Débat "Emploi" du 22 mars

Publié le par Gérard Bardier

« Initiative Européenne et Sociale » et « Générations Europe » tiendront une
réunion débat commune, le mercredi 22 mars à 19 heures au 4, place de Valois
75001 Paris. Les adhérents de ces deux organisations, et plus largement les lecteurs de
nos deux blogs et leurs amis, sont conviés à cette réunion qui  aura pour
thème : CPE, CNE, Contrats jeunes, Contrats seniors, les  vraies solutions sont-elles là ?... » Chargé  d'introduire le débat, j’ai préparé ce texte.

 

 

Je ne sais pas si la date choisie pour cette réunion est un hasard ou se veut symbolique. En tous les cas, les facultés se mettent en grève les unes après les autres et les manifestations regroupent de plus en plus de personnes.

 

 Comme souvent dans notre pays, une réforme touchant les jeunes suscite la polémique et les arguments entendus de part et d’autres ne contribuent pas spécialement à la clarté d’un débat devenu essentiellement un échange d’affirmations péremptoires.

 

 L’article de Marc d’Héré publié par les blogs de Générations Europe et de Initiative Européenne et Sociale propose de sortir de cet affrontement par un triptyque négociation / amélioration des garanties et évaluation.

 

 Ce n’est pas cependant cette idée que je voudrais conserver de son article, mais celle qui consiste à relativiser l’importance de cette loi qui n’est, je cite, ni l’horreur absolue, ni la panacée. La France a l’art de se créer des psychodrames sur des sujets qui ne le mérite vraiment pas. Il est probable que cette loi si elle n’est pas retirée, aura un impact assez minime sur l’emploi des jeunes.

 

 Cette différence entre les enjeux réels de la loi et les mouvements qu’elle soulève me fait penser à ce qu’écrit Christian Blanc  dans « la croissance ou le chaos » (au passage, j’encourage tout le monde à le lire !) à propos justement des réformes difficiles qu’il propose. Il rapport que son prédécesseur chez Air France avait fait un plan prévoyant 5% de gains de productivité qui avait mis la compagnie à feu et à sang : les salariés n’étaient pas près à faire des efforts et des sacrifices pour un plan qui n’était pas à la hauteur des problèmes de la compagnie. Lui-même a présenté un plan prévoyant 30% de gains de productivité et a obtenu 80% de soutiens à ce plan lors d’un référendum interne, parce que ce plan était à la hauteur du problème. La situation me semble identique aujourd’hui.

 

Dans son article de Samedi dans le Monde, Eric le Boucher note « une mauvaise réforme peut chasser les bonnes ». Et il poursuit un peu plus loin « voilà le comble : les étudiants et les jeunes qui sont les exclus du monde du travail (ils sont les « out » des économistes) vont défiler avec les syndicats des « un », ceux de la fonction publique et de l’emploi à vie, qui bloquent toute évolution au nom d’une pseudo résistance contre l’ultra libéralisme et la précarité »

 

Plus loin, « Le CPE est mieux qu’un stage et moins bien qu’un CDI, il  est bénéfique pour les faibles qualifications et il est éventuellement menaçant pour les diplômés qui avaient une entrée directe et entière dans l’emploi. D’où sa construction, son ambiguïté, porte ouverte à toutes les critiques, vraies et fausses, et à toutes les manœuvres politiques. »

 

 Pour revenir à notre débat, il me semble que le CPE en lui-même ne mérite pas deux heures de cette noble assemblée mais qu’il pose trois questions qui toutes les trois mériteraient un long débat mais que je vous propose d’aborder ce soir.

 

La première question concerne évidemment la question du droit du travail et de sa réforme éventuelle. Il y a généralement face à face deux théories opposées.

 

La première souhaite un droit du travail le plus protecteur possible et s’oppose à toute remise en cause. On sent que certains de ses partisans voudraient le statut de la fonction publique pour tous. Il est vrai que beaucoup d’entre eux ne connaissent réellement que ce système là. D’autres voudraient interdire les licenciements. Sans aller jusque là, cette théorie a amené le gouvernement de la précédente législature a faire voter la loi dite de modernisation sociale, loi qui rendait juridiquement peu sûre toute procédure de licenciement et qui a conduit à donner aux plans sociaux le nom de plans de sauvegarde de l’emploi. L’absurdité de ce nom me parait assez révélateur d’un système qui a force de nier la réalité de la transformation des entreprises a conduit au développement d’un système à au moins deux vitesses, avec des salariés très protégés d’un coté et des salariés très précaires de l’autre.

 

La deuxième théorie consiste au contraire à estimer que le manque de flexibilité du marché du travail est l’une des causes majeures du chômage. Il faut donc faire sauter les freins à la mobilité entre emplois ou entreprises que constitue une réglementation trop complexe. Les adversaires de cette théorie font remarquer que la France dispose déjà de nombreux instruments de flexibilité, en omettant de préciser que cette flexibilité se concentre sur une partie de la population.

 

 La position du gouvernement ne se  raccorde pas explicitement à cette théorie puisqu’elle prétend diminuer la précarité des jeunes les moins qualifiés, mais cette prétention ne fait que souligner ce que lui reproche certains de ses adversaires, à savoir le caractère flou de ses motivations.

 

 Cependant, notre droit du licenciement n’est évidemment pas satisfaisant, ne serait ce que parce qu’il consacre (ou produit selon le point de vue de chacun) un système à plusieurs vitesses, avec de grandes différences entre ces vitesses. Des rapports récents ont donné des pistes pour le transformer. L’idée développée par Pierre Cahuc et André Zylberberg d’un contrat unique est celle qui semble la plus cohérente. On se demande pourquoi le gouvernement a pris le problème dans ce sens mais il se chuchote qu’il a dans ses cartons une vaste réforme du droit du travail.

 

 Je reste persuadé, comme j’ai pu l’écrire sur le blog de générations Europe, qu’il faudra un jour simplifier ce système et le rendre plus incitatif au travail. Mais je suis aussi convaincu que cela ne peut se faire qu’à l’occasion et pour renforcer une dynamique de création d’emploi. C’est ce que fait aujourd’hui Tony Blair en essayant de remettre au travail une population qui en avait été écarté à l’occasion des grandes restructurations de la fin des années 80 et qu’on avait de fait dispensé de recherche d’emploi sous le prétexte d’incapacité physique.

 

Cela introduit ce qui me semble la deuxième question qui est celle de la création d’emploi et donc de la croissance. Depuis que le chômage a dépassé les deux millions, c'est-à-dire depuis pratiquement 25 ans, notre pays oscille entre la recherche d’une croissance par la consommation, l’attente d’une conjoncture plus favorable et la mise en place d’emplois de substitutions, qu’on les appelle TUC, emplois jeunes ou autres. Certaines actions n’ont servi qu’à corriger les plus grandes dérives : je pense en particulier au plan de rigueur Delors Mauroy de 1983. N’est il pas temps de s’occuper de mettre en place résolument les conditions de la croissance ? Celles qui ont été proposées dans ce qu’on appelle la stratégie de Lisbonne, autour de l’économie de la connaissance et dont les modalités pratiques ont été définies pour la France par Christian Blanc.

 

Je finirais par la troisième question, celle du rôle respectif de l’Etat et des partenaires sociaux dans l’organisation des rapports sociaux. On ne répétera jamais assez que l’intervention permanente de l’Etat dans le domaine social ôte toute légitimité aux organisations syndicales et explique pourquoi la France est le pays d’Europe à avoir le plus faible taux de syndicalisme. Dans ce domaine, l’attitude du gouvernement dans l’affaire du CPE est particulièrement inadmissible.

Gérard Bardier

 

Publié dans Economie et social

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