Daniel Cohen:"Trichet devrait assouplir la politique monétaire"

Publié le par Le Monde

Pour poursuivre le débat « monétaire » ouvert par Jean-Louis Caccomo, avec son article « l’étau des taux », cette opinion de Daniel Cohen, dans le Monde daté 2 avril

 

Sommes-nous désormais  dans une crise financière grave,  profonde, durable ?

Aux Etats-Unis, c'est une des crises les plus sévères, jamais enregistrées par ce pays depuis la seconde guerre mondiale. L'ancien président de la Fed, la Banque centrale américaine, Alan Greenspan, disait que c'est la crise la plus sévère jamais enregistrée depuis 1945. D'une certaine façon, elle fait penser à 1929, car le système financier américain implose sous nos yeux.

On voit la cinquième banque américaine faire faillite, être achetée par son concurrent pour un franc symbolique, on voit des centaines de milliards de dollars injectés tous les jours sans que le système financier ne semble réagir. Nous sommes vraiment dans ce que l'un des économistes appelait "l'étape 3". Ce qu'on a fait pour sauver les banques de la crise ne suffit plus.

La globalisation du système financier rend-il la crise impossible à contrer ?

La globalisation du système financier fait qu'une crise aux Etats-Unis, née d'une bulle immobilière, peut parfaitement traverser l'Atlantique de manière virtuelle, immatérielle, car la peur de faire des investissements risqués aux Etats-Unis se retrouve chez nous. Alors que la situation économique européenne n'est ni brillante ni mauvaise, l'importance de ce virus financier va bloquer notre intermédiation financière. On voit déjà les entreprises payer beaucoup plus cher le crédit. D'après une enquête de la Commission européenne, nous avons augmenté en moyenne de 2 % de son point de base le coût du financement des grandes entreprises. Alors qu'elles n'y sont pour rien.

Le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a-t-il pris les bonnes mesures ?

Si on le laissait tranquille plus souvent, peut-être qu'il ne sentirait pas sans cesse obligé de démontrer son indépendance, y compris en prenant des mesures qui peuvent être jugées extravagantes (...). Pour rassurer sur la capacité de réaction de la Banque centrale à une crise financière, Trichet devrait assouplir la politique monétaire. Car il risque de se trouver dans une situation ridicule où il va maintenir des taux d'intérêt au niveau actuel pendant toute l'année 2008 pour finalement les baisser à la fin de l'année.

Une politique de relance est-elle possible ?

Nous sommes dans la zone euro et nous sommes tenus par le pacte de Maastricht. Faire de la relance avec un déficit de départ à 2,7 ferait exploser le cadre de Maastricht. La bonne politique, c'est un mix entre la politique budgétaire et la politique monétaire. C'est ce qui manque depuis le départ à la zone euro : un cadre qui permette à la politique budgétaire et monétaire de coordonner leurs interventions quand c'est nécessaire.

 

Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué, Thomas Hugues et Stéphane Paoli

Article paru dans l'édition du Monde du 02.04.08.

Publié dans Economie et social

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marc d HERE 13/04/2008 18:03

Sébastien, voir l'article "Handicapés, une attente légitime".

Sébastien 03/04/2008 10:20

http://www.latribune.fr/info/Handicapes--les-associations-restent-sur-leur-faim-apres-la-rencontre-avec-Xavier-Bertrand-610-~-AP-SOCIAL-HANDICAPES-GOUVERNEMENT-$Db=News/News.nsf-$Channel=Economie-$SubChannel=France