Intervention de Chirac: Une réaction à chaud

Publié le par marc dHERE

L’intervention de Jacques Chirac hier soir, sur le CPE, provoque une grande perplexité. Sur un plan éthique, cette déclaration est catastrophique.  Promulguer avec autorité une loi, pour dans la phrase suivante annoncer qu’on la remet en chantier, touche au grandiose dans la contorsion et l’hypocrisie…et ne contribue pas à rehausser le prestige de la fonction présidentielle ni de son titulaire actuel.

Sur un plan politique, peut-être est-ce un vrai tournant qui va  permettre  une progressive sortie de crise.

D’une manière formelle et même si cela n’abusera au fond que  peu de monde, Chirac l n’a pas cédé à « la rue », le CPE est « maintenu »  et la loi votée et validée par le Conseil Constitutionnel – et ce n’est pas négligeable- a été promulguée. La droite pourra l’apprécier ou faire comme si…

Pratiquement, on peut penser que la gauche et l’extrême gauche   trouveront, après cette intervention et l’ouverture qu’elle manifeste,  moins de justifications à leur action de contestation, qui certes va continuer dans un premier temps, que le soutien populaire se fera moins fort.  La  lassitude s’ajoutant à l’ouverture de discussions parlementaires et peut-être  syndicales, éclaircira sans doute peu à peu  les rangs des manifestants et rendra moins abrupt le ton des opposants… Ceux qui poursuivront dans cette voie apparaissant de plus en plus comme des extrémistes refusant la discussion.  Cela dit, il est certain que l’attitude de l’UDF au plan parlementaire, de la CFDT au plan syndical seront déterminantes pour la suite.

Aujourd’hui, à chaud, je fais le pari que cette crise va ainsi, progressivement, se dénouer, sans gloire et laissant un sentiment de gâchis et d’inutilité :  une contestation qui va verser dans  l’ extrémisme et perdra  une part de son soutien populaire, une opinion publique désabusée, des jeunes qui retrouveront la précarité,  un CPE en totalité vidé de son contenu (les discussions vont l’affaiblir au-delà de ce que proposait Chirac hier), un Villepin décrédibilisé qui se contentera de gérer sans plus aucune tentation réformiste….

En fait j’ai le sentiment que ce premier avril (quelle date !) ouvre, amèrement, mais ouvre quand même une nouvelle période et concrètement lance la campagne présidentielle.

A droite, Villepin semble hors jeu,  Sarkozy qui souhaitait une position de conciliation sort renforcé d’autant qu’il a su mêler sa demande d’assouplissement à  une solidarité gouvernementale apparemment  sans faille, et à une gestion satisfaisante(jusqu’ici) des manifestations.

A gauche, où tous les candidats potentiels ont profité de cette crise, se détachera maintenant celui qui apparaîtra à la fois ferme sur son opposition tout en étant ouvert à certaines  discussions et   refusant le « jusqu’au boutisme ». La position d’un Bernard Kouchner peut être appréciée…on verra si d’autres se placent sur ce créneau.

C’est d’autant plus une nouvelle période qui peut s’ouvrir que certains résultats économiques communiqués ces derniers jours laissent à penser que sur ce plan également il y a comme un soupçon de  changement d’orientation : déficit inférieur à 3% en 2005, retour à la baisse du chômage, relance de la consommation  et de  la   croissance…..C’est peut-être enfin la sortie de ce long, trop long hiver….

 

Il y a eu aussi cette semaine un sujet d’une importance capitale, la victoire de Kadima et la déroute  du likoud en Israël… Il semble qu’une possibilité de négociations pointe….Il faudra en reparler.

Marc d’Héré

 

Publié dans Vie politique

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Laurent Py 05/04/2006 12:39

À Fred,
 


 

En gros nous disons, je crois, la même chose : lobbys oui, mais à condition qu’ils aient une véritable pouvoir de participation et que celle-ci soit encadrée. C’est bien cela ?  Comme vous, je pense qu’il faut encourager les associations, la syndicalisation, l’engagement dans les partis et que cela peut se faire en donnant à ces structures des moyens réels de participation à la vie démocratique. En prenant l’exemple du législatif je crois que nous avons montré comment il serait possible de leur accorder un rôle de contre-pouvoir voire de contre expertise, ce dont nous avons le plus grand besoin au regard des blocages actuels (et passés...). Cela peut fonctionner pour les syndicats à condition qu’ils soient plus représentatifs (d’où l’intervention pertinente de Jean-Pierre). Pour les associations, j’aimerais que cela soit aussi possible, mais j’ai un problème (qui est à la fois un avantage) : c’est qu’à priori tout le monde peut en faire partie et tout lemonde peut les financer. Je crains les doubles représentativités (parlementaire qui serait membre par d’une association ou bien même qui participerait à son financement). En gros, il s’agit donc de savoir comment encadrer concrètement la participation pour qu’elle fonctionne.


 

Fred de Et Maintenant ? 05/04/2006 11:29

A Joseph :
Je suis désolé si je vous ai blessé, car telle n'était pas mon intention. Je ne suis pas professeur ni ne me sent investi d'un savoir supérieur à qui que ce soit. Je suis simplement un citoyen, et un militant, qui comme chacun ici exprime ses opinions et les confronte aux autres dans un débat nécessairement contradictoire. Cela n'excuse nullement le jugement de valeur que vous avez voulu voir dans l'utilisation de "naïf", qui vous était pourtant moins destiné qu'à Jacques Chirac lui même. En tout état de cause, je vous prie d'accepter mes excuses.
A Laurent :
Votre intrevention sur les lobbys est tout à fait pertinente et montre les limites de notre modèle républicain. En établissant que la loi de la majorité est  "l'expression de la volonté du peuple", il confère à nos institutions (quelle qu'en soient les orientations) le monopole de "l'intérêt général" contre les groupes de pression, détenteurs par nature "d'intérêts particuliers", et donc nécessairement illégitimes. Cela est très satisfaisant sur un plan philosophique, mais peut sembler totalement anachronique dans un système où la majorité politique n'est plus (loin s'en faut) une majorité populaire.
C'est ce qui fait la grande différence avec les régimes démocratiques, comme l'Allemagne ou les Etats-Unis, où les partis politiques sont intimement liés à ces groupes de pression. Dans ces systèmes, la participation et la négociation sont  fortement valorisées, car reposant sur la recherche d'un compromis qui ne peut être que supérieur aux positions de départ. A l'inverse en France, le compromis est dévalorisé en représentant une "compromission" de l'intérêt général.
Pour répondre à votre question, je ne crois donc pas qu'il faille s'inquiéter de l'existence des lobbys, mais au contraire, reconnaître leur légitimité et s'efforcer d'encourager leur participation à un large mouvement de négociation qui, seul, permettra d'aboutir à un dignostic consensuel et partagé sur la société française. C'est à mon sens la condition sine-qua non à une démocratie plus participative avec des partis, syndicats, fédérations professonnelles et associations réellement représentatifs.

Laurent Py 04/04/2006 20:38

Jean-Pierre,
oui pour le budget je suis d'accord, mais comment faire concrètement ?
Vous avez raison d'aborder le problème des syndicats et du faible taux de syndicalisation. Trouver des moyens pour inciter à la syndicalisation est important, à condition que cela s'accompagne d'un accroissement des pouvoirs effectifs de gestion dans les entreprises et d'un rôle accru des syndicats dans l'élaboration et l'évaluation des lois concernant le droit du travail (comme le propose Marc). Je reste un peu sceptique quant au succès de telles incitations, tant les français sont rétifs à la syndicalisation (et à l'adhésion aux partis...), mais cela vaut la peine d'être essayé. Par contre les syndicats ne représentent que les salariés. Il m'apparaît que la participation des français est plus forte dans les associations et je crois que ces dernières gagneraient elles-aussi à pouvoir participer à l'évaluation de certaines lois (expertise-contre expertise, par exemple dans le domaine de l'environnement, etc.). Mais comment, et surtout comment éviter alors que des lobbys ne se créent ?
Laurent

joseph le goff 03/04/2006 21:41

Dans sa leçon au naïf,Fred a peut-être commis une petite erreur d'appréciation.Les informations qui arrivent ce soir me portent à croire que nous allons plutôt vers une retombée des manifestations de rue(nous verrons demain soir) et  vers un accord possible d'organisations qui ne sont pas des moindres pour discuter.Il arrive parfois aux "professeurs" de se tromper.
Sinon,Marc,j'ai comme toi remarqué que Claude Bodin faisait référence à Caen.Il nous dira s'il est toujours en Normandie,ce dont je ne suis pas sûr du tout,et si oui...tu peux lui communiquer mes coordonnées.
 

marc d héré 03/04/2006 11:52

Cher Claude Bodin,
J'ai bien peur que le PS ne réponde pas à attentes, loin de là.
Je te propose de discuter de tout cela et du chemin que l'on peut   faire ensemble...Tu parles de Caen, si tu es de cette ville nous y avons des amis et nous envisageons quelque initiative.
Je te rappelle l'adresse mail où tu peux me joindre:
ies1@hotmail.fr
Amitiés.
marc