Christine Lagarde: "Nous ferons ce que nous avons toujours dit"

Publié le par Le Parisien

Christine Lagarde : « Nous ferons ce que nous avons toujours dit »

Propos recueillis par Jannick Alimi et Béatrice Madeline

lundi 31 mars 2008 | Le Parisien

 

Face aux inquiétudes, le gouvernement affirme sa détermination à poursuivre les réformes engagées et refuse de parler de plan de rigueur. La ministre de l'Economie confirme aussi la prochaine généralisation du livret A.

«UN TROU d'air ». C'est par ces mots que le Premier ministre, François Fillon, a consenti à reconnaître, sur TF 1 hier soir, que l'économie française connaissait une conjoncture particulièrement tendue. Le déficit budgétaire pour 2007 a été révisé à la hausse en fin de semaine, de 2,4 % à 2,7 % du PIB, tandis que les hypothèses de croissance pour l'année 2008 ne dépassent pas 2 %.

François Hollande a accusé le gouvernement de « dissimulation » sur la situation économique réelle du pays, tandis que Laurent Fabius a déclaré qu'on « enfumait » les Français . A Bercy, Christine Lagarde, qui prépare pour la fin du mois sa deuxième loi sur l'économie, réfute toute idée d'un « plan de rigueur ».

Une polémique se fait jour entre le gouvernement et l'opposition sur les raisons de la dérive des finances publiques. Quelle est votre analyse sur l'augmentation du déficit ?

Christine Lagarde.
Ce dérapage provient essentiellement des dépenses des collectivités locales. Elles n'ont pas fait preuve de la même maîtrise que l'Etat, notamment sur leurs effectifs. Je le répète, le déficit budgétaire, lui, a été tenu et les comptes de la Sécu ont été moins mauvais que prévu.

Des voix s'élèvent notamment à gauche pour estimer que les 15 milliards du paquet fiscal ont été mal dépensés...

Je connais la thèse des socialistes. C'est toujours plus facile après coup de réécrire l'histoire. Je crois que les Français qui deviennent propriétaires, et je souhaite qu'il y en ait plus, sont heureux de bénéficier du crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt ! Et je préfère mettre 5 milliards d'euros pour mieux rémunérer les heures supplémentaires que 13 milliards d'euros par an pour payer les 35 heures. Je ne regrette absolument pas cette loi. Je souhaite même que l'on aille plus loin en avançant sur le décontingentement du nombre d'heures supplémentaires.

« La loi reprendra 36 des 316 propositions du rapport Attali »

Faut-il un plan de rigueur ?

Nous ferons ce que nous avons toujours dit : une gestion rigoureuse et des réformes ambitieuses. Nous sommes sur la bonne voie. La fusion de l'ANPE et des Assedic attendait depuis vingt ans : je l'ai fait voter. Le chômage est au plus bas depuis vingt-cinq ans. Je souhaite même que l'on prenne le risque d'accélérer les réformes. Pour 2008, il n'y aura ni révision budgétaire massive ni coupe sombre. Nous allons poursuivre une gestion rigoureuse des finances publiques, poursuivre les réformes en profondeur de l'économie. Si en 2008 la croissance reste atone, alors le budget 2009 devra en tenir compte.

La future loi de modernisation de l'économie pourra-t-elle relancer la machine ?

Cette loi sera présentée en Conseil des ministres fin avril. Elle a pour objectif de libérer l'entreprise et tout une série de verrous qui empêchent le jeu de la concurrence ou freinent l'économie dans son développement. Par exemple, les dispositions sur les négociations dans la grande distribution feront baisser les prix à la consommation. Cette loi créera aussi un régime simplifié et libératoire de prélèvement fiscal et social, qui permettra aux entrepreneurs - soumis au régime fiscal de la micro-entreprise - de ne commencer à payer des charges et des taxes que lorsqu'ils feront du chiffre d'affaires, et pas avant.

Libérer l'économie et réformer, c'était aussi l'objectif du rapport Attali, qui semble pourtant avoir du mal à passer ?

La loi de modernisation de l'économie reprendra 36 des 316 propositions du rapport Attali. Dans le débat, on s'est focalisé sur les taxis et les coiffeurs. Il n'est pas question d'éliminer les propositions qui ont été faites, mais il faut modifier la réglementation, en dialoguant avec les professionnels.

 

Propos de Christine Lagarde recueillis par Jannick Alimi  et Béatrice Madeline pour le Parisien.

 

Publié dans Vie politique

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marc d Here 05/06/2008 18:26

Christine Lagarde n'a pas résisté au plaisir d'annoncer les bons chiffres, un peu plus tôt que prévu, sur France Info. Le taux de chômage a en effet baissé à 7,2% de la population active en France métropolitaine en moyenne au premier trimestre 2008 (-0,2 point par rapport au précédent trimestre) et à 7,5% si l'on inclut les départements d'outre-mer (Dom), selon des chiffres publiés jeudi par l'Insee. (AFP)Nicolas Sarkozy est en passe de réaliser sa promesse de ramener le chômage aux alentours de 5%, d'ici la fin de son quinquennat.

marc d Here 01/04/2008 09:14

Le gouvernement va geler les dépenses publiques pendant cinq ans, conformément aux engagements de campagne de Nicolas Sarkozy, mais n'entend pas remettre en cause le Revenu de solidarité active (RSA), a déclaré le Premier ministre François Fillon.
 
"C'était un engagement pris pendant la campagne présidentielle avec Nicolas Sarkozy : on va geler les dépenses publiques pendant cinq ans. Si on a un peu de croissance et qu'on fait des réformes de structure, au bout de cinq ans on aura retrouvé une situation d'équilibre", a expliqué le chef du gouvernement, interrogé sur France Inter au sujet des déficits budgétaire et public de la France.source Reuters