CPE: débloquer la situation (suite)

Publié le par Laurent PY

La proposition de Marc d’Héré sur le CPE, à partir du triptyque «  négociations, améliorations, évaluation » (voir sur ce blog le 16 mars) apparaît  comme  une dissonance dans le paysage politique français, et  reste masquée par la cacophonie et le brouhaha ambiant qui se rejoignent en un bruit sourd et pourtant languissant. Cette position, si elle était soutenue,  pourrait faire l’objet d’une  « résolution » permettant  de tracer une voie  vers un accord et  une sortie de crise.  Le voulons-nous ?

 

Alors que les débats n’existent pas vraiment,  étouffés par  des questions de légitimité : 1 millions de Français dans la rue représentant plus que 329 députés pour les uns, 60 millions de Français plus que 1 millions de manifestants pour les autres, la diffusion de cette  proposition de négociation sans préalable, d’application soumise à une évaluation  contradictoire tous les six mois, obligerait les différents partenaires à exprimer clairement leur point de vue, à renoncer à leur précipitation quasi-hormonale, aux ultimatum et aux affirmations idéologiques non étayées. Mais non seulement la question se pose de savoir s’ils en sont capables, tant ils restent bloqués sur leurs positions de principe,  enfermés aussi  dans leur modèle partagé d’un Etat qui décide seul, pour tous, soit pour imposer, soit pour réparer, chacun se disputant le droit de remplir à lui tout seul ce vocable devenu creux, mais en plus, sommes nous vraiment capables de dire qui sont aujourd’hui les partenaires qui devraient se rencontrer ? Répondre à cette question, obliger à la clarté, voilà peut-être le défi auquel nous pousse ce qui pourrait être  la position d’IES.  Qui est légitime aujourd’hui, si l’on entend par là qui aurait  la capacité de répondre aux vrais enjeux et   d’intervenir  pour le  bien public, et quel type d’action peut répondre à cette légitimité ? La simplification manichéenne des enjeux et des responsabilités par une grande partie du monde politique et médiatique fait de plus en plus souvent face à l’ébullition et la complexité d’une société civile qui pratique le débat, propose et veut agir, mais que, comme le faisait si bien remarquer Philippe Courtin sur ce blog,  suite à la jolie musique de Lucie Lepage (article « discriminations » du 22 mars), « nous n’assumons pas, dont nous ne faisons rien ».

 

Laurent PY

 

Publié dans Economie et social

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AARON 28/03/2006 09:07

Face à cette  crise du CPE, je suggere que le gouvernement institue un Contrat de Travail Unique (C T U ), un CDI  avec une période d'essai de SIX MOIS renouvelable une fois, et supprimer tous les autres contrats de travail (CDI CDD CNE CPE )
QU'EN PENSEZ VOUS ?

Laurent Py 23/03/2006 17:58

Cher Thomas,
 


 

Je vous cite, sur la base d’une contribution que j’ai trouvé par ailleurs (http://sarkostique.over-blog.com/article-1680284-6.html), votre interpellation n’ayant eu d’autre effet sur moi que l’envie d’en connaître plus sur une personnalité aussi riche que la votre au risque de la réduire à des étiquettes qui ne sauraient provenir d’autre chose que d’une imagination forcément confuse :
 


 

« […] Aurais-je dû être plus détaillé la première fois? Je vous l'accorde. Mais il me semble bien que vos réactions tiennent exactement du phénomène que j'essaie de comprendre: l'incapacité d'attendre - donc de négocier. On tire trop vite des conclusions, en se basant sur presque rien. Dommage. »
 


 

Il me semble que si vous vous étiez pris le temps de lire les propositions qui sont disponibles sur ce site, comme l’invite le texte, vous auriez obtenu une partie des réponses aux questions que vous posez et vous auriez peut-être été capable d’y trouver des convergences avec vos questionnements.
 


 


 

Quoi qu’il en soit, alors que je viens de lire que le Premier Ministre a proposé une réunion de négociation aux syndicats, qui sont prêts à le rencontrer, je reformule la question qui est de savoir si réduire la sortie de la crise actuelle à une confrontation entre ces deux acteurs est représentatif de la complexité des rapports sociaux et des enjeux. Je ne le crois pas et je ne crois pas que nous arrivions ainsi à une solution.
 


 

Que les syndicats soient associés puisqu’il s’agit d’une question de droit du travail, cela me paraît compréhensible. Mais je doute de leur représentativité pour les jeunes en recherche d’emploi. Je ne suis pas sûr non plus que les syndicats étudiants ou lycéens, même s’ils doivent participer aux négociations dans la mesure où le CPE est applicable à tous les jeunes, soient les plus à mêmes à représenter les jeunes sans qualification.
 


 

D’ailleurs qui sont-ils exactement ces jeunes en direction de qui s’adressent les mesures en priorité ? Ce n’est qu’en répondant à cette question que l’on pourra organiser un véritable dialogue. Il n’y a pas un chômage des jeunes, mais il y a des jeunes qui sont au chômage, et il faut donc prendre les deux côtés du problème : quels jeunes et quels emplois ? Il y a ceux qui n’ont pas de qualification, ceux dont les qualifications ne répondent pas aux exigences du monde du travail, ceux qui n’ont pas d’expérience professionnelle, ceux qui sont précaires, ceux qui ne trouvent pas de travail parce qu’il n’y en a pas assez, etc.
 

La définition de mesures pour résoudre ces problèmes passe donc avant tout par une réflexion sur les liens entre les formations et les lieux de formation, surtout l’université (étudiants, chercheurs, laboratoires, etc.), le monde économique (TPE, PME, etc.), l’ANPE, les principaux concernés, etc. Dans ces domaine, ce n’est plus à l’État de dicter des solutions (qui n’en sont peut-être pas), mais il lui incombe bien plus de fixer un cadre dans lequel les dialogues pourront être productifs.
 


 

Se focaliser sur le CPE, et à fortiori sur son maintien ou sur son retrait, c’est se focaliser sur le droit du travail, élément important certes, mais c’est faire l’impasse sur ces autres problématiques, que sont celles de la formation, de la gouvernance et de la croissance. Utiliser la crise actuelle comme moyen pour enclencher une culture du contrôle et pour ouvrir ces autres chantiers, voilà qui me paraît intéressant. C’est la raison pour laquelle je souscris à la proposition de Marc d‘Héré en demandant, comme je l’avais déjà fait par ailleurs, à ce que le monde de la formation, entre autres, soit associé aux aménagements et à l’évaluation de la mesure. Plus généralement et puisque le problème a pour l’instant été résolu essentiellement par la loi et par la modification du code du travail, j’en appelle à l’intégration de moyens de contrôle de l’oligarchie et de la technocratie du législatif. L’évaluation pourrait jouer ce rôle, mais à condition qu’elle soit démocratique. D’où ma demande de clarification sur les partenaires. Toutefois, je ne crois pas, je le répète, que la loi soit, le meilleur moyen pour répondre au « chômage des jeunes »…
 

Thomas Le Moqueur 23/03/2006 12:02

Cher Laurent,Etes-vous issu de Sciences Po ou de l'ENA? Vos phrases sont trop longues - on a le temps de s'endormir avant leur fin - et leur tournure est amphigourique.Dans ces conditions, vos idées - si, toutefois, vous en aviez - nous restent mystérieuses. (Allez!, on dira qu'elles sont embrouillées!)...Vous êtes POUR ou CONTRE le C.P.E.? (En sachant que 90% de la population sont condidérés, d'hab, comme une "majorité silencieuse", 1 million de manifestants contre n'importe quoi - pour un pays de 62 millions d'habitants - représenterait environ 10 millions des personnes intéressées; or, les "djeunz" concernés par le C.P.E. sont exactement 10 millions! ...Pour ne pas dire que les statistiques officielles sont sujettes à caution!)Thomas