Blocage à la Fac de Nanterre

Publié le par Clémentine de Brosses, Guillaume Fabre, Alexis Weil

Blocage à la Fac de Nanterre

 

 

            Etudiants de Nanterre, nous estimons que la lutte contre le CPE réunit largement les étudiants, et qu’il est légitime que chacun puisse s’exprimer sur ce texte.

            Néanmoins, nous estimons que la liberté de s’exprimer des uns s’arrête là où commence celle des autres.

 

 

 

Les blocages empêchent les étudiants d’aller en cours et imposent, par la force, une limite au droit à l’éducation, donnant bien souvent lieu à des excès et créant des tensions qui ne sont pas propices à un débat structuré et éclairant sur la question du CPE. En atteste l’AG houleuse de jeudi dernier où les opinions des uns et des autres étaient traînées dans la boue et non respectées.

Une grande partie de cette tension vient du fait que beaucoup ont le sentiment que le Comité de lutte contre le CPE, dont nous saluons par ailleurs l’œuvre d’information, ne peut pas légitimement déclarer bloquer la fac avec 500 signatures. Le vote de jeudi s’est tenu à environ 1.300 personnes, 750 étant pour les blocages, 550 contre. Nanterre compte 33.000 étudiants.

En conséquence, afin d’apaiser la tension qui règne à Nanterre à cause des blocages, et de pouvoir soit les institutionnaliser de manière légitime soit les arrêter et trouver des alternatives viables pour débattre utilement et sereinement de la question du CPE, l’administration de Nanterre organise des votes dans chacun des bâtiments de la fac MARDI PROCHAIN.

Il apparaît cependant qu’une poignée de personnes veuille empêcher la tenue de ce référendum à l’échelle universitaire. Nous appelons donc non seulement tous les étudiants à venir voter dans le calme, en respectant ce processus, mais aussi les journalistes à venir constater que Nanterre reste un lieu de débat constructif où les libertés de chacun, de s’exprimer ET d’étudier, sont respectées.

 

 

 

Clémentine de Brosses, Guillaume Fabre, Alexis Weil (étudiants à Nanterre)

 

 

Publié dans Société

Commenter cet article

Andy Arleo 17/03/2006 22:16


 
Blocage ou pas blocage ?

 

La question de fond concernant le blocage :  une AG peut-elle décider, avec toutes les précautions d’usage (contrôle d’identité, bulletins secrets) « democratiquement » de fermer l’universite et de priver d’autres étudiants, même minoritaires, de suivre des cours que l’institution doit normalement assurer ? Pour moi, la réponse est clairement non, car la démocratie n’est pas seulement le vote à la majorité, mais aussi la protection des droits fondamentaux de tous, y compris ceux qui sont minoritaires. De même, une organisation a-t-elle le droit de décider à la majorité de mener des actions illégales : (blocage des routes, des trains, etc.) Imaginons une université « xenophobe » où une majorité d’étudiants vote à bulletins secrets en faveur de l’expulsion des étudiants étrangers qui prennent la place des nationaux (ce n’est pas totalement de la politique fiction puisque beaucoup de voix se lèvent en Belgique pour limiter le nombre d’étudiants français dans certaines filières : je ne dis pas que nos amis belges sont tous des xenophobes ; c’est simplement pour montrer que ce scénario est plausible).

 

Un autre argument en faveur du blocage : « c’est le seul moyen » pour mobiliser. Autrement dit,   « on ne peut pas faire une omelette sans casser des œufs », ce qui revient à dire que la fin justifie les moyens. En réalité cet argument est un aveu de faiblesse : on a peur de ne pas mobiliser les autres étudiants, donc on décide à leur place. Or, le droit de faire grève, que je défends évidemment, est le résultat d’une décision personnelle. C’est une grave entrave à liberté de priver quelqu’un de ce choix.

 

Un troisième argument que j’ai entendu dans mon université (Nantes) : c’est une tradition en France (variante : c’est l’esprit gaulois). Je rappelle d’autres bonnes vieilles traditions culturelles : bizutage, excision, peine de mort (tradition encore vivante aux USA…), esclavage… Or, les traditions peuvent évoluer (on a bien aboli la peine de mort en Europe). J’aimerais bien que « la gauche moderne » réfléchit à cette tradition, une

 

Une université doit rester un lieu ouvert au dialogue et à l’échange d’idées. Dans mon UFR le directeur a été amené à suspendre les cours suite à un « déménagement » sauvage, par crainte des dégradations, voire des affrontements. C’est donc la force physique qui s’impose et non pas les arguments. En France, ou on se plaît d’évoquer l’état de droit, et de s’insurger contre la loi de la jungle, la tolérance, voire la justification, de tels comportements paraît paradoxale.

 

En fait, la situation actuelle est le triste reflet d’une société bloquée, qui souffre d’un déficit démocratique à tous les niveaux et l’incapacité de mener une discussion apaisée pour chercher des solutions à nos nombreux problèmes. Quand on est dans un trou, la première chose à faire est d'arrêter de creuser...

 

Andy Arleo

 

Guillaume 14/03/2006 19:48

DERNIERE NOUVELLE : LA CONSULTATION PREVUE POUR AUJOURD'HUI A ETE ANNULEE SUR INFORMATION DES RG EN RAISON DES RISQUES DE VIOLENCE QU'ELLE ENTRAINAIT;LA FAC DE NANTERRE A ETE FERMEE A TOUS JUSQU'A NOUVEL ORDRE; CE MATIN 40 "ETUDIANTS" ARMES ONT ESSAYE DE LA RE OUVRIR POUR L'OCCUPER A NOUVEAU.LES BLOCAGES N'ONT DONC CONDUIT QU'A INSTAURER UN CLIMAT DE VIOLENCE RENDANT IMPOSSIBLE TOUT DEBAT. AUCUN ETUDIANT NE PEUT PLUS S'EXPRIMER A NANTERRE; DEVANT CET ECHEC CONSTERNANT, NOUS ORGANISONS UN SITTING DIMANCHE PROCHAIN A L'HOTEL DE VILLE POUR REAFFIRMER NOTRE VOLONTE DE CONTINUER LA LUTTE ANTI CPE PAR D'AUTRES MOYENS QUE LES BLOCAGES

Mathieu Andro 14/03/2006 19:16

Jussieu, mars 2006. Des barricades de chaises et de tables sont surveillées par des étudiants en kaki qui gardent les entrées...
L’establishment qui a fait 68 doit être fier de cette jeune génération qui l’imite à merveille. Ceux qui ont confisqué les postes à responsabilité sans qu’aucun renouvellement ne soit plus possible, ceux qui ont décidé que les plus jeunes cotiseraient jusqu'à leur mort pour éviter qu'on ne touche à leurs retraites, ceux qui ont multiplié le prix de l’immobilier et interdit tout nouvel accès à la propriété, et pour finir, ceux qui laisseront un pays dans l’état que l’on sait, eh bien, ceux là doivent se réjouir.
Ils doivent jubiler de voir ainsi reproduits leurs vieux rêves totalitaires sans que ne soit jamais remis en cause le système social rigide qu'ils ont si bien renforcé et qui entrave aujourd’hui l’évolution des plus jeunes. Car à y regarder de plus près, si les jeunes font des études aussi longues qu’inutiles, s’ils sont généralement précaires, sous payés ou au chômage, c’est peut être en partie à cause de cette exception française qu’il serait, sans doute, plus révolutionnaire de réformer que de défendre.

Jean-Pierre 14/03/2006 19:02

Rassurez-vous, Fred, un stalinien se pose rarement de questions et n'exprime que peu de doutes.

Fred de Et Maintenant ? 14/03/2006 18:43

Croyez bien que je suis évidemment attaché à faire prévaloir les solutions démocratiques pour régler ce conflit. Le problême, c'est que de toute évidence, le gouvernement reste sourd à ces solutions : aux propositions de l'opposition, aux demandes de négociation des syndicats, aux demandes d'apaisement qui viennent de sa majorité, au succès des manifestations, au soutien que leur apportent les français dans les différents sondages...etc... Que faire alors ?
le pourrissement est toujours la dernière des solutions, et il n'est jamais simple d'en établir les pleines responsabilités... mais c'est une solution néanmoins. C'est dommage, mais notre démocratie est faite ainsi : le politique a toujours raison, il pote l'intérêt général et le dialogue est une compromission entre intérêts particuliers.
Et puis, faire voter les pro-CPE ne servirait pas à grand chose : Villepin les entend déjà "ne pas s'exprimer"... ;-)
(ca m'énerve de passer pour un quasi-stalinien sur ce blog alors qu'on me prend pour un traitre libéral au PS...)