Avant le Tsunami...

Publié le par Jean-Paul Lahaye

Entraînées dans les remous de la mondialisation, les démocraties sont visiblement à la peine et placées devant le défi d'avoir à se réinventer. Que pouvons-nous espérer, que devons-nous faire, dans le cadre qui est aujourd'hui le nôtre : une France en partie sclérosée, une Europe momentanément en panne ?  Ce que l'on pourrait faire, on le sait. L'analyse est posée. Les solutions existent. La vague arrive. Et pourtant, sur la plage, rien ne bouge…

 

 

Accepter la mobilité, partager les risques de la précarité

 

La mondialisation n'est pas un mythe, ni un mauvais rêve. Le monde, tel qu'il est - et surtout qu'il change - nous donne l'échelle et le rythme, bien réels, de l'univers dans lequel nous devons désormais évoluer. Dans un tel contexte, on ne peut chercher son salut dans l'immobilisme. La précarité est notre lot. Il faut l'assumer. C'est-à-dire, si l'on est démocrate, en partager les risques. Ainsi, de mon point de vue, on ne peut instaurer le CPE, sans accepter de questionner le CDI lui-même. Au nom de quoi, en effet, peut-on imposer aux jeunes de supporter a priori le risque de la précarité de l'emploi - mais également du financement des retraites et du remboursement de la dette - sans que les moins jeunes et mieux lotis acceptent également de remettre en cause leurs statuts et acquis ?

 

On sait parfaitement aujourd'hui qu'il faut chercher la sécurité du côté de l'employabilité, plutôt que du côté de l'emploi. On sait que la mobilité professionnelle et la formation tout au long de la vie sont les bons horizons.  Et l'on possède tous les outils théoriques et pratiques nécessaires, contenus notamment dans la fameuse Réforme de la Formation Professionnelle.

 

Et pourtant, rien ne bouge…

 

Réinventer la démocratie et l'économie de proximité

 

La mondialisation et la médiatisation croissantes créent un effet d'optique et de fascination qui égare. Dans une société du spectacle, de la sur information et de l'hyper communication, dominée par l'argent roi, l'ordinaire est dévalorisé au profit de l'extraordinaire, le proche vidé de son intérêt au profit du lointain. La richesse de la relation humaine est pourtant faite de proximité. Elle s'inscrit et se construit dans une durée, dans un être et un faire ensemble au quotidien. Elle ne se délocalise pas, ne "se zappe" pas. Sinon, elle s'évapore. Certes, la proximité n'est pas, en soi, gage d'efficacité et de cohérence. Elle ne l'est que dans le cadre d'un projet partagé. Cependant, quand elle ne produit plus rien, c'est la logique des camps, des citadelles, de l'auto-justification et du dénigrement qui s'impose. Il semble bien que nous en soyons là. Et à grande échelle.

 

Réinventer la démocratie et l'économie de proximité, c'est possible. On sait très bien comment faire. La Région est évidemment la bonne échelle pour réorganiser la citoyenneté, la créativité et l'employabilité.  Pour y parvenir, la condition préalable est toujours la même, à la fois simple et difficile, en tout cas radicale : accepter de remettre en cause statuts et acquis.

 

On le sait. Et pourtant, rien ne bouge…

 

Promouvoir une Europe de projet, inventive et généreuse

 

L'Europe est en panne, parce qu'elle est sans projet. On le sait. On sait aussi qu'elle pourrait très bien s'en forger un… De quoi rêvent les européens? De paix et d'équilibre planétaire, de respect de la vie et de l'environnement, d'enrichissement mutuel par considération, mais aussi brassage des différences. L'Europe est riche de ses cultures, de ses traditions et de ses terroirs. L'Europe est très peuplée, possède peu d'énergies fossiles, mais elle ne manque pas de matière grise. Dès, lors, la voie à promouvoir est-elle pas évidente ? L'Europe pourrait devenir, pour son plus grand profit, le chantre et l'ingénieur mondial du développement durable. La santé, l'agroalimentaire, l'énergie, l'habitat, les transports conçus dans cette perspective constituent, pour elle, de larges et profondes réserves de créativité, de technologies et de "valeurs ajoutées", tant économiques qu'humaines.

 

Si la Région est la bonne échelle pour organiser efficacement l'action de proximité, l'Europe est le bon cadre pour énoncer et partager le projet. Les nations européennes, en effet, sont désormais trop dépendantes les unes des autres pour projeter seules. Elles pourraient le faire très efficacement ensemble, à condition de savoir mieux partager, d'être plus solidaires. Au premier chef, cela impose de mettre en place rapidement ce sur quoi le projet constitutionnel a principalement buté : l'Europe sociale. Ce qui implique, tout aussi nécessairement, de poser la question de l'Europe politique.

 

Là encore, statuts et acquis, de souverainetés ou de lobbies, doivent être remis en cause.

 

On le sait. Et pourtant, rien ne bouge…

 

Jean-Paul Lahaye

 

Publié dans mondialisation

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Marc d Héré 28/02/2006 13:05

Cher Jean-Paul Lahaye,
Vous évoquez la nécessité d'une Europe sociale et donc d'une Europe politique. Tout à fait d'accord avec vous, évidemment....Cette Europe politique a été "refusée" le 29 mai....pour des raisons multiples, politiciennes souvent ,tenant parfois plus de l'opposition à Chirac qu'à l'Europe....Mais elle a été refusée et nous devons tout faire pour qu'une nouvelle "envie" d'Europe politique renaisse en France, et ailleurs en Europe.
Pour cela une chose au moins me paraît nécessaire: que les Français et les Européens soient persuadés (et ils ne le croient plus)  que l'Europe peut leur apporter croissance,  développement, bien-être, ....Cela passe par une nouveau système économique (notamment en France et en Allemagne restés très "socio démocrates") permettant de faire reculer le chômage, de répondre à la concurrence internationale......C'est à dire sans doute, de nouvelles priorités pour l'Europe: investir dans l'innovation et la recherche,  orienter le budget vers les secteurs d'avenir plutôt que dans la PAC, favoriser une politique de réinsertion et de formation  pour répondre aux délocalisations, mener des politiques de solidarités actives......
On ne peut séparer Europe politique de l'Europe économique et sociale, on ne fera pas l'une sans progresser forment dans les autres.
Marc

marc d' HERE 19/02/2006 11:09

Réponse à stéphane et J.P. Lahaye: une proposition pour "Faire" ensemble.
Identifions les groupes de même "mouvance", qui représentent quelque chose, vérifions qu'ils sont prêts à une collaboration et prenons, ensemble, une initiative (déclaration...action commune, manifestation publique....).
Je propose que l'on se retrouve pour étudier et préparer cela sur ies1@hotmail.fr
et faisons un point régulier de l'avancement sur nos blogs respectifs... 
A vous.
marc d'Héré

lahaye 19/02/2006 09:29

Je suis tout à fait d'accord avec Stéphane. Si nous nous contentons de ces nouvelles chapelles virtuelles que sont les blogs, nous n'arriverons à rien. Personnellement, j'appelle et je continuerai d'apppeler sans relâche, à la fondation d'un "cluster" du renouveau politique, autour des start-up que représentent tous ces petits mouvements très proches et complémentaires. Il ne s'agit pas de les fondre dans le même moule, mais de leur permettre de travailler efficacement ensemble, pour promouvoir et faire aboutir leurs idées commmunes et les transformer en actions communes. C'est urgent ! Car beaucoup ont envie de faire. Et de faire ensemble ! JPL

stéphane 19/02/2006 01:16

Ce qui est intéressant, c'est de revenir un peu en arrière à la fin des années 90 et début des années 2000, tous ces discours globalement ont été présentés (A GIDDENS, D COHEN-BENDIT, JM BOCKEL, puis l'arrivée de C. BLANC et dans le domaine culturel C TAUBIRA... enfin sur le plan intellectuel Monique CANTO-SPERBER) avec même en parallèle des réfléxions sur la solidarité entre générations, l'émergence du developpement durable, du régionalisme moderniste et l'Europe fédérale, la mondialisation ... etc .
Il aura fallu attendre 8 ans, donc rien de nouveau ... Pourquoi, parcequ'il n'y a pas eu de volonté poitique et de changements de représentation dans les partis politiques !
IES dépassera-t-il le simple blog ? combien de temps va-t-il nous falloir ? Quelle sera la relation avec les membres de "Générations Europe" le mouvement de Christian BLANC ou encore les radicaux de gauche ? JM Bockel ? l'UDF ? quelques écologistes Cohn-Benditisés ?
Nous ne sommes pas dans les années 30, il n'y a pas de crise de spiritualité comme essayaient de nous faire croire les personnalistes chrétiens ... il y a surtout aujourd'hui une formidable crise d'adaptation du pays, bloqué dans ses logiques nationalistes jacobines et étatiques, soutenues par les corporatismes notamment ceux issus des fonctionnaires de l'Etat en pleine crise d'identité et j'ajouterais le monopole des papyboomers sur les jeunes générations, inexistantes dans l'espace public sauf dans la rue, dernier recours ...
Il y a refus de considérer le fait régional et urbain, une économie ouverte, en réseaux et réactive, et surtout une nouvelle demande sociale individualiste aux multi-appartenances y compris culturelle et territoriale à laquelle il faudra pourtant bien répondre et pas seulement par le marché !!!!
Il commence a étre difficile de jongler parmi l'ensemble des blogs de gauche "libérale". Le blogisme s'est bien, mais la confrontation dans un cadre commun fédérateur ne devient il pas nécessaire ? N'est ce pas le rôle d'un parti politique au sens noble du terme ?

lahaye 18/02/2006 21:50

Marc,
Je suis déjà avec vous...
Et je suis intimement convaincu qu'il va se passer quelque chose. Ce sera inattendu et évident à la fois.
Nous serons là.
En attendant, balisons, balisons... Et, encore une fois, vous pouvez compter sur moi . JPL