Europe et société civile (5)

Publié le par Gilbert Veyret

Inventer des lieux de rencontre, voire de véritables confrontations, entre acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs.

 

 

Nous avons bien conscience du caractère arbitraire de notre distinction entre les diverses formes de militantisme. Elle relève précisément de cette casuistique assez française que nous tentons de dénoncer. Un Britannique ou un Scandinave est souvent, à la fois adhérent d’un parti social démocrate, du syndicat et membre actif d’une coopérative ou mutuelle qui en sont proches. Le même citoyen n’hésitera pas, le cas échéant, à faire état de son appartenance à une loge maçonnique ou à telle église réformée, à moins qu’il ne s’agisse des deux à la fois. Les Français qui comptent un nombre astronomique d’associations sportives, de loisirs, d‘anciens de quelque chose… sont beaucoup plus réticents à s’engager publiquement dans des mouvements qui révèleraient leurs convictions.  Or, on peut être tour à tour, le long de son existence, un travailleur, un militant syndical ou politique, un animateur associatif, un donateur ou un bénéficiaire. On demeure toujours un citoyen; c’est le trait commun à nos diverses activités et aux évolutions de nos points de vue divers.

 

 

Comment agir en militants, conscients de l’interpénétration des différents problèmes et de l’intérêt général, tout en demeurant au plus près des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens? Et comment être capables de porter ces questions, avec nos homologues d’autres pays, au niveau européen?

 

 

Le Commissariat au Plan avait pu servir de lieu discret et neutre de confrontation des différents partenaires économiques et sociaux, à l’époque où l’Etat pouvait encore jouer son rôle de « maître des horloges ». Actuellement les Conseils économiques et sociaux régionaux, national et européen ont élargi cette concertation avec des représentants de la société dite civile. Leur rôle reste très effacé mais outre la publication d’études souvent intéressantes, ils parviennent à maintenir ce lien fragile  de recherche de consensus, au-delà de l’expression bruyante de pétitions de principe.

 

 

Des groupes de réflexion mais aussi de pression, voire de lobbying, si ce mot n’était pas connoté de façon aussi négative en France, se constituent au niveau européen entre différents partenaires économique et sociaux. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer « Confrontations » qui a su fédérer des éléments parmi les moins sclérosés du patronat et d’organisations syndicales et qui organise un lobbying assez efficace à Bruxelles sur le thème des services d’intérêt économique général.

 

 

Des think-tank tendent à se développer, au niveau européen, souvent en substitut de la réflexion défaillante des partis politiques. Les plus dynamiques sont Britanniques et s’avèrent nuancés et persuasifs dans leurs démonstrations de l’efficacité du modèle économique néo-travailliste britannique. Il y a peu de structures équivalentes en France. Probablement parce qu’aucun intellectuel n’ose promouvoir un modèle français qui prend l’eau de toutes parts ou n’est capable d’inventer un nouveau paradigme de vie en société, dans une mondialisation maîtrisée, dans laquelle l’Europe jouerait pleinement son rôle.

 

 

Ce silence des intellectuels, sur les principales questions de société, est de temps à autres comblé par quelques pétitions de principe, bien relayées par les médias, sur la situation carcérale ou l'avenir de la psychanalyse, par exemple. Parfois ils se fourvoient dans une défense purement corporatiste, comme dans l’affaire de l’extradition de Cesare Battisti qui a vu se creuser un fossé d’incompréhension entre intellectuels italiens et français.

 

 

Ce n’est donc pas dans le domaine des idées pures du débat idéologique ou des pétitions de principes que nous pouvons actuellement tenter de débloquer une situation assez délétère.

 

 

Sans remonter au fameux débat sur le sexe des anges, au moment où Constantinople cédait sous les coups de boutoirs des envahisseurs, il faut bien admettre que nos débats actuels, notamment européens prennent très souvent l’allure de querelles Byzantines incompréhensibles pour tous ceux qui voient leur horizon borné à des préoccupations quotidiennes  de plus en plus prégnantes.

 

 

Le débat pseudo historique sur les mérites supposés de la colonisation et notre fâcheuse tendance à vouloir tout légiférer, jusqu'à la responsabilité des Turcs dans le génocide arménien, révèle une passion assez morbide pour la commémoration, la repentance et les querelles byzantines. Quand on n'est plus capables d'avoir une  quelconque vision de l'avenir, il ne reste plus qu'à s'affronter sur nos interprétations divergentes du passé!

 

 

Les intellectuels devraient retrouver leur place, mais dans des regroupements plus vastes qui devront faire se rencontrer des points de vue, des expériences différents, l’éclairage d’acteurs de terrain, rarement exprimés, en dépit d‘un bavardage médiatique permanent.

 

 

L’expérience montre que lorsqu’on cherche réellement des réponses durables à des questions concrètes bien posées, on peut faire apparaître les véritables clivages et lignes de force et trouver plus aisément des réponses rencontrant un consensus minimum.

 

 

Il faut pour cela sortir de ces relations de face à face traditionnelles, dans lesquelles se jouent des jeux à somme nulle, voire négatives entre des partenaires/adversaires rompus à ce genre de négociations rituelles et convaincus d’avance de la duplicité de l’autre.

 

 

Il faut introduire de nouvelles préoccupations de la société civile, de nouvelles formes d‘expression, dans les débats, actuellement trop codifiés et rituels, des partenaires économiques et sociaux.

 

 

Les objectifs de développement durable, de commerce équitable, d’ouverture aux hommes et aux produits venus du tiers monde, sans risquer l’explosion de nos fragiles équilibres économiques et sociaux, de stimulation des initiatives économiques, tout en réduisant les inégalités actuelles, de développement des protections sanitaires  sociales…, sans bloquer toute innovation et progrès technique, sont quelques unes des pistes qu’un travail de réflexion de quelques associations déjà rodées à ces échanges entre acteurs venus de différents horizons pourrait explorer avec profit. Il ne s'agit sûrement pas de créer de nouvelles structures, mais de tenter de revivifier le débat public, à l'intérieur des organisations existantes qu'elles soient de nature politique, syndicale ou associative. Le renouveau européen proviendra plus sûrement de ces organisations de la société civile, moins paralysées par des enjeux de pouvoirs et plus ouvertes aux nouvelles données de la mondialisation.

Gilbert Veyret

 

 

Publié dans Société

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xpmb 19/03/2006 22:58


CPE : L"Avis d'un Employeur
Le CPE est une des rare initiative du gouvernement sur l'emploi et la volonté de diminuer le chomage.
Comme vous l'aurez compris dans la note "Un CPE on à besoin de ça?" je ne suis pas entièrement d'accord sur les principes qui font d'une solution assez imaginative, un Flop social qui peut intervenir à tout moment.
C'est un peu comme rafistoller son pneu de voiture en y collant une simple rustine. Ca peut lacher à chaque instant.
J'ai passé moi aussi des périodes de chomage après des fin de contrat CDD ou Intérims, des refus de prêts bancaires pour situations dites "précaire" tant au niveau salaire que sécurité d'emploi.
J'ai aussi rencontré plusieurs employeurs qui on le regard médisant sur la jeunesse et leurs employés en général. Qui ne savent pas dire merci, ou ne serait-ce que "c'est bien, continuez".
Aujourd'hui je suis gérant d'une petite société, et lorsque je vois les termes d'un CPE, je me dis que ce n'est pas la vraiment la solution, même si Borloo à essayé de bien faire dans un premier temps.
Ma réaction personnelle en tant qu'employeur, je l'avoue, et c'est le texte qui y fait penser, que je vais pouvoir me diriger vers des jeunes de qualifications de moins de 26 ans, les former un peu avec un salaire minim au env. de 1000€ net par mois, de percevoir des aides de l'etat pendant 2 ans sur les charges patronales et salariales, et surtout et c'est la le plus vicieux, licencier ces jeunes dès que ma conjoncture m'y incite sans justificatif préalable avec un préavis de formalité de 1 mois (le temps de retrouver quelqu'un d'autre..).
C'est très alléchant.
C'est pourquoi, je pense qu'effectivement le nombre de chomeurs va diminuer pendant quelques temps car ces conditions particulières avantagerons et interesseront tout les indécis de l'embauche.
Le risque à très court terme, c'est la disparition des propositions de CDI chez les jeunes de moins de 26 ans, et cela doit etre bien clair.
Pourquoi irais-je proposer un CDI alors qu'on me propose un contrat "sans engagement" et fournit en plus avec des aides financières non négligeables.
Je vais pouvoir ainsi "tester" les compétences et les caractères de nombreux candidats pendant des durées de 24 mois, et renouveller mon "parc" lorsque j'en ai envie en licenciant avec des périodes de préavis de 1 mois sans justificatifs imposés.
Mon sentiment profond, c'est qu'on me donne le baton pour taper.
Autre critère : pourquoi irais-je chercher à recruter maintenant des jeunes de plus de 26 ans ? Ils deviennent fiscalement et flexiblement moins intéressants !!
 
Le chomage va baisser quelques temps, mais les conseillés de l'ANPE retrouveront des milliers de jeunes à qui ont à promis espoir et qui reviendront le regard vide d'imcompréhesion.
Les entrepreneurs seront encore bien plus qu'exigeant, et se sentiront "tout permis".
Je regrette que le gouvernement n'est pas penser un peu plus à la sécurité de l'emploi, de la conscience et de la pérénnité.
J'aurai souhaité avoir la possiblité d'embaucher des jeunes avec ces mêmes aides financières (diminutions des charges sociales) tout en leur promettant un CDI après une prériode d'essai maximale de 6 mois dans le cadre de ce contrat. Et pourquoi un avantage exonération si l'employé est toujours chez moi dans les 3 à 5 ans. Cela permettrait d'engager la responsabilité et la durée entre les deux parties.
Bien sur, et vous le comprendrez, chez moi les jeunes seront prix pour leurs mentalités, leurs ambitions et leurs savoirs vivres. J'ai beaucoup de compréhension et j'aime l'idée que notre jeunesse puisse s'en sortir individuellement, et cela de quelques origines communautaires qu'il soit.
Mais svp, tous mes confrères ne sont pas comme moi, faites attention à ne pas les pousser à l'intolérence et à l'impunité avec vos quelques lignes de lois sur la période d'essai.
Je suis d'accord sur le fond du CPE mais pas sur sa forme.
Un peu de dialogue et de compéhension devrait améliorer les ententes mutuelles et l'avancé des progrets de notre France.
A bon entendant
 
Xpmb.
 
Vos commentaires sur mon blog :
 
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Charles ANDRE 16/03/2006 14:37

Votre position devrait être rapprochée des préconisations de Corinne Lepage (évidemment approfondies par mes soins!) quant au rôle de la société civile via le Conseil Economique et Social.Donnons lui un vrai pouvoir codécisionnel (et pas de salaire sans présence aux séances!), et ses travaux gagneront en envergure, publicité et évidemment impact. Pourquoi pas en le substituant au Sénat?