Elections italiennes: pourquoi une nouvelle défaite de la gauche en Europe?

Publié le par marc dHERE


Silvio Berlusconi a largement remporté les élections en Italie, à l’Assemblée comme au Sénat. On devrait plutôt dire que la gauche italienne, après son court et décevant  passage au gouvernement, les  a perdues. Quelle interprétation faire de cette cuisante défaite ?  On peut y trouver des raisons proprement nationales, touchant aux difficultés de l’économie italienne, au mauvais bilan de  Romano Prodi, à la piètre qualité des représentants de la gauche italienne, à la rupture entre gauche traditionnelle et gauche radicale. Tout cela n’est sans doute pas faux mais certainement incomplet.  Problème italien, bien sûr, mais pas seulement.

 

Aujourd’hui, un peu partout en Europe,  à la notable exception de l’Espagne (où Zapatero  a su rénover son parti et moderniser sa politique), la gauche perd le pouvoir, ou n’arrive pas à le reprendre comme en France, aux Pays-Bas ou en Grèce  mais aussi dans des pays de tradition social démocrate comme la Suède, le Danemark, l’Autriche, l’Allemagne.  Elle risque fort de le perdre aussi en Grande Bretagne où les prochaines élections locales risquent d’être cruelles pour Gordon Brown. Coïncidences ? Je pense plutôt qu’il y a une raison profonde qui explique tous ces échecs.

 

La gauche, qu’elle se réclame du  marxisme ou de la social-démocratie,  n’est aujourd’hui plus en phase avec la réalité du  monde dans lequel nous vivons, avec les attentes et les besoins de nos sociétés. Particulièrement en France, mais cela est aussi vrai à un moindre degré ailleurs en Europe, la gauche refuse de s’inscrire dans la mondialisation, dans cette société de liberté, d’individualisme et de  concurrence qui est la nôtre, et de se donner tous les atouts pour y jouer un rôle important. Pour y parvenir, elle devrait remplir plusieurs conditions :

 

                        -soutenir le rôle régulateur des organismes internationaux, et de l’Union Européenne,

                        -favoriser dans tous les domaines, l’initiative et la responsabilité,  permettre dans le maximum de secteurs une  concurrence loyale et égale,

                        - faire des efforts immenses pour développer la recherche et l’innovation, pour permettre un progrès « soutenable », pour orienter les investissements vers les secteurs d’avenir et non défendre les secteurs ou les emplois obsolètes,

                        -faire de l’éducation pour tous et de la formation tout au long de la vie une priorité nationale,  

                        -soutenir les entreprises, faciliter leur création et leur permettre d’évoluer dans  un environnement propice à  leur développement,

                  -recentrer l’Etat sur ses missions essentielles, alléger les dépenses publiques,  limiter la réglementation en  permettant la libre négociation des acteurs sociaux, décentraliser les décisions, permettre la diversité des statuts et des modes de fonctionnement,

                  -assurer le plein emploi, faire de la flexisécurité la base de la politique sociale, avoir une politique d’immigration concertée et maîtrisée, favoriser l’insertion, l’égalité des chances ou  la « discrimination positive » et la cohésion sociale.

 

La plupart des forces de gauche ont des difficultés à répondre à  ces exigences, certaines, comme  en France, les ignorent à peu près toutes. Et c’est là qu’il faut chercher la raison de ces échecs répétés.  

La gauche se retrouve autour de quelques principes et modes d’action dépassés et qui ne peuvent en aucun cas répondre à la situation d’aujourd’hui : Augmentation constante des moyens, des dépenses publiques et donc des prélèvements, intervention maintenue voire accrue de l’Etat, difficulté à donner toute leur place à la  concurrence et aux initiatives,  poursuite des politiques d’assistance, refus des réformes structurelles de l’école, de la santé, de la protection sociale,  des retraites…incapacité à traiter avec réalisme des sujets comme la sécurité, l’intégration  ou l’immigration.

 

Alors, malgré cela, la gauche pourra de loin en loin remporter une victoire électorale nationale du fait d’un échec toujours possible du camp d’en face, d’un sentiment encore répandu qu’elle serait, plus que la droite ou le centre, attentive à la justice sociale, ou tout simplement du fait de la démagogie de ses propositions…Mais ces victoires ne peuvent être ni fréquentes ni durables. La rénovation profonde, idéologique et  programmatique de la gauche institutionnelle, comme le réexamen de ses alliances, sont plus que jamais nécessaires. Cela  a commencé dans certains pays, mais, en France, tout reste à faire…et ce sera long.

 

Marc d’Héré

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marc d Here 06/05/2008 09:46

Lourde défaite des travaillistes aux municipales en G.B......encore un échec pour la gauche européenne.

Jean-Pierre 18/04/2008 20:51

« Augmentation constante des moyens, des dépenses publiques et donc des prélèvements, intervention maintenue voire accrue de l’Etat, » La droite aussi a bien du mal avec ce schéma... Regardons notre gouvernement actuel se débattre et proposer d'économiser seulement 7 milliard d'euros en quelques années... Le pays a besoin d'une révolution de la pensée pour oser sortir d'un étatisme morbide.