Europe et société civile (4)

Publié le par Gilbert Veyret

Une société civile exprimant surtout les divisions d’une société éclatée.

 

La montée en puissance du fait associatif, en France, peut constituer une relève dynamique à une vie politique sclérosée et des actions syndicales virant au simple corporatisme. Cette irruption d’une société civile embryonnaire peut aussi n’être que le reflet des communautarismes croissants et des égoïsmes catégoriels.

 

Ce regain apparent de démocratie de proximité, au moment où partis politiques et syndicats tardent à s’adapter au nouveau contexte mondial, à l’évolution des besoins réels et aux nouvelles mentalités, peut être la meilleure ou la pire des opportunités.

 

La meilleure si cette société civile organisée tente de combler la déchirure sociale qui s‘aggrave, de compenser des défaillances, de plus en plus apparentes, des protections sociales habituelles, de briser les barrières entre communautés, catégories sociales, générations. La pire, si elle tend au contraire à exacerber ces différences, à regrouper ses militants selon leur appartenance ethnique, religieuse, culturelle. On sait que la petite délinquance régresse dans certains quartiers lorsque des associations islamistes encadrent les jeunes. Elles prohibent l’alcool et la drogue, tout en les endoctrinant pour des causes nettement plus inquiétantes! Parallèlement quelques groupes d’animation de quartiers ou des groupements de commerçants locaux pourraient bien se transformer, selon les circonstances, en milices d’auto défense.

 

Notre république laïque et notre état de droit devraient savoir résister quelques temps à la tentation de recourir à des groupes intégristes pour lutter efficacement contre des dealers et empêcher que de particuliers se fassent justice eux-mêmes.

 

Mais l’entrisme dans des mouvements altruistes ou apparemment désintéressés est aussi un moyen bien connu des militants d’extrême gauche ou de sectes pour pénétrer des milieux qui ne leur sont pas ouverts a priori, pour un travail de manipulation idéologique ou sectaire.

 

De leur côté, les militants d’ATTAC et d’une bonne part des mouvements actuels tiers-mondistes, anti nucléaires, anti OGM, anti OMC reprennent la tradition gauchiste, dépouillée de ses slogans marxistes et enrichie d’analyses assez percutantes sur les excès de la mondialisation. Ils risquent toutefois de s’enfermer dans une défiance irrationnelle à l’égard de toute innovation, jugée a priori dangereuse et de tomber dans l’obsession simpliste d‘un complot de la finance internationale, nouvelle expression de l‘impérialisme.

 

Des associations à base communautaire peuvent jouer un rôle de réconciliation, comme on a pu le constater entre des responsables maghrébins et gitans à Perpignan ou dans certaines banlieues; elles peuvent aussi avoir des buts d’endoctrinement, d’exclusion amenant des communautés à s’opposer aux autres.

 

L’autre risque plus pernicieux et à notre avis plus enraciné dans nos mentalités, est la constitution de regroupements temporaires de personnes uniquement préoccupées de la défense de leur environnement ou de leurs droits acquis, menacés par tous ceux qui voudraient légitimement en profiter à leur tour ou par les pouvoirs publics quand ils veulent leur imposer quelques contraintes au nom de l’intérêt général.

 

Le souci légitime de la protection de l’environnement et la mise en œuvre d’un principe de précaution, a priori raisonnable, peuvent aboutir à un obscurantisme antiscientifique opposé à toute expérimentation, à tout progrès technique et finalement à tout équipement collectif dont on ne verrait pas l’utilité immédiate pour soi même.

 

Des mouvements alter mondialistes, écologistes, mêlent ainsi fréquemment dans un même opprobre toute innovation économique, culturelle ou technique au nom de ce principe de précaution, alibi de nombreux conservatismes ou égoïsmes.

 

Toute une série de comités de défense ont tendance à proliférer, uniquement motivées par le souci de faire déplacer le passage de la route, de la voie ferrée, la déchetterie ou même le centre d’éducation spécialisée, le plus loin possible de chez eux.

 

Nous pourrions évoquer de nombreux exemples choquants, mais qui ont su habiller leur égoïsme par un discours de justification rationnelle ou politique. C’et un des traits du génie français! Ainsi ces « écologistes » fervents adeptes du tri sélectif des ordures ménagères, hurlant qu’on en veut à la santé de leurs enfants, parce que des déchets ultimes, absolument neutres mais incontournables, risquent d’être enfouis près de chez eux.

 

 On a aussi pu voir d’anciens pilotes de lignes prendre la tête de mouvements de protestation contre le bruit des avions survolant leur résidence.

 

La protestation, la contestation ou le jeu du chat et de la souris avec la police sous le regard des télévisions, seraient pour certains aussi une manière à la mode de lutter contre l’ennui et d‘exister.

 

Publié dans Société

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lahaye 10/03/2006 21:22

Short Cut

A propos de "l'ennui d'exister"...

Il semblerait, sous réserve de vérification, que l'ANPE de St Dié ne prend pas de RDV - vive le suivi personnalisé ! - ouvre à 13h30 et ferme à 15 h !... C'est en tout cas ce qu'un demandeur d'emploi s'est entendu répondre, au téléphone, à sa demande de RDV !

Qu'est-ce que cela vous inspire ?

En privé, on pourrait peut-être obtenir cette réponse : "De toute façon, y a pas de boulot... Alors..." - JPL