Europhile et "commission-sceptique"

Publié le par Simon-Pierre Trezeguet

Par Simon Pierre Trezeguet

 

Par-delà le résultat négatif du vote irlandais, l’âpreté des débats qui l’ont précédé, le large ressentiment populaire à l’encontre de l’Europe (déjà illustré par les non français et néerlandais) doivent nous interpeller.  L’Europe ne peut faire l’économie d’une sérieuse introspection.

 

Pour correctement positionner le débat, il est fondamental de rappeler les succès de l’Europe.  L’Europe a permis et accompagné plus de 50 ans de paix et de prospérité.  La PAC fut un succès car elle permit à l’Europe d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, dont on mesure tout l’intérêt aujourd’hui.  L’Euro est une formidable réussite qui a contribué à stabiliser les économies européennes, et en particulier celle de la France.  Encore aujourd’hui, l’Euro nous protège partiellement de l’envolée des prix des matières premières.  L’espace Schengen est une vaste zone où les citoyens peuvent se déplacer librement et sans contrôle.  Les diplômes sont de plus en plus harmonisés, et donc reconnus.  Les normes convergent, pour le bénéfice des consommateurs en termes de prix et de qualité.  Des régions déshéritées, ou en déshérence, connaissent une deuxième vie grâce aux fonds européens qui investissent pour leur revitalisation.  Les Balkans, jadis sources de conflits, entrent progressivement dans notre espace commun, gage de paix et de stabilité.  L’Europe de l’Est peut efficacement sortir du marasme où l’avait plongée le communisme grâce au soutien et à l’accueil que l’UE lui réserve.

 

De tout cela, chaque européen est plus ou moins conscient.  La pédagogie pourtant commande de le rappeler inlassablement, car face à ces raisons objectives, des raisons subjectives pèsent d’un grand poids contre l’idée européenne.

 

Deux ennemis minent l’idée européenne, et ils sont d’autant plus dangereux qu’ils sont au cœur même du système, à la Commission Européenne.  Entre certains eurocrates obsédés par l’idée d’harmonisation, réglementant à foison les moindres détails de la vie quotidienne des Européens (cf. le camembert au lait crû, la chaîne du froid sur les marchés, etc.) et les ultra-libéraux qui sabotent toutes les tentatives politiques européennes et nationales, qui tentent d’imposer un modèle ultra-libéral à tous les aspects de la vie économique et sociale (souvent au détriment des intérêts stratégiques des Européens et au détriment des intérêts sociaux des Européens), l’Europe navigue à vue entre dérégulation sociale et économique et normativité excessive.

 

Alors oui, il faut le dire haut et fort : il est possible d’être à la fois profondément europhile et profondément ‘commission-sceptique’.  Je crois que le destin de la France sera meilleur dans une Union Européenne forte et sociale-libérale.  Je crois que la vie des Français, leur pouvoir d’achat, la compétitivité de nos territoires bénéficient de la protection et du soutien de l’Europe.  Mais je crois aussi que la gouvernance actuelle de l’Europe est en panne.  Je crois que la Commission souffre de discrédit non parce qu’elle est incompétente, ce qu’elle n’est pas, mais parce qu’elle ne rend pas de comptes aux citoyens ou à leurs élus.  Qui fixe une feuille de route politique à la Commission ? Qui vérifie que cette feuille de route est mise en œuvre ? Quels sont les mécanismes pour asservir la Commission aux organes politiques élus ?

 

L’âge d’or de la Commission date de la présidence Delors, parce qu’à l’époque, Delors, Mitterand et Kohl travaillaient ensemble, dans la même direction, avec, globalement, un accord sur les fins et les moyens.  Il y avait convergence entre les dirigeants élus et la Commission.  Depuis, la Commission a voulu s’émanciper des gouvernements, gagner son autonomie pour devenir un gouvernement de l’Europe.  Parce qu’elle n’est plus la voix des gouvernements élus, parce qu’elle n’est pas encore la voix d’un Parlement élu, la Commission a ainsi perdu sa crédibilité.  Ce n’est donc pas un problème de communication que M. Barroso doit résoudre, mais c’est un problème de légitimité démocratique de la Commission que les gouvernements européens doivent résoudre.  Espérons que la présidence française de l’Union, avec le volontarisme politique qui est la marque du Président Sarkozy, permettra de lancer cette réforme de la gouvernance de l’UE que tous les citoyens europhiles attendent avec une impatience croissante.

 

Simon-Pierre Trezeguet


Voir aussi sur le blog http://marcdhere.over-blog.com

Publié dans Europe

Commenter cet article