Orientation et qualification

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Par Jean-Louis Caccomo....

Les lycéens sont dans la rue. Ils sont plus timides dans les forums, du moins au vue de ma petite expérience. A chaque fois que je participe à un salon destiné aux lycéens, j’en ressorts avec un sentiment mitigé, entre amertume et stupeur. La même réaction revient trop souvent à mon goût dans la bouche de lycéens dont par ailleurs on nous dit qu’ils sont préoccupés par l’emploi. Mais quel emploi ? A les entendre, ils débuteraient leur carrière avec des conditions qui furent pour moi des résultats qu’il m’a fallu atteindre en plus de dix ans.

Il leur faut pour commencer un bon salaire, pas trop loin de chez eux, un emploi intéressant, pas stressant… Ces objectifs, s’ils sont louables et nécessaires pour conduire et réussir une carrière, ne peuvent être en aucun des conditions d’embauche sauf à prendre le risque de rester sur le carreau. La vie (et les mathématiques) nous apprend vite que plus on met des conditions (des contraintes), et plus le champ des solutions possibles se restreint.


En tant que responsable pédagogique d’un master professionnel, je participe régulièrement aux forums d’orientation qui sont de véritables bourses de diplômes. Nous savons tous que, malgré la persistance d’un chômage structurel qui ronge notre société, le fait est que la génération du baby-boom va partir prochainement à la retraite. Or, on constate une pénurie grandissante de personnels qualifiés dans un nombre croissant de secteurs d’activité. Pour pallier à ce manque et organiser dans les meilleures conditions possibles le passage de relais entre la génération qui prend sa retraite et celle qui rentre dans la vie active, il faut au préalable avoir suivi certaines formations. Il faut donc que le système de formation soit en prise sur le monde professionnel de sorte que l’offre de formations corresponde à la demande exprimée par les différentes branches d’activité en expansion ou en mutation.

Quand on présente de telles formations aux lycéens, la grande majorité d’entre eux nous répondent « cette formation est trop dure ! ». Il est clair qu’ils veulent gagner de l’argent et n’ont pas de tabou par rapport à cela, il est moins évident qu’ils veuillent s’en donner les moyens.

Quoiqu’on en pense, pour avoir un emploi intéressant, il faut offrir un bagage intéressant. C’est à ce prix que l’on peut ensuite imposer ses conditions. C'est à croire que personne ne leur a dit cette vérité élémentaire, pas même leurs parents afin de ne pas les traumatiser sans doute.

 

Alors, pour ceux qui se disent attirés par le secteur médical, on ne va pas en médecine, filière jugée trop difficile, pour se reporter sur les écoles d’infirmiers et les carrières médico-sociales. L’économie, la finance, la gestion ? Trop technique ! Alors on s’engouffre vers les filières administratives et sociales. La science ? N’en parlons plus, c’est définitivement rebutant pour le plus grand nombre… et c’est une catastrophe qui met en question l’excellence longtemps érigée en dogme de notre système éducatif.

Le rapport Attali a bien raison de dire qu’à ce rythme, il sera inévitable d’importer nos futurs cerveaux. Le paradoxe est que l’on ne s’est toujours pas attaqué aux causes qui provoquent la fuite de nos propres cerveaux alors qu’il nous faut bien « importer » les étudiants tant que nos lycéens ne jurent que par les filières light à forte coloration « sociale ». Le « social » ! Au discours du tout-Etat dans la bouche de nos élites répond en écho le discours du tout-social dans la bouche des lycéens. La sensibilité sociale ne peut pourtant pas se substituer à la compétence car elle n’est en aucune manière une qualification en elle-même. Et le meilleur moyen de « faire du social » et d'avoir une attitude citoyenne, c'est d'être compétent dans son métier. On aurait certainement moins besoin de « faire du social » si chacun de nous avait reçu une formation adaptée à son profil et aux besoins réels de la société.

De tout temps, pour avoir un travail, il faut d’abord acquérir et maîtriser les qualifications que nécessite l’obtention du poste convoité. C’est le rôle du système de formation. Il est absolument faux de dire qu’il n’y a pas de travail aujourd’hui. Ce n’est pas de travail que l’on manque mais bien de travailleurs. Si les lycéens refusent d’intégrer les formations à l’issue desquelles on peut disposer du niveau de qualification permettant d’intégrer une profession, alors ils ne trouveront pas de travail. Ce problème n’a aucune raison de se corriger spontanément puisque notre système de formation neutralise le fonctionnement même du marché du travail, qui suppose un marché éducatif lui-même.

Le lycéen n’a aucune incitation à s’orienter de manière rationnelle. La collectivité assume le coût de ses études tandis que le choix de la filière reste un choix individuel. On demande à la collectivité d’assumer les conséquences de choix d’individus libres mais irresponsables. On a compris que cette ambivalence n’était plus tenable dans le secteur de la santé. Si l’on demande à la collectivité (aux autres) de prendre en charge nos dépenses de santé, il est normal qu’en retour cette même collectivité se donne le droit d’orienter nos choix (en imposant un médecin généraliste ou en dressant la liste des médicaments et des actes qui seront ou pas remboursés).

 

Dans le domaine éducatif, les conséquences sont lourdes puisqu’elles se traduisent par une mauvaise orientation de la jeunesse conduisant à un chômage structurel (coûteux pour la sécurité sociale) tandis qu’il nous faut importer les cerveaux et le personnel qualifié nous faisant défaut. Ce résultat est logique puisqu’on laisse des jeunes choisir des formations que l’on sait sans débouchés et dont le financement est pris en charge par la collectivité. Autrement dit, on subventionne le gâchis humain.

Jean-Louis Caccomo 

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caccomo 17/05/2008 09:25

Que croyez-vous que je fasse tous les jours, monsieur. Je suis responsable d'orientation en licence, et de la pédagogie en master pro. Chaque année aux examens, une grande partie des étudiants boursiers ne viennent pas en cours, et se présentent aux examens sans regarder le sujet, juste pour signer la liste d'émargement...Alors je sélectionne en master pro les plus motivés, je les suis en stage l'été, la plupart sont embauchés. Mais ces formations là n'intéressent pas nos lycéens, alors on importe les étudiants. C'est une réalité, et je passe mon temps sur le terrain, sinon je ne ferais pas ce constat.Mais bien-sur vous ne supportez pas cette réalité, alors il ne faut pas le dire, et il faut faire taire ceux qui le disent. Cela ne changera rien à la réalité. A cause de cela, je fais de la formation à l'étranger. Et je puis vous assurer que mes étudiants m'apprécient parce que je ne leur mens pas.

marc d Here 15/05/2008 12:58

Merci de ces messages.....Dommage que ce soit pour des banalités et des insultes.....A bientôt.

tintin 15/05/2008 12:53

"Dire qu'une attitude est indigne est une insulte...."Pas du tout, il s'agit d'une vérité. Dénigrer les jeunes de la part d'un enseignant est indigne. "Quand aux banalités que vous proférez, croyez-moi ce n'est pas une plaisanterie... "Vous avez vraiment du toupet, je vous donne des exemples concrets que je connais, par exemple concernant l'argumentation de Caccomo sur les études médecine et d'infirmière et vous me dîtes qu'il s'agit de banalités. Etes-vous allé sur le terrain ? Connaissez-vous la vraie vie de nos concitoyens ? Non, je ne le pense pas.

marc d Here 15/05/2008 00:32

Dire qu'une attitude est indigne est une insulte....Quand aux banalités que vous proférez, croyez-moi ce n'est pas une plaisanterie...

tintin 14/05/2008 19:22

Je peux reprendre les propos de cet universitaire et faire une analyse de texte, mais je n'en vois pas trop l'intérêt. Si vous ne voyez pas dans les propos de ce monsieur un dénigrement des jeunes, libre à vous. Mais de dire que j'assène des banalités, là, il s'agit d'une grosse plaisanterie de votre part. J'insulterais Monsieur Caccomo parce que j'indique qu'il sous-entend que les jeunes ne veulent pas bosser, c'est aussi une plaisanterie.