Les abus de l'éducation nationale

Publié le par Yves Thréard, Le Figaro

Par Yves Thréard, pour le Figaro du 15 05 08...

Avec l'Armée rouge et General Motors, l'Éducation nationale française a longtemps été dans le trio de tête des premiers employeurs de la planète. La disparition de l'Union soviétique a eu raison de la première ; l'évolution du marché automobile a beaucoup affaibli le constructeur américain. Preuve que le monde change. Pourtant, l'Éducation nationale, elle, demeure. Hors du temps. Ses effectifs ont continué d'enfler comme si de rien n'était. Or, la démographie scolaire dans notre pays est en baisse et nos comptes publics sont à sec.

Pour 1,3 million de personnes, dont 800 000 enseignants, le budget du ministère a augmenté de dix milliards d'euros depuis 1997. Cherchons l'erreur, pour ne pas dire les raisons du scandale. Évidemment, maîtres et professeurs, qui distillent leur grogne aux élèves, se bouchent les oreilles. Crient au mensonge. Et ils seront encore dans la rue aujourd'hui pour que triomphe l'immobilisme. Non au service minimum à l'école, malgré son approbation par une majorité de parents. Non aux suppressions de postes. Non à tout changement, comme il en est ainsi depuis les années 1970. C'est intolérable.

Il est juste et nécessaire que l'Éducation nationale soit la priorité des priorités. L'avenir de la France en dépend. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Prisonnière d'une doctrine entretenue par des syndicats majoritairement de gauche, elle privilégie depuis trop longtemps le quantitatif sur le qualitatif, la démagogie sur le service au public. Au final, un lycéen coûte cher 50 % de plus qu'il y a quinze ans , travaille beaucoup, pour une formation médiocre, si l'on en croit les classements internationaux. Il est urgent de revoir la copie.

Ce sombre constat est partagé par la plupart des observateurs, mais bien peu de ministres, faute de courage, de soutien ou de méthode, ont su ou pu redresser la barre. Xavier Darcos ne ménage pas sa peine. Il doit tenir. Du primaire au secondaire, les chantiers ne manquent pas. Parents et enseignants ne sont pas pris en traître. La feuille de route est connue depuis plus d'un an. Le dialogue est ouvert.

Comment comprendre, par exemple, l'entretien de bataillons de professeurs qui voient rarement un élève ou qui sont soumis, pour une raison ou une autre, à un régime particulier ? Ils représentent près de 10 % du corps enseignant. Un professeur sur quatre bénéficie d'une décharge totale ou partielle, pour des raisons statutaires (mandat syndical) ou de service (rangement d'un laboratoire de biologie). Douze mille, quant à eux, sont remplaçants : ils attendent qu'on les appelle. La continuité du service public a ses exigences, mais elle a aussi ses limites quand le gaspillage tient lieu de mode de gouvernance.

L'argent mal dépensé serait mieux dans la poche d'enseignants à la condition salariale reconsidérée et aux ambitions précisées. Objectif qui ne peut être atteint sans une vaste réorganisation. Ne leur en déplaise, les syndicats font le lit de l'école privée et creusent la tombe de l'éducation publique.

Yves Thréard
Le Figaro

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marc d Here 20/05/2008 11:13

Le Haut conseil de l'Education, consultatif, a remis au ministre de l'Education un avis favorable pour les nouveaux programmes du primaire contestés par de nombreux professeurs des écoles, a-t-on appris aujourd'hui.Cet avis favorable a été immédiatement salué par Xavier Darcos.Sur la philosophie générale du projet, il approuve notamment le fait que "les nouveaux programmes sont centrés sur les fondamentaux" et l'accent soit "mis en particulier sur la maîtrise de la langue française, du ressort de toutes les disciplines"."L'attention est portée sur les acquis des élèves et sur la nécessité de leur évaluation régulière, afin de pouvoir aider les élèves en difficulté le plus tôt possible", ajoute-t-il, se réjouissant de "la création d'horaires de soutien".Il a en outre jugé "pas exact" de "dire que ces programmes sont refusés par tous, qu'ils ne reçoivent aucune approbation".Source : AFP

16/05/2008 15:24

   S'il y avait une solution simple aux problèmes de l'Education Nationale, il y a longtemps qu'elle aurait été trouvée... En fait la solution ne pourra de toutes façons pas passer par une "Réforme" (une de plus...) du système éducatif, qui se heurtera à l'inertie du "Mammouth" et à l'opposition de ceux qui en vivent... Elle n'a quelque chance (sans certitude) de passer que par une "Reconstruction" étalée dans le le temps...   - Il faudrait d'abord re-définir les objectifs et les méthodes, et à ce titre en finir avec le "pédagogisme" et toutes les billevesées des "pédiafoirus" tournant autour du sacre de "l'enfant-roi" : ce qui suppose une remise en cause du système à tous les niveaux : primaire, secondaire et supérieur (pas de détails possibles sans un simple commentaire)   - Il faudrait également revoir complètement le statut des enseignants : en priorité supprimer la multiplicité des corps avec des horaires et des salaires différents qui entretiennent la division et la surenchère, et en venir par conséquent à un corps unique pour le primaire et le secondaire, avec un haut niveau de formation, celle-ci étant à la fois théorique et pratique, avec un choix à définir en cours d'étude sur le niveau d'enseignement ... Par ailleurs, fixer un horaire hebdomadaire "à l'anglaise" sur la base de ...35 heures, avec un temps de "cours" et un temps "d'études surveillées" pour contrôler l'assimilation des cours et effectuer les corrections écrites ou orales... En contrepartie, les salaires devraient être revues largement à la hausse,pour rendre "attirant" sur le plan financier un métier où la "vocation" est certes nécessaire, mais non suffisante... Bien entendu, un contrôle régulier devra être assuré, mais dans d'autres conditions que celles des "inspections" traditionnelles ...   - Il faudrait enfin, pour des raisons à la fois "humaines", "statistiques" ...et financières, se donner un délai suffisamment long de mise en oeuvre, étant entendu que des dispositions devraient être prises pour permettre l'intégration des personnels en place (dont la majorité est "valeureuse", même si elle a été mal informée et mal formée), sous réserve qu'ils acceptent les nouvelles conditions de travail...   Mais pour tout cela, il faudrait non seulement du temps et de l'argent, mais un "volontarisme" gouvernemental capable d'emporter l'adhésion de l'opinion nécessaire pour vaincre les résistances ...Avec des "si", ...on mettrait Paris en bouteille !...