En finir avec Mai 68? (1)

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Jean-Louis Caccomo m'adresse deux textes sur Mai 68.  Je ne suis pas forcément  d'accord avec tout ce que Jean-Louis écrit à ce sujet, notamment  sur cette première tribune...Mais, comme toujours, ses textes, qui refusent la langue de bois et portent le fer sur des points sensibles, me semblent convenir pour lancer un débat...


On n'a pas fini d'entendre parler des quarante ans de mai 68. J'avais 5 ans... Mais j'ai le souvenir que mon père, qui avait délaissé sa Sicile natale dans un état de désolation, ne comprenait guère ce qu'il appelait une révolte de petits bourgeois. Je ne reconnais qu'un seul mérite à ce mouvement, c'est d'avoir introduit en effet des espaces de liberté individuelle dans une société corsetée et rigide. Sinon, cette génération fut la génération des trente glorieuses, les précédentes ayant connu l'occupation, des guerres mondiales et des contextes de marasmes et de turbulences propices aux déchaînements de drames.
Avec le recul, la génération 68 fut bénie des dieux. Il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même sac, en collant une étiquette réductrice à toute une génération. Mais les leaders les plus charismatiques du mouvement de mai 68 ont mangé la soupe capitaliste des trente glorieuses dans laquelle ils n’ont eu de cesse de cracher au nom d’une critique hystérique du capitalisme révélatrice de leur ignorance fabuleuse des principes économiques. Ils ont connu la révolution sexuelle sans le sida. Ils ont rejeté des parents qui avaient connu les privations, la guerre et la souffrance. Ils ont laissé pousser des enfants sans cadre sous prétexte de ne rien interdire et d’expérimenter des méthodes pédagogiques progressistes. Ils ont profité de tous les acquis sociaux, s'empressant de partir aujourd’hui à la retraite (avec anticipation) avec le pactole et une espérance de vie en augmentation de sorte que la durée de vie à la retraite sera bientôt aussi longue que la vie active.
Qui paiera ? Les enfants et les petits-enfants pardi, lesquels vont hériter de dettes et d’impôts nouveaux !
Les porte-paroles de cette génération gâtée, non contents d’avoir profité de cette miraculeuse conjonction d’avantages, non contents d’être nés au bon endroit au meilleur moment, terrorisent toujours les âmes, imposent leurs valeurs et leurs références intellectuelles, font régner une police de la pensée inflexible qui ne tolère aucune contradiction.
Ils sont installés dans les murs de Radio-France où ils professent leur marxisme décalé, débattant doctement de la crise du libéralisme ou de la fin du capitalisme. Ils ont pris les rènes de l’université où ils formatent encore les esprits sans aucune préoccupation de la réalité qui vient pourtant chaque jour démentir leurs postulats erronés. Les mouvements lycéens et étudiants font désormais partie des rituels imposés.
Et ceux qui ont le malheur de ne pas de se conformer à ce format sont immédiatement traités de fascistes ou de réactionnaires. Avec eux, il n’y a pas de demi-mesure ! C'était cela aussi l'esprit de mai 68.
Et pourtant, ils devraient faire preuve de plus de modestie. D’abord, ils se sont plantés sur toute la ligne dans leur lecture de l’histoire, cautionnant les pires régimes politiques. Ensuite, ils vivent mieux que leurs parents alors que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une génération a été incapable de transmettre le flambeau de la prospérité, la croyant acquise. Et c’est sans doute parce qu’elle a été incapable de transmettre les facteurs de cette prospérité que sont le capital humain (c’est-à-dire principalement la confiance, la morale, la compétence et la connaissance du monde, de l’économie et de l’homme) et l’épargne. L’éducation nationale, qu’elle a proprement phagocytée, n’assure plus son rôle de transmission des connaissances. Elle a toujours condamné cette école « bourgeoise ». Pour elle, l’école doit « fabriquer des citoyens solidaires », entendez par là des moutons incapables de penser par eux-mêmes et de se débrouiller sans l’Etat-berger.
Quant à l’épargne, elle suffit à peine à supporter la charge de la dette publique. Dans ce contexte, que reste t-il pour l’investissement productif, pour le financement plus risqué de la recherche et de l’innovation sans lesquels aucune croissance ne saurait être durable ?
Quelle dignité peuvent avoir des parents qui laissent des factures à leurs enfants alors qu’ils ont eux-mêmes hérités d’un véritable trésor ? Car ils sont nés dans un pays riche et ils laisseront un pays en voie de sous-développement. Mais ils n’auront jamais le courage de l’admettre et ils sauront toujours trouver des boucs émissaires : c’est la faute au grand capital ! Diantre, quelle trouvaille pour ces esprits pétris de dialectique et ces experts en langue de bois. Par pudeur, au lieu de célébrer dans la rue cet anniversaire pittoresque, taisez-vous enfin, laissez la place à d’autres, prenez votre retraite, profitez encore de vos vieux jours, mais de grâce, cessez de donner des leçons !

Jean-Louis Caccomo

Publié dans Réflexion politique

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marc d Here 15/04/2008 18:13

Réitérez tant que vous voulez je ne vois pas en quoi mon salaire résenterait le moindre intérêt pour ce qui nous occupe...Mais ne vous en privez pas, réiterez....réiterez...Les accords de Grenelle ont dans un premier temps bénéficié aux ouvriers et aux employés (que vous oubliez!) mais cela a vite été repris par l'inflation puis par le chômage....Finalement la situation ne s'est guère améliorée.....Et sans aucun mépris je ne pense pas que cela ait été profitable. 

sergiozz 15/04/2008 17:34

D'accord avec vous pour dire que la CGT était en opposition avec mai 68 parce que son but n'était pas le renversement du régime. Vous n'assimilez pas la CGT aux ouvriers, mais admettez que ce sont les ouvriers qui ont bénéficié des accords de Grenelle grâce aux augmentations des salaires. Vous avez bien écrit que les accords de Grenelle étaient la cause des dérives (quelles dérives d'ailleurs ?) alors qu'il s'agissait de revendications légitimes pour un meilleur partage des richesses entre les salariés et le capital. Donc je réitère ma question : combien gagnez-vous par mois pour oser critiquer des accords qui amélioraient la vie des ouvriers en France ?

marc d Here 15/04/2008 15:55

Je n'assimile pas les ouvriers à la CGT qui en représente moins de 10%! La CGT était effectivement en opposition au mouvement de mai 68.

sergiozz 15/04/2008 15:50

"C'est la CGT (ennemi de 68) qui a voulu et signé les accords de Grenelle, en grande partie responsables des dérives qui ont suivi..."les ouvriers apprécieront, très facile d'accuser les ouvriers des dérives lorsqu'on fait partie des privilégiés de la société. Vous pouvez nous dire combien vous gagnez par mois ?!

marc d Here 15/04/2008 09:30

Je partage une grande partie de ce qu'écrit Jean-Louis Caccomo....Je voudrais pourtant faire deux remarques: Je reconnais bien volontiers les aspects néfastes de Mai 68, notamment pour ce qui concerne l'éducation, mais cette période a eu aussi des aspect positifs,  en 'libérant" une société bloquée, fermée, sclérosée et qui ne pouvait pas continuer sur les mêmes rails. Libération des moeurs bien sûr, mais aussi d'une manière plus générale libération de la société: les progrès de la liberté d'expression que ce soit dans la presse, dans l'audiovisuel, dans l'art...ont été évidents et bienvenus après 68.  Des mouvements comme l'écologie et la protection de l'environnement (dont on peut regretter les dérives, mais dont on doit aussi saluer la transformation qu'ils apportent) le féminisme ou le combat pour l'égalité hommes/femmes, la démocratie participative, les nouvelles expressions syndicales, l'engagement dans la vie associative, sont en grande partie des prolongements de mai 68. Comme l'ont été le développement en politique ou en économie de la  valeur d'initiative, bien décriée en France. Et puis, plus important encore, avec des déviations et des erreurs, mai 68 a fondamentalement été un mouvement anti stalinien, et même anti marxiste.....Le déclin du communisme en France et au delà (car l'esprit de 68 se manifestait au même moment dans plusieurs pays) est aussi dû à mai 68.  ET  c'est  en liaison avec cet esprit de 68, que  les premières fissures dans le rideau de fer ont commencé à apparaître (Prague puis Solidarnosc.....). Deuxième remarque, on ne peut accuser de tous les maux une "génération", plus diverse qu'il n'y parait, y compris dans le mouvement de 68 lui-même, et par la suite. Notamment accuser la génération de 68 d'avoir creusé les déficits et la dette me semble inexact: C'est la CGT (ennemi de 68) qui a voulu et signé les accords de Grenelle, en grande partie responsables des dérives qui ont suivi...C'est contre Rocard (enfant de 68) que le programme commun des Mitterrand et Marchais (adversaires résolus de 68, dont ils étaient à mille lieues de comprendre l'esprit) a provoqué les dégats économiques et financiers que l'on sait. Et cela s'est prolongé avec des équipes qui pour la plupart n'avaient rien à voir avec l'esprit de mai ( Fabius!, Chirac, Balladur, Juppé, Jospin et encore Chirac..... )Voilà de manière un peu caricaturale une "défense" de mai 68qui ne vient pas contredire le texte de Jean-Louis Caccomo, car je partage beaucoup de ses constatations et critiques mais qui veut montrer que comme toujours il y a une autre face, qu'il faut  aussi considérer.