Petite nouvelle sans importance

Publié le par Jean-Paul Lahaye

Il en va ainsi des médias : certains évènements font beaucoup de bruit, tandis que d'autres passent presque inaperçus. On sait les ravages de la sur-médiatisation et ses dommages collatéraux. On ignore ceux de la sous-médiatisation. Pourtant, quand on sait lire entre les lignes et être attentif aux petites nouvelles apparemment sans importance, il est possible d'en tirer de bien intéressantes leçons. Parfois terribles, aussi, hélas…

 

Ces temps derniers, la laïcité s'est trouvée fort malmenée. C'est comme un travail de sape qui progressivement la mine. Et bien peu, à mon goût, pour s'en aviser et la défendre…

 

Dernier exemple en date et pas des moindres : une déclaration du pape qui s'en prend, directement et très ouvertement, à ce fondement essentiel de la démocratie et de la concorde des peuples.

 

Selon une brève publiée récemment dans Libération, le pape aurait en effet vitupéré la laïcité, cette vilaine pensée qui entend "reléguer la religion dans la sphère du subjectif et du privé"…

 

Cela est passé inaperçu. Cela n'a l'air de rien. Pourtant, n'est-ce pas tout simplement énorme ?

 

Et pleins d'enseignements…

 

D'abord - rendons hommage au pape sur ce point - sa définition de la laïcité a le mérite d'être simple et claire. Pour ma part, je la trouve excellente.

 

Ensuite et, bien entendu, surtout : si la religion ne doit pas être reléguée dans la sphère du subjectif et du privé, de quel autre domaine pourrait-elle donc bien relever ?

 

Il suffit d'imaginer un peu les réponses : on croit rêver et être bientôt revenu à des temps qu'on pensait pourtant depuis longtemps révolus.

 

Gardons-nous, cependant, de trop en rire. Car, avec les caricatures de Mahomet, nous avons déjà senti passer le vent du boulet. Maintenant, c'est le pape qui y va de sa mitraille…

 

Et pendant ce temps-là, les héritiers d'une démocratie chèrement conquise se mobilisaient, dans la confusion la plus totale, pour ou contre un tout petit événement, alors sur-médiatisé et pourtant bientôt mort-né : le CPE...  L'histoire jugera.

 

Dans quelques récentes chroniques, publiées ici et ailleurs, j'avais déjà tenté d'alerter sur la laïcité, à mes yeux en vrai danger. Je n'avais alors rencontré que peu d'écho. Nous verrons bien pour cette fois, mais je suis plutôt pessimiste. Non que je pense que la laïcité soit sans valeur pour les vrais démocrates. Cependant, dans l'esprit de beaucoup d'entre eux, cette conquête est d'une trop grande évidence pour leur sembler réellement menacée. Qu'il me soit permis de le dire : je crains qu'ils ne se trompent lourdement.

 

Pour d'autres - les seuls à avoir explicitement réagi à mes interpellations - la défense de la laïcité est un combat d'arrière-garde, c'est-à-dire, implicitement, de "vieux cons" !

 

Peut-être… En tout cas, un "vieux con" vous aura prévenu.

 

 

Jean-paul Lahaye.  

 

Publié dans Société

Commenter cet article

marc d HERE 13/04/2006 08:59

Dans le cadre de notre débat sur la laïcité une information ( Le Figaro du 11 avril) que je pense encourageante.
130 imams, venant de plusieurs pays européens, se sont réunis en Autriche dernièrement , et ont exprimé leur volonté de contribuer à une meilleure intégration des musulmans en Europe. 
Ils reconnaissent qu'ils ont la responsabilité d'aider les musulmans à accélerer leur intégration. Pour ce faire l'Islam doit savoir s'adapter à la civilisation européenne, en épouser certaines valeurs comme la liberté et la démocratie, la liberté d'expression...et la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
En contrepartie pour que cette intégration puisse se réaliser il est nécessaire que les pays hôtes accueillent mieux les immigrés, luttent contre les discriminations, leur fournissent un meilleur accès à l'emploi, au logement...
Intégration égale responsabilité partagée....et dans ce cadre le rôle public (et nonseulement privé)  des religions n'est-il pas important?
marc
 

Michel 11/04/2006 11:16

Je lis avec beaucoup d'intérêt et quelque amusement les nombreux commentaires autour du débat sur la laicité, ainsi que le texte "un peu de poésie" mis en ligne en célébration de J Prévert.
Me reviens en mémoire le Pater Noster de ce dernier.
 
"Notre père qui êtes aux cieux...
Restez y "

Lahaye 08/04/2006 21:44

Merci à tous pour ces riches commentaires qui éclairent ce débat.

Yann,
Vous avez raison pour les signes religieux. La crise du voile fut en grande partie un symptôme de crispation d'une laïcité exprimée négativement et cela m'a beaucoup gêné moi-même.

Par contre, je relève cette phrase dans votre propos :

" Ne l'oublions pas, la religion n'est pas une croyance comme une autre puisqu'elle est l'expression de ce qui est sacré."

Non que je veuille vous donner leçon, mais c'est un pur syllogisme. Une religion n'est pas en soi sacrée - c'est précisément la prétention du pape que j'ai dénoncée - mais l'est seulement pour ses croyants, dans une intersubjectivité qui mérite d'être respectée et qui a le droit de s'exprimer. Cependant, elle doit aussi respecter les autres convictions individuelles ou intersubjectives et pour cela ne pas revendiquer une objectivité et une universalité auxquelles elle ne saurait légitimement prétendre. C'est cela la laïcité - de mon point de vue - et rien d'autre. JPL

Stéphane 08/04/2006 09:47

La laïcité française en tant qu'idéologie n'a plus de contenu.
Elle est devenue un formalisme : pas de signes distinctifs, pas de foulards, pas de langues régionales ... enlevons les "formes" de l'espace public et tout y ira dans le meilleur des mondes.
Résultat : le monde est devenu un cauchemard de paranoïa où plus aucune politique "laïque" n'est partagée ... le vivre ensemble s'est décomposé car chacun a été relégué dans l'espace privé ! dans son "communautarisme", dans sa communauté pour vivre sa différence ! Relégué par qui ? par l'Etat, la puissance publique !!! ne l'oublions pas !
Un vrai pays laïque est un pays où la politique joue un rôle de régulation pour faire vivre des gens différents dans un espace commun avec civisme, quelque soit la langue, le costume, les traditions, les religions, les pin's sur le veston ! en acceptant la diversité culturelle tout en souhaitant aboutir à la tolérance : la concorde !
La Religion est a combattre dès lors où elle se veut puissance régulatrice publique, à la place des élus du peuple.
Stéphane

Alex 07/04/2006 18:55

Yann
Ne parlant pas le latin, que veut dire "Ite missa est"?
C'est vrai qu'il est un peu illogique d'interdire les signes religieux tout en autorisant les signes sataniques arboré par les gothiques.
"la religion est une réponse aux questions essentielles qui habitent chacun de nous". Vous soulevez un point très important et qui explique l'importance de la religion encore aujourd'hui. Si elle a autant de place dans la société c'est qu'elle apporte des réponses, tandis que la sciences apporte des questions. Remarquez que les réponses apportée par la réligion sont rarement revue ou nuancée, je pense en particulier à la génèse. C'est vrai qu'il y a le révisionnisme, mais il adapte les faits à la bible, au lieu d'adapter la bible aux faits. Et pourtant, la deuxième solution serait plus justifiée, puisque la bible est avant tout un récit romancé, donc il y a un part d'épique et de romanesque, donc d'idéalisme.
La raison pour laquelle il y a autant de croyant aujourd'hui c'est parce que l'homme est un être croyant par essence. Si on ne croit pas en dieu, on peut croire à la chance, au fantomes ou au extraterestres, ou encore à la télékinésie. Et si on n'y réfléchi, si nos parents ne nous avait pas dit que le père noel n'existait pas, on y croirait certainement encore. Pour dieu c'est la même chose, sauf que personne ne nous a dit qu'il n'existait pas, puisque personne ne se rappelle qui l'a inventé. Et puis, il y a aussi le paradis. Dans toute les réligions il y a une vie après la mort, tout simplement parce que l'homme ne peut pas s'imaginer mort, ou plutot le rien. Si on pense c'est qu'on est, donc on ne peut pas s'imaginer ne pas être. De plus, la vision d'un corps en putréfaction renvoie chacun a sa propre putréfaction future, ce que les gens préfère nier en enterrant les morts.
Mais on s'éloigne un peu du débat. Pour en revenir aux propos au pape, je me demande s'il faut réagir, les considérant comme puéril. Si oui que serait-il souhaitable de faire?
@+