Faut-il croire à l'Union pour la Méditerranée (2)

Publié le par Le Figaro

Suite du débat proposé par Le Figaro, entre Henri Guaino et Pascal Boniface...


Le projet d'Union pour la Méditerranée a-t-il été édulcoré par le compromis intervenu, début mars, entre la France et l'Allemagne ?
 
Henri Guaino - Je ne le crois pas. Ce compromis offre même la possibilité d'aller plus vite et plus loin que ce que nous avions espéré car, d'emblée, les moyens seront plus importants. Le but était de jeter les bases d'un partenariat à égalité entre les pays riverains qui ont une part commune de destin à assumer. La notion de parité, qui n'existait pas dans Barcelone, est centrale. Les Allemands craignaient que le fait d'associer ensemble exclusivement les pays de la Méditerranée ne conduise à diviser l'Europe. Pour nous, il n'y a jamais eu d'exclusive. Nous disions simplement que c'est d'abord l'affaire des pays riverains. La base du compromis consiste à faire rentrer l'ensemble des pays de l'UE, non plus sur la base du volontariat, mais sur la base du droit, comme dans Barcelone. Seulement, on change le système de gouvernement de Barcelone en y mettant cet esprit de partenariat qui est l'essence du projet d'Union pour la Méditerranée. La gouvernance de l'Union pour la Méditerranée sera assurée à parité par les pays du Sud et les pays du Nord, et non pas seulement par ces derniers, comme c'était le cas avec Barcelone. Un secrétariat permanent léger assistera une présidence permanente tournante, assumée conjointement par un pays de la rive nord et un pays de la rive sud. C'est ce système de gouvernance qui choisira, labellisera et portera les projets. Ce ne sera plus l'Union européenne qui, seule, décidera des projets et les financera. C'est un changement très profond de la nature même du processus de Barcelone. Nous sommes parvenus à la meilleure synthèse possible. Pour répondre à Pascal Boniface, j'ajouterai que les corbeilles de Barcelone demeurent : pas question d'interrompre la coopération politique, ni de cesser à s'intéresser aux droits de l'homme. Mais l'idée est qu'elles ne constituent pas des préalables à la coopération. Bien sûr, nous sommes confrontés à des obstacles considérables : le conflit israélo-palestinien, celui du Sahara occidental, de Chypre, la question du Liban. C'est pour cela qu'il faut tout tenter. C'est un pari risqué et audacieux. Mais le plus risqué ne serait-il pas de ne rien faire ? La dépollution de la Méditerranée, la gestion de l'eau, le développement économique, la santé ne résoudront pas d'un coup de baguette des problèmes comme celui du statut de Jérusalem ! Mais enfin, ne discutera-t-on pas mieux de cette question si on apprend à travailler collectivement sur des problèmes qui concernent l'ensemble des parties prenantes du conflit ?

Pascal Boniface - Il est évident que le projet d'Union pour la Méditerranée tel qu'il résulte de l'accord entre les Européens est différent de l'idée initiale. Mais peu importe la manière dont le projet a été «mouliné» par les Vingt-Sept. C'est aux résultats qu'il sera jugé.

H. G. - Sans l'activisme du président de la République, jamais il n'y aurait eu débat sur un sujet aussi important. Jamais on n'aura autant parlé de la Méditerranée. Grâce à cette initiative, on a accepté de revoir les mécanismes du dialogue euroméditerranéen plus en profondeur que cela n'a jamais été fait. Grâce à ce projet, on a remis de la politique en Europe et tourné de nouveau l'Europe vers le Sud où se joue son avenir.

P. B. - En même temps, il ne faudrait pas que la volonté de pousser les feux sur des questions de coopération pragmatique, ce qui est en soi positif, nous conduise à abandonner toute ambition stratégique. À cet égard, l'Union européenne est souvent en retrait et se contente d'être un guichet ou un donneur de conseils. Sur la question de l'eau, capitale au Proche-Orient, le jour où les pays de la région arriveront à coopérer - comme Français et Allemands l'ont fait en 1951 sur le charbon et l'acier -, une bonne partie des problèmes sera réglée.

H. G. - Que l'on fasse l'Union pour la Méditerranée ou pas, de toute façon, la question de l'implication stratégique de l'Europe dans le monde méditerranéen se pose. Il s'agit pour l'Union pour la Méditerranée de répondre d'abord à cette question-là. Ce n'est pas parce qu'elle est posée et qu'une réponse claire n'y a pas encore été apportée qu'il ne faut rien faire d'autre. Il y a plusieurs chemins pour arriver au but. L'Union pour la Méditerranée est une de ces voies. Guerre ou pas guerre, la question de l'eau est vitale. Cela vaut donc la peine d'amener les pays concernés à essayer de trouver des réponses. Il faut faire de la Méditerranée le grand laboratoire du développement partagé.

Le projet se jouera aussi sur la question clé de l'immigration…
H. G. - Les pays du Sud veulent de la mobilité, c'est vrai, mais ils ne veulent pas la fuite des cerveaux. Raison de plus pour réfléchir à des politiques permettant à la fois d'être plus souples pour accueillir les gens et de réfléchir avec les pays de départ à la manière dont on organise les flux de retour.

P. B. - Un accord sur les questions migratoires est essentiel pour ne pas aller à l'encontre de l'objectif qui est l'entente entre les peuples. S'il y a des politiques imposées et unilatérales, cela créera un ressentiment très fort dans les opinions.

H. G. - C'est le type de problème qu'il faut résoudre ensemble. La Méditerranée matérialise, presque physiquement et historiquement, cette imbrication de nos destins et souligne les problèmes que nous ne pouvons pas résoudre seuls. Prenons les délocalisations : vaut-il mieux qu'une partie de nos activités se délocalise en Asie ou bien qu'elles se délocalisent dans le bassin méditerranéen ? Ne peut-on pas penser ensemble notre stratégie économique dans la mondialisation ?

P. B. - Il est vrai que la question des migrations fait partie des dossiers ayant un impact stratégique mais sur lesquels on peut néanmoins progresser avant que les questions de fond ne soient résolues. Sur un tel sujet, on peut avoir sans attendre une discussion gagnant-gagnant avec les pays du Sud.

(1) Le Forum se tient à Paris au palais de l'Unesco jusqu'à dimanche 30 mars. www.forumdeparis.org

(2) Pascal Boniface et Hubert Védrine, Atlas du monde global (Armand Colin-Fayard).

Publié dans Europe

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marc d Here 03/04/2008 08:34

Un nouveau point de passage fermé depuis 45 ans a été ouvert lors d'une cérémonie officielle aujourd'hui au coeur de Nicosie, la dernière capitale divisée du monde, marquant une étape symbolique dans les efforts de réunification de l'île de Chypre.Source : AFP
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