenne.

 

Dans cette hypothèse, si l'un au moins (ou l'une) des candidat(e)s d'IES était élu(e), siègerait-il au groupe du PSE ou au groupe du parti démocrate européen fondé par l'UDF et par Francesco RUTELLI que l'on situe au centre gauche de l'échiquier politique italien ?

 

Dès à présent une question se pose : IES doit-il demander son adhésion au PSE (dès lors que le PS lui en laisserait l'opportunité) ou bien au parti démocrate européen ?




J'attends vos suggestions.



P.S. : Personnellement, je me situe au centre gauche de notre échiquier politique car :


- je partage l'aspiration de Norberto BOBBIO pour la construction d'une société moins inégalitaire ce qui me situe à gauche ;


- je suis profondément démocrate et respectueux de la dignité et de l'autonomie de la personne humaine donc des libertés fondamentales, ce qui m'éloigne de toute conception autoritaire de la politique et me classe dans la famille politique "libérale" (au sens politique) ou centriste.





Je suis convaincu que cette double aspiration est partagée par une majorité de nos concitoyens qui ne se retrouvent pas dans le clivage actuel (tel qu'il est par exemple mis en lumière par la crise du CPE).





Il nous appartient de construire une nouvelle représentation des clivages politiques (entre une gauche nationaliste et recroquevillée sur la défense illusoire d'un système devenu caduc et une droite médiatique et agressive cf le nouveau projet de loi de SARKOZY sur l'immigration) et je  pense que notre identié (qui est peut être celle que certains nomment le socialisme libéral) doit recevoir une nouvelle définition qui peut rassembler au-delà du centre gauche dans une nouvelle formation qui pourrait se nommer le "parti démocrate". Sinon l'avenir d'IES me semble devoir se réduire à celui d'un club politique convivial et foisonnant d'idées et d'initiatives mais qui ne manquera pas de s'essoufler rapidement.