Présidence française, une réponse au non irlandais

Publié le par marc dHERE

Le non Irlandais au traité de Lisbonne, résulte, comme ce fût le cas en France il y a trois ans, d’une alliance baroque et  conjoncturelle entre  l’extrême droite et l’extrême gauche, auxquels se sont joints des citoyens inquiets, désabusés ou voulant manifester leur opposition à leurs dirigeants. Ce vote est une mauvaise nouvelle pour l’Europe car il lui interdit (au moins pour l’instant) d’adopter des  règles de fonctionnement plus démocratiques et plus efficaces lui donnant notamment la capacité de jouer un plus grand rôle sur la scène internationale,  de prendre davantage de  décisions et de mener des politiques communes. Pourtant, la victoire du non en Irlande ne doit pas être assimilée à une  catastrophe et elle ne conduit vraisemblablement pas  l’Europe dans l’impasse. Trois remarques à ce sujet.

 

D’abord il faut observer que si le rejet Irlandais nous impose d’en rester pour l’instant aux règles fixées par le traité de Nice (œuvre commune de Jospin et Chirac !) il  ne remet pas en cause l’essentiel. L’espace européen de libre échange existe toujours,  le grand marché fonctionne,  l’Euro n’est pas remis en cause, les politiques communes existantes ne disparaissent pas.  Si l’acceptation du  traité de Lisbonne aurait rendue plus démocratique, plus coordonnée et sans doute plus solidaire, l’Europe économique, son rejet ne la remet pas en cause. L’Europe libérale continue et c’est tout de même l’essentiel.

 

Ensuite, il serait inconcevable que  le rejet du traité par un des plus petits pays de l’Union Européenne, interdise définitivement son application. L’Irlande ne peut disposer d’un droit de veto. Il faut, dans un premier temps, que les ratifications continuent dans les autres pays et la Grande-Bretagne vient de donner à ce sujet un signal positif. Une fois le traité ratifié par 26 pays, des négociations pourront s’engager avec l’Irlande, visant, au prix de quelques concessions symboliques ou de pure forme, à la faire revenir sur son vote, ou à lui faire accepter d’adopter, une « mise en congé » provisoire ou   une « situation particulière » au sein des  membres de l’Union. Cela exigera un peu d’imagination juridique et surtout une unité sans faille et une même volonté d’union de la part des 26. Le rôle de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France sera essentiel dans cette phase.

 

Et j’en arrive à ma troisième remarque, qui concerne particulièrement le rôle de la France.  Nicolas Sarkozy a joué un rôle positif et  déterminant dans la proposition puis  l’élaboration et la signature du traité « simplifié » de Lisbonne.  Les hasards du calendrier font qu’il lui appartient  de permettre à l’Europe de réagir face à cet échec de dernière minute. La France se trouve présider l’Europe pour les 6 mois qui viennent. Elle doit, pour compenser cet échec institutionnel, faire de sa présidence un succès de l’action concrète, permettre des avancées importantes et visibles de l’Europe sur les sujets qui font partie de ses priorités : défense européenne, Union pour la Méditerranée, politique concertée d’immigration, politique de l’énergie, de l’innovation, du développement durable, politique agricole commune, mais aussi recherche d’une réponse européenne à l’augmentation des prix du pétrole, qui touche durement tous les européens.   La présidence française, placée sous le signe de « l’Europe protection » doit montrer aux peuples Européens, y compris et particulièrement aux Irlandais, que l’Europe peut faire de grandes avancées sur des sujets concrets qui concernent très directement  la vie des citoyens, leur bien-être et leur développement. Ce sera la meilleure façon et la plus utile, de répondre à ce vote de défiance et au risque de « blocage » qui inquiète les Européens.  

 

En relançant, dès le mois de juillet, une nouvelle phase dans la construction de l’Europe, la France peut fortement contribuer à préparer l’avenir. Une grande responsabilité repose sur les épaules du Président et de son gouvernement. Ils devraient pouvoir compter sur le soutien de l’ensemble des forces politiques françaises, celles au moins qui veulent le succès de l’Europe.

 

Marc d’Héré 

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Simon 27/06/2008 15:21

A votre tour de ne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit : je n'ai pas dit qu'il bne fallait pas de politique d'immigration, mais juste que je ne suis pas d'accord avec le fait que la question de l'immigration soit la priorité du moment. Vous ne m'en voudrez pas d'être cohéren,t en affirmant que si je ne suis pas favorable à l'échelon français avec "l'immigration choisie" de sarkozy, je ne vais pas être favorable à son extension à l'échelon communautaire ...Coordination, certes, mais il ne semble pas que cela soit l'ambition affichée, il s'agit plus semble t'il d'uniformiser les législations. Vous avez raison, Schengen accordant la libre circulation des personnes dans l'UE nécessite une mise en cohérence. Mais je ne pense pas que la France et ses réformes du code de la nationalité tout les 2 ans, et son instabilité juridique en ce qui concerne l'immigration soit bien placée pour donner des leçons de cohérences. Aujourd'hui, la plus grande insécurité juridique d'un étrangers extra communautaire en France, c'est l'insécurité juridique, le fait de pouvoir du jour au lendemain sans avoir enfreint aucune règle se retrouver sans papier ...

marc d Here 19/06/2008 19:59

Comme d'habitude vous vous trompez: Europe protection ce n'est pas de moi mais de Jouyet....Quand à une politique européenne d'immigration c'est une nécessité reconnue par tout le monde. Certains (rares) comme vous pensent qu'il ne faut pas avoir de politique d'immigration et donc se contenter d'accepter tout ceux (légaux ou non )qui veulent venir. Un politique d'immigration (qui n'est pas stigmatiser!!!) doit être plus ou moins libérale, mais elle doit être européenne car toute décision d'accueil ou d'ouverture d'un pays européen, du fait des accords de Shengen, est en fait une décision valable pour toute l'Europe....D'où la nécessité pour tout le monde, sauf à l'évidence pour ceux, comme vous qui refusez la moindre action sur l'immigration!!!, d'avoir une politique d'immigration coordonnée à l'échelle européenne. 

Simon 19/06/2008 15:46

Je constate que vous placé l'immigration dans la catégorie "europe protection". est ce à dire que vous considérez à l'image d'un Le Pen ou d'un De Villiers que l'UE est menacé par un déferlement d'immigrants barbares dont il conviendrait de se protéger ?Vous oubliez dans votre propos la principale préoccupation des français, absente du propos du gouvernement hier : le pouvoir d'achat. Le premier ministre a listé une série de catégorie menacée par la hausse du prix du pétrole. Cela est bien. Mais il n'a rien dit pour lutter contre la hausse des prix, les dérives financières qui voit les salariés perdre une partie de la part qui leur revient dans la répartition de la valeur ajoutée qu'ils contribuent à créer laquelle va enrichir les actionnaires. Si le capital doit être rémunéré, ces dernières années ont été des années d'excès dans cette rémunération. Au lieu de quoi le gouvernement se consacre à stigmatiser l'immigration (une habuitude) et à agiter l'hypothèse d'une défense européenne autonome, qui n'est qu'illusion dans le cadre d'une France dans le commandement intégré de l'OTAN.Certains objectifs, que vous saluez à juste titre, sont louables (comme la politique de l'énergie). Nous pouvons cependant constater que sur cet exemple, les objectifs français sont en deça de ceux déjà adopté au niveau européen.Enfin, le NON irlabndais montre, s'il était nécessaire, que la "stupidité" ou la "crédulité" supposée des français et des Néerlandais n'était pas en cause en 2005. Je crains que s'il faut faire aimer l'UE aux européen, les objectifs du gouvernent ne sont pas de nature à répondre à cette fracture que nous avons pu une nouvelle fois mesurer,e ntre les européen et l'europe que l'on construit en leur nom.