Bondy-blog

Publié le par Charles André

Le « Bondy Blog » relate l'expérience de journalistes suisses installés à Bondy pour mieux comprendre nos banlieues en s'immergeant dans leur quotidien. Le résultat est passionnant, rafraîchissant et porteur de beaucoup d’espoirs : http://previon.typepad.com/hebdo/.

Les journalistes de l’Hebdo ont lancé ce blog puis formé leurs successeurs, habitants de Bondy, qui en assument désormais la charge. Une initiative citoyenne à soutenir !

Voici quelques morceaux choisis particulièrement instructifs.

Parmi les commentaires des journalistes, le 5 janvier : "Dans la ville, cette affiche publicitaire vient de faire son apparition. Le conseil général de Seine-Saint-Denis invite la population à "exiger de l'Etat les moyens de vivre, travailler et s'épanouir". Et puis il y a cette devise "Egalité, Justice, Dignité". Cette affiche m'étonne beaucoup. Je trouve que c'est beaucoup "exiger" de l'Etat. Déjà, ce mot -exiger- qui sonne à sens unique! Si on veut l'égalité, la justice, la dignité (on disait autrefois Liberté, Egalité, Fraternité), c'est un combat de chacun, pas un ticket gagnant que certains auraient le droit de faire valider au PMU étatique. Non? »

 

Ou comment une certaine gauche oublie toute notion de responsabilité individuelle et joue la victimisation systématique. Si l'Etat doit aider les plus faibles, il ne peut pas prendre en charge toutes les destinées individuelles ; il doit juste créer autant que possible les conditions de l’épanouissement, car il ne peut le réaliser lui-même. Hélas ?

 

Ne serait-ce que symboliquement, charger l’Etat de tous les maux est terriblement contre-productif. En effet : "La France veut toujours être gentille, elle fait plein de promesses, non? Les autres pays ne promettent rien, alors les gens des banlieues n'attendent rien et se débrouillent, sans se révolter", dit un habitant de Bondy (le 18 novembre).

Ne nous faudrait-il pas un Etat qui promet moins mais qui réalise mieux (concentration des moyens) ce qu'il entreprend? Un Etat qui cesse de saupoudrer des aides financières à destination de l'ensemble des territoires en difficulté, pour plutôt concentrer ses moyens sur les individus qui en ont le plus besoin et qui sont prêts à fournir les efforts nécessaires au dépassement de leur condition « défavorisée » ?

 

On peut encore relever la conclusion d'un entretien avec des filles musulmanes de Bondy (« Les filles de Bondy parlent », le 23 janvier) : "C'est sympa de discuter avec quelqu'un qui ne vient pas de Bondy parce qu'on voit qu'il y a des choses pas logiques chez nous, comme les garçons qui ne sont pas obligés d'être purs alors que les filles oui, et on voit aussi que des fois tu trouves des trucs bizarres, par exemple que les filles n'aillent plus à l'anniversaire des garçons dès la primaire. C'est drôle, parce que pour nous c'est normal, toi ça t'étonne, alors on voit que des choses évidentes pour nous ne le sont pas pour tout le monde."

 

Ou les bienfaits de la mixité sociale, qui permet l’échange, le dialogue des cultures, l’ouverture des esprits. D’où la nécessité de la loi SRU obligeant les communes à accueillir 20 % de logements sociaux sur leur territoire.

 

Plutôt que la vider de son contenu comme viennent de le faire les députés UMP (en assimilant l’accession sociale à la propriété à du logement social), il vaudrait mieux l’appliquer strictement. Or, on sait par exemple que, en Ile-de-France, sur les 186 communes concernées, moins de la moitié (91) ont satisfait à leurs obligations entre 2002 et 2005.

La mixité sociale, facteur d’échange et de rapprochement des possibles.

Charles André 

Publié dans Société

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