Débat caricatures 1

Publié le par Divers IES

Comme pour le CPE, nous ouvrons le débat sur les caricatures par un « article composé », fait de trois prises de position successives. Il sera suivi, dans quelques jours d’un deuxième article. 

 

 

 

  

DEBAT CARICATURES 1

 Ces caricatures alimentent l'anti-islam primaire, souvent synonyme de racisme. Il n'empêche que ce débat et les réactions suscitées (je mets de côté les postures des media...) montrent combien il est difficile aujourd'hui de parler en France de l'islam de manière apaisée, surtout dans un contexte international explosif.

 Traiter l’islam comme les autres religions, dans le cadre d’une société laïque, où la pensée et la parole sont libres.

Ne peut-on pas ne pas souscrire à certaines valeurs musulmanes sans être taxé de raciste? Ne peut-on pas condamner l'appel au djihad qui, malgré certaines lectures soufies extrêmement progressistes, est présent dans le Coran? Ne peut-on pas lutter contre la soumission de la femme, elle aussi présente dans les textes ?  La France a conquis sa laïcité en luttant. Beaucoup se sont opposés à une religion pourtant majoritaire. Il doit en être de même pour l'islam. La liberté de conscience, la libre pensée, doivent avoir autant le droit de s'exprimer face à une religion majoritaire que face à une religion minoritaire. Ce n'est pas parce que certains utilisent la liberté d’expression comme prétexte pour vendre en jouant sur la corde raciste souvent sous-jacente que cette lutte doit être discréditée. La liberté de la presse, c'est pas gagné (ni en Occident avec la censure et l'autocensure, et encore moins dans les régimes autoritaires) ! En France, nous devons être inflexibles : ici, l'expression est libre, même si ça heurte des convictions religieuses. N’oublions pas que « la dernière tentation du Christ » n’a pas été interdit… Ici, la religion relève de la sphère privée. Ici, la femme est l'égale de l'homme et l’on ne lui impose pas le voile.

Représenter Dieu est un blasphème chez les musulmans. Dans une société où la caricature a toujours joué un rôle politique, ceci est problématique. Ce n'est pas, je le répète, parce que certains ont utilisé cela pour provoquer et assimiler tout musulman à un terroriste que le débat doit être étouffé.

 Une provocation malveillante et un racisme souvent sous-jacent.

 Ces caricatures posent toutefois un problème spécifique : certaines mettent en scène le prophète, pas les imams appelant à la haine ou les terroristes. Or, il y a un interdit spécifique à ce sujet dans le Coran. Les dessins étaient une provocation assez malveillante ou à visée mercantile.

Oui à la liberté d'expression, mais pas par n'importe qui ni n'importe où. Nous devons aborder les problèmes sans tabous, mais sans non plus recourir aux raccourcis très dangereux et puants véhiculés par le politiquement incorrect décomplexé qui finit par essayer de faire croire que quand on parle de délinquant, faut appeler un chat un chat...persan. Mais toutes les réactions ultra violentes (ambassades brûlées, appels au meurtre) à ces caricatures, donnent envie aux malveillants, anticléricaux, apôtres de la liberté de la presse -et journaux en mal de lecteurs- d’en faire encore plus...C’est le cas aujourd’hui : tous les journaux reprennent des caricatures et attisent, ainsi, le conflit. Les media français fréquentables passent leur temps à rappeler la distinction islam/islamisme pour éviter un débat de fond qui serait utile à tout le monde. Pour mieux connaître l'islam, mieux exprimer les éventuelles contradictions avec certaines valeurs libérales. Pour éventuellement souligner que sur certains points certains musulmans doivent lâcher du lest.

 Le débat sur la compatibilité entre l’islam et les valeurs européennes doit avoir lieu, sans tabous ni amalgames racistes.

 Parlons du fond, pas des étiquettes qui appauvrissent la pensée. Je me rappelle d'un "débat" Dantec-Chebel chez Ardisson. Dantec (il n’est pas ici question de ses accointances douteuses) se montrait clairement catholique et hostile à certains principes de l'islam. Il prenait des arguments précis issus du Coran. Exprimait sa gêne face à un djihad présent dans les textes ainsi que sur la position de la femme dans la société. Etait dubitatif quant à la cohabitation possible de l'islam et des valeurs occidentales pluralistes et libérales. En insistant notamment sur une idée qui m'interpelle : il faut être extrêmement progressiste pour que les deux soient compatibles, puisque le Coran contient lui-même tout un système de droit précis et écrit, la Charia , qui détermine les peines applicables à tel ou tel agissement. En soulignant que l'interprétation soufie du djihad (lutte intérieure) était extrêmement minoritaire et ne correspondait pas à la lettre du Coran, qui l'envisagerait explicitement comme une guerre physique contre les impies. Il voulait débattre, argument contre argument. Réponse finale de Chebel : vous ne parlez par arabe, vous ne pouvez donc pas parler du Coran. Pitoyable.

L’article d’Abdennour Bidar dans Le Monde du 7 février délivre une vision très instructive des préjugés dont tout le monde doit se débarrasser pour faire avancer le débat et le vivre ensemble : d’un côté (européen) comme de l’autre (musulmans d’Europe), on s’enferme dans une vision essentialiste de l’islam. Des européens « de souche » qui prétendent que les musulmans constituent une communauté homogène. Face à eux, des musulmans européens qui se figent dans le mythe fondateur d’ « un seul vrai islam », dogmatique, en contradiction avec leurs pratiques libérées. Les deux doivent accepter la réalité, qui est celle d’un islam européen individualisé, « occidentalo-compatible ». Les esprits doivent s’ouvrir à la réalité.

 Un choc des civilisations ? Non, une lutte identitaire aux causes politiques et sociales.

Le « choc des civilisations » semble prendre chaque jour plus de substance. Ou comment une prophétie s'auto réalise.

Les occidentaux, en position de force, doivent cesser de craindre une religion qui prône l'hospitalité et la charité. Nous devons accepter que l'attraction des partis "islamistes" du monde arabo-musulman (qui, à la différence des autocrates, s'occupent concrètement du peuple) n'est pas liée au fanatisme musulman mais à des aspirations sociales réelles.

Finalement, il n'y a qu'une chose à espérer : que le monde arabo- musulman se développe et que ce développement profite à tous. Que les "arabes" de France soient vraiment intégrés, par des esprits débarrassés de leurs préjugés -éventuellement aidés en cela par une discrimination positive volontariste.

C'est dans la pauvreté, la corruption, l'injustice sociale et l'humiliation que le peuple se radicalise. Qu’il retrouve fierté et espoir dans des discours extrémistes. Je ferais volontiers un parallèle entre la situation au Moyen-Orient et celle de l'Allemagne qui a porté les nazis au pouvoir.

 A quand Jérusalem capitale du monde, avec une police exercée par l'ONU? A quand une Europe qui joue son rôle dans une vraie démocratisation pacificatrice du Proche Orient ? Ah, si l'Europe était forte...

 

 Charles André

 

 

 

 

 

 La définition de la religion par  Cicéron a l’avantage de la sobriété: “La religion est le fait de se soucier d’une certaine nature supérieure qu’on appelle divine et de lui rendre un culte”. Il y a dans cette définition reprise par Régis Debray dans son ouvrage ‘Dieu, Un Itinéraire’ publié aux éditions Odile Jacob, la distinction, presque physique, entre  l’immanence (vous et moi) et la Transcendance , c’est-à-dire ce qui est au-dessus de nous: L’Ancien Testament et le peuple Juif, le Nouveau et le peuple Chrétien, la Constitution des Etats-Unis d’Amérique et le peuple américain, le Coran et les musulmans. Ici, nous sommes donc invités à “croire en quelque chose” pour rester “quelqu’un”, parlant de “quelque part”, pour reprendre les mots de Régis Debray. Or nous devons comprendre et accepter avant d’aborder l’actualité internationale, désespéramment inquiétante, qu’il y a en nous l’homme qui croit et l’homme qui sait (son alter ego). Notre république, laïque et sociale (Article 1 de la Constitution Française ), assure la cohérence des hommes et des femmes qui savent. Qu’en est-il de ceux qui croient? 

 En ces jours de grand dérapage caricatural, l’appel aux mots d’apaisement semble superflu. La montée de la violence réactionnelle, émotionnelle, que certains qualifieront de spirituelle, signale le départ d’une nouvelle course, non pas à l’armement mais à la ‘civilisation’. Car  on peut se demander s’il ne s’agit pas  ici du ‘choc’ des civilisations: global, irrationnel et donc dangereux.

 Les marches non violentes faisant appel à la violence affichée au coeur même de Londres, les mots durs du chef du gouvernement palestinien du Hamas vis-à-vis du monde occidental en général, le refus du président Mahmoud Ahmedinejad d’ouvrir les portes de l’Iran aux experts afin de dissiper le simple doute sur son programme nucléaire, sont trois illustrations du nouveau danger que court la Liberté , comme si celle-ci se trouvait soudainement encerclée.

 La destruction de l’ambassade du Danemark à Beyrouth est l’épitomie sacrificielle nécessaire à la résolution de l’affaire Jyllands-Posten qui coûtera cher à l’économie danoise si l’on tient compte du boycottage de ses produits dans la sphère musulmane. La liberté de publier  doit-elle s’arrêter là ou celle de la foi commence. Cette limite moyenâgeuse est hautement invisible pour les républicains et les modernes, post Renaissance, même religieux, d’aujourd’hui. Nous avons vécu assez durement cette ‘guerre’ des conventions au début du XXème siècle en France avec la laïcisation de l’Education. L’Angleterre a choisi quant à elle d’assimiler le leadership religieux à la royauté. La reine, garante de l’unité du Royaume-Uni est aussi la représentante de l’église anglicane. Cette solution à l’avantage de présenter une certaine cohérence de l’attitude nationale vis-à-vis des  changements radicaux en cours au sein de la société Britannique. L’ennui ici réside dans la nécessité de conformisme.

L’Europe, avec  son désir d’accompagner le destin de près de 500 millions de citoyens vers la modernité est, à mon avis, une fois de plus, une solution pour sortir de cette déflagration permanente entre l’expression des différentes communautés qu’elles soient religieuses, sociales ou bien culturelles. La modernité de l’Europe pourrait trouver ici matière à expression à travers une charte  de la Liberté , de la Démocratie et de l’Innovation, qui servirait aussi de préfiguration à l’établissement d’une constitution simplifiée, et acceptée par tous nos concitoyens.

Patrick Papougnot

 

 

 

 

 

 

Les évènements liés à la publication des caricatures du prophète Mohammed prennent une tournure démesurée. La réaction d'une partie de la population dans certains pays musulmans est sans mesure, hypocrite au point que l'on peut se demander si elle n'est pas soutenue par quelques mouvements intégristes, voire par le pouvoir en place, qui cherchent à s'affirmer alors qu'ils n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent, et aucun autre moyen d'action. La population des pays arabes, dans son ensemble, paraît avoir plus de distance avec la publication. De nombreux musulmans, même touchés ou sincèrement choqués, ont des réactions modérées. Doit-on voir alors, dans la réaction de violence une réaction face à une mondialisation de la sphère médiatique et de l'opinion publique et en quelque sorte à "l'ingérence médiatique", ou avons-nous affaire à des groupes extrémistes et violents à la vision "absolutiste" et totalitaire?  Je penche vers la deuxième solution.

Les vagues de violence à l'encontre des consulats ou des ressortissants  de pays occidentaux relèvent d'un autre malaise, sûrement plus politique que religieux. Car il y aurait tout autant à critiquer les caricatures  parues dans la presse de certains de  ces pays à propos des juifs, tout comme il y aurait à critiquer les dessins souvent obscènes qui paraissent dans nos pays et s'attaquent à la religion chrétienne et à d'autres communautés (dont les politiques!). Dès lors, il n'y a aucune raison de se plier  politiquement à ces groupes en leur donnant raison ou en se prêtant à des excuses. Même si on peut déplorer la provocation peu responsable du caricaturiste, la liberté de la presse et la liberté d'expression restent les fondements de la démocratie, et on ne peut admettre une intervention politique qui nous ferait revenir au temps des lois sur le blasphème.     

Laurent Py

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Andy Arleo 16/02/2006 20:49

Certaines caricatures publiées dans la presse danoise ainsi que d’autres publiées récemment dans Charlie Hebdo ont sans aucun doute choqué de nombreuses personnes dans le monde, et non seulement des musulmans. D’autres images, comme l’œuvre de Andres Serrano, Piss Christ (1987), où l’on voit le Christ sur une croix aspergé par des gouttes d’urine, ont également choqué une partie de la population.

 

Notons en premier lieu que personne ne nous oblige à lire France Soir ou Charlie Hebdo, ou d’assister à une exposition artistique qui risque de heurter ses convictions. Lorsqu’on achète une revue satirique on sait très bien que l’on s’expose à des propos qui sont par nature provocants. Avons-nous envie de vivre dans une société où les propos choquants pour les croyances  d’un individu ou d’un groupe soient interdits ? 

 

On entend souvent la phrase « Je suis pour la liberté d’expression, mais on doit respecter les croyances des autres ». Or, le principe même de la liberté d’expression est de défendre le droit d’émettre des messages minoritaires, choquants, impopulaires, irrespectueux, voire extrêmistes. A quoi bon défendre le droit d’exprimer des opinions convenues, modérées, respectables et respectueuses ? 

 

Rappelons que la conquête de la liberté d’expression a été le résultat d’une longue lutte dans diverses parties du monde, et pas seulement dans le monde occidental. C’est une valeur fondamentale à vocation universelle pour laquelle de trop nombreuses personnes ont combattu et continuent de combattre, ici et ailleurs, y compris dans les pays de culture musulmane. Qui oserait dire à un dissident chinois, cubain ou tunisien que la liberté d’expression est un droit « occidental » et ethnocentrique, un luxe des citoyens des pays « riches » ?  Comme l’abolition de l’esclavage, de la torture et de la peine de mort, il s’agit de d’une exigence qui repose sur une éthique universelle, qui reste à inventer, mais qui est permise par l’évolution de l’espèce (un cerveau capable de symboliser notamment à travers le langage) ainsi qu’une longue évolution culturelle qui n’est pas l’apanage de l’Europe. Aujourd’hui, remercions nos amis danois, et d’autres dans le monde, qui ont eu le courage de défendre la liberté d’expression face à un esprit d’intolérance de plus en plus répandu.

 

Laurent 11/02/2006 12:51

On peut décréter une capitale, mais on ne décréte pas un monde, encore moins un monde habité et habité ensemble.
 
Mais revenons en aux caricatures...
et à l'utilisation qui en est faite.

Benoit SILVAIN 11/02/2006 11:05


J'ai beaucoup apprécié l'article de Charles André sur les caricatures sauf sa dernière proposition: " A quand Jérusalem capitale du monde, avec une police exercée par l'ONU? "
 

Je crois qu'il faut laisser Jérusalem Ouest devenir la capitale d'Israël et Jérusalem Est celle d'un état palestinien.  N'allons pas leur imposer l'ONU, comme s’ils ne pouvaient pas devenir 2 états responsables. Le symbole de 2 capitales israélienne et palestinienne jointives est très positif.
 

Je propose pour ma part de transférer le siège de l'ONU à Jéricho, 1ère ville de l'histoire de l'humanité, avec la création d'un aéroport international. Ceci serait un moyen de dynamiser l'économie palestinienne, d'effacer la douleur de la partition de 1948 par l'ONU, de montrer aux peuples arabes qu'ils sont l'égal du monde occidental.
 

Quel symbole que de déplacer le siège de l'ONU de New York à Jéricho et de l'inaugurer un 11/9 !
 
 
 
 

jm Bouquery 11/02/2006 08:46

POUR LA NON-DISCRIMINATION
Si dieu existe tout est permis, sacrifice ou meurtre, en Irlande ou en Irak, en commençant par la caricature de l'humain voisin, l'horizon passé et futur est toujours, partout, la guerre civile...Le problème n'est pas une religion là et maintenant mais la et les religions, chacune sa révélation, chacune révèlatrice de cette négation ou de ce mépris de notre réalité terrestre qui - naturellement - vise d'abord la femme, accouplante, reproductrice, donc coupable.
Alors raisonnons, la caricature ne serait elle pas le moindre moyen de self-défense du libre-penseur pacifiste ? Oui, sans doute, encore faut il qu'il y ait eu menace sinon attaque, peu visible à Copenhague ! Caricaturer c'est forcer le trait, ça parait de douce guerre, pour les locaux, contre certains évangélistes aux usa ou imams au moyen orient, malheureusement à leurs risques et périls. Et ici, chez nous, une petite piqure de rappel sera de bonne hygiène, mais contre toutes les variantes du virus.
Pas de racisme face à l'influenza, espagnole, asiatique ou aviaire. Pas d'allumette sur l'huile ici, pas d'huile sur le feu là bas. Oui à la caricature de l'unique et de l'ensemble de tous les porteurs de robe qui l'encensent et nous déshumanisent, non à celle d'une seule maison de ses seuls top modèles. Au passage ça me parait être le vrai esprit du haras des courroux , des charlots hebdi et autres libres palmipèdes. Attention au vaticlan des mitrés qu'on a vu remuer dans Paris.                                                                  Jean Marie