Handicapés, une attente légitime

Publié le par Xavier Bertrand, Valérie Létard. Le Monde 09 04 08

Par Xavier Bertrand et Valérie Létard....
Le Monde

 

Pendant très longtemps, pendant trop longtemps, les personnes handicapées ont eu le sentiment d'être les oubliées de la politique de la solidarité dans notre pays. La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, a symbolisé le point de départ d'une véritable politique du handicap dans notre pays. Elle a surtout permis de changer l'essentiel : le regard que notre société porte sur le handicap.

Cette loi, qui est une loi jeune et ambitieuse, a suscité beaucoup d'attentes, et d'espoirs. Ces attentes, ces espoirs, sont légitimes ; ils ont été exprimés avec force et dignité par les milliers de manifestants du 29 mars.

Ils sont légitimes, car il y a encore beaucoup de chemin à faire, pour que les personnes handicapées puissent se déplacer, travailler, vivre comme tout le monde. Le président de la République, qui s'était fortement engagé sur ces sujets pendant la campagne, et le gouvernement en ont pleinement conscience. C'est pourquoi, depuis dix mois, nous avons entrepris une action résolue, dans tous les domaines de la politique du handicap : je pense à l'action que nous avons menée sur l'accessibilité des établissements publics ou encore à la scolarisation des enfants handicapés.

Cette action, nous allons la poursuivre dans tous les champs de la politique du handicap. Car nous le savons bien : tant qu'une mesure n'est pas entrée dans le quotidien des Français, elle n'existe pas pour eux. Et le délai qui existe aujourd'hui entre la prise de décision et l'action, les personnes handicapées le ressentent encore plus que les autres. C'est pourquoi il est de notre devoir d'aller plus loin, et plus vite, sur des questions essentielles à l'amélioration de leur vie quotidienne, et particulièrement sur leur pouvoir d'achat et leurs ressources.

Le président de la République l'a confirmé le 25 mars à Tarbes : l'allocation adulte handicapé sera revalorisée de 5 % sur l'ensemble de l'année 2008. Et, bien évidemment, nous atteindrons les 25 % de revalorisation d'ici à la fin du quinquennat. C'est là encore une question éthique, de solidarité, mais aussi d'efficacité économique et sociale : nous savons que cette augmentation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), nombre de handicapés l'attendent pour améliorer leur niveau de vie, pour assurer leurs dépenses quotidiennes.

Mais nous savons aussi une chose : cette augmentation ne suffit pas, à elle seule, à répondre à la question de leur pouvoir d'achat. Elle ne peut plus être conçue indépendamment de la question de l'accès et du retour à l'emploi. C'est pour cette raison qu'il nous faut adopter une politique qui permettra à la fois d'améliorer leurs ressources mais aussi de faire du sur-mesure dans l'accompagnement vers l'emploi et la formation. C'est une question de dignité et une condition fondamentale pour leur pleine intégration dans la vie de la cité.

C'est pourquoi, comme l'a annoncé le président de la République, l'un des axes forts de la conférence nationale qui se tiendra le 10 juin sur le handicap, et qu'il présidera, sera la mise en place d'un pacte pour l'emploi des personnes handicapées. Pour elles, comme pour tous les Français, nous voulons que leur travail soit valorisé, et que l'ensemble des freins à l'emploi soient levés. Il est par exemple inacceptable qu'il y ait des critères qui empêchent de bénéficier de l'AAH alors qu'on s'est engagé dans une démarche d'emploi.

Nous voulons une amélioration des ressources pour tous, et un accès ou un retour à l'emploi facilité pour ceux qui le peuvent. Pour cela, nous voulons réfléchir à toutes les mesures qui permettront de faciliter, mais aussi d'encourager et d'accompagner les personnes handicapées comme les entreprises dans cette démarche. Car, si les personnes handicapées rencontrent de nombreuses difficultés dans l'accès à l'emploi, qui vont de la question des qualifications et de la formation à l'accessibilité des locaux professionnels, les 23 000 entreprises qui n'emploient aucun travailleur handicapé ne sont pas toutes dans une démarche fermée ; beaucoup voudraient embaucher, mais ne savent pas comment procéder ou ne parviennent pas à recruter dans leur secteur. Ce pacte sera donc conçu dans une logique d'action, d'incitation, mais aussi d'accompagnement de tous les acteurs, chercheurs d'emploi et employeurs, pour faire progresser l'emploi des personnes handicapées.

Cette conférence nationale pour le handicap, la première du genre, sera bien évidemment préparée en liaison avec tous les acteurs concernés, dans la concertation et la transparence, à l'instar du travail partenarial que nous effectuons avec eux au sein du comité de suivi de la loi handicap que nous avons créé le 23 octobre 2007.

Aujourd'hui, le handicap se regarde en face, et les solutions adaptées s'imaginent ensemble, avec ceux qui le connaissent au quotidien. Nous mesurons le chemin qui reste à parcourir, et que nous allons parcourir rapidement, ensemble. Il est impensable que le taux de chômage des personnes handicapées soit aujourd'hui encore de 17 %, alors que le taux de chômage de l'ensemble de la population active est de moins de la moitié, et baisse régulièrement.

Il nous faut donc agir en partenariat avec tous les acteurs, associations, employeurs, entreprises, acteurs institutionnels. Cette action, nous la conduirons dès cette année, au nom de la solidarité, qui est au fondement des valeurs de notre République, et qui nous interdit d'attendre plus longtemps pour faire changer concrètement, et durablement, le quotidien des personnes handicapées.


Xavier Bertrand est ministre du travail.

Valérie Létard est secrétaire d'Etat chargée de la solidarité.

Article paru dans l'édition du Monde du 09.04.08.

Publié dans Economie et social

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marc d Here 10/06/2008 12:16

Nicolas Sarkozy a annoncé aujourd'hui une réforme de l'Allocation adulte handicapé (AAH), "attribuée parfois de manière arbitraire" et "inadaptée" à ceux qui peuvent travailler, à l'ouverture de la conférence nationale sur le handicap à Paris.L'AAH doit devenir, a indiqué le président de la République, "un tremplin pour les personnes handicapées qui peuvent travailler"."Je souhaite, a-t-il dit, que toute demande de perception de l'AAH soit l'occasion pour la personne concernée de bénéficier d'un examen non plus seulement de ses incapacités, mais aussi de ses capacités, et donc de son employabilité".Par ailleurs, le chef de l'Etat a annoncé que le barème sera "refondu" et "précisé", pour rendre l'AAH "plus homogène sur le territoire" mais aussi pour mieux distinguer "ceux qui peuvent travailler et ceux qui en sont incapables sans mettre en danger leur santé", ces derniers devant bénéficier "en priorité" de l'allocation.Source : AFP
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marc d Here 10/04/2008 14:04

Je souhaite que les associations de handicapés entrent dans ce dialogue proposé par le gouvernement. Ce serait certainement de l'intérêt de tous.