Débat sur le CPE

Publié le par Divers IES

Je propose aujourd’hui, non pas UN article, mais un regroupement de plusieurs prises de position, sur le CPE, afin de lancer et de susciter le débat sur cette réforme importante, contestée et contestable.  Je commence par un extrait d’une tribune de Jean-Marie Bockel dans « Le Monde », (j’espère qu’il ne m’en voudra pas), suivi de quelques prises de position d’amis de l’IES, et d’un mot de ma part.

  

 

 ….Soyons francs : le CNE et le CPE ne méritent ni tous les éloges ni toutes les critiques qui leur sont réservés. Le CPE offre des contreparties modestes mais réelles aux jeunes salariés : préavis, droit à la formation ouvert dès la fin du premier mois, indemnisation chômage dès le quatrième mois (au lieu de six actuellement) avec une allocation forfaitaire garantie, indemnité de rupture, accès au crédit bancaire, bénéfice du Locapass facilitant l'accès au logement.

 L'évaluation sociale est difficile et se fera au cas par cas : ceux qui auraient été embauchés en CDI (peu nombreux) y perdront, ceux qui enchaînent chômage, stages et CDD courts y gagneront, plus ou moins selon la durée effective du contrat, plus ou moins selon leur appréciation de l'incertitude professionnelle. Et l'on ne peut ici préjuger, ni dans un sens ni dans un autre, de la volonté constructive des employeurs.

 Face à ces réformes, quelle doit être l'attitude de la gauche ? Selon moi, pragmatique et volontaire.

 Quelle efficacité économique pour quels progrès sociaux ? Voilà la seule interrogation qui doit nous guider. Etre socialiste aujourd'hui ne peut se réduire à une opposition idéologique nous coupant du monde tel qu'il est. Etre socialiste, c'est voir plus large que la droite, protéger mieux les intérêts des plus faibles et garantir davantage la justice sociale.

 Voir plus large : ne pas céder au dogme de la flexibilité. L'emploi des jeunes est d'abord déterminé par l'élévation des qualifications et leur plus grande adéquation avec l'emploi : confions aux partenaires sociaux la détermination du contenu des formations en fonction des besoins professionnels et de leur évolution, encourageons la formation en alternance, l'apprentissage et la reconnaissance des compétences acquises. Accordons des "droits de tirage" inversement proportionnels à la durée initiale de la formation ou des handicaps constatés.

 Se battre pour le progrès social : acceptons la flexibilité en échangeant la mobilité contre de nouveaux droits et de nouvelles protections pour les salariés. Voilà le réformisme d'aujourd'hui, celui de la conquête sociale en acte……

 Jean-Marie Bockel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis resté relativement sceptique face au papier de JMB dans le Monde dans la mesure où il ne tranche ni dans un sens ni dans l’autre, sa seule position étant de dire qu’il ne faut pas avoir une approche dogmatique du problème.  Je retiens néanmoins qu’il préconise qu’en contrepartie de plus de flexibilité les salariés doivent bénéficier d’une protection accrue contre le risque du chômage. Je constate que ce pan manque cruellement dans le projet du gouvernement et que cette réforme qui sonne le glas du CDI mériterait de plus solides garanties pour les salariés. Pour moi c’est donc non au CPE et à sa période d’essai de deux ans.  Loin de s’inspirer de la politique danoise de « flex-sécurité » elle n’en adopte que l’aspect le plus porteur de précarité. J’ajoute que la politique danoise connaît un tel succès en partie grâce aux ressources consacrées par l’Etat à la sécurisation des parcours professionnels. La part du budget consacrée par les danois à la politique de l’emploi est deux fois plus importante que chez nous. Il est toujours intéressant de s’inspirer des exemples étrangers mais il faut savoir en saisir toute la complexité avant de les ériger en modèle.

 Pierre T.

  

 

 

 

Le CPE ne semble pas avoir l'accueil qu'il mérite. Certes, nous rêvons tous d'un taux de chômage le plus bas possible et d'un marché de l'emploi dynamique. Cependant, pour l'instant ça n'est pas le cas. Pourquoi? Parce que les employeurs hésitent à embaucher, notamment les jeunes. D'une part, parce qu'ils ne sont pas certains de ses qualifications et d'autre part, parce qu'une fois embauché, il devient très difficile de le licencier s'il ne correspond pas au poste. L'avantage de ce nouveau contrat c'est:

 - plus de flexibilité pour l'employeur

 - des droits pour le salarié (bien mieux qu'un stage)

 plus facile à licencier, la personne est aussi plus facile à embaucher. En tant que jeune, je suis contente qu'un tel contrat existe. Je préfère ça à un CDD et si on fait ses preuves, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas. Bien sûr, il peut y avoir des dérives mais c'est un pas en avant.

 ps: la réaction du PS est ridicule. A force de s'opposer à toute proposition du gouvernement, ils perdent toute crédibilité.

 Clémentine

  

 

   

 

 

 

 

 

Je pense que le CPE est une épine seulement dans le pied du marché de l'emploi. Il reste plus de 210 façons d'employer et cela suffit à générer l'imbroglio économico administratif spécifique du système français.  Il existe donc  un niveau d'emplois superficiels générés par la complexité du système lui-même qu'il faut aussi considérer. Parlons des CPE et oublions l'essentiel: La France   ne crée plus d'emplois! Je crois que notre regard doit porter d'abord sur l'employé et son parcours professionnel en passant par l'acquisition d'une compétence et de qualifications  variées tout au long de la vie. Protéger des emplois inadaptés au changement global des échanges internationaux  correspondrait à vouloir  boucher le petit trou de fuite d'une vieille casserole alors que  l'ouverture béante laisse fuir toute l'eau à ses cotés. Ce qu'il nous faut,  c'est un  nouveau 'bassin de création d'emploi'  à l'échelle du pays  (régionale à l'échelle européenne) Quoiqu'en dit DSK (par ailleurs très mauvais sur France Inter l’autre jour car non crédible sur son évaluation de l'interdépendance des périodes  propices internationales de croissance et les mesures gouvernementales  de création d'emplois), la précarité de certains nouveaux employés relève  davantage de l'absence d'évolution de carrière (système bloqué) que de formation  initiale. Il nous faut une société économiquement ouverte qui donne à chacun l'opportunité d'une évolution de carrière en fonction 1. de la  compétence  personnelle, 2. de la qualification progressive, 3. de l'adaptabilité aux technologies modernes (cela  implique un accompagnement forcé au niveau de la recherche et de  l'innovation).

 Patrick Papougnot

 

 Le CPE n’a fait l’objet d’aucune négociation avec les partenaires sociaux. Cette proposition se fonde sur l’hypothétique succès d’un contrat nouvelle embauche (CNE) créé il y a seulement cinq mois. Plus de 60 % des chefs d’entreprise ayant utilisé le CNE ont pourtant déclaré qu’ils auraient embauché même sans ce nouvel instrument… Mais soit, admettons que le CNE constitue une avancée utile à la levée des obstacles à l’embauche dans les petites entreprises. Et admettons aussi volontiers que le chef d’une petite entreprise ne licenciera pas volontiers un salarié qu’il aura contribué à former. Il est légitime de douter de l’utilité et de l’efficacité du CPE. Ne créera-t-il pas des effets de seuil et d’aubaine ? Ne risque-t-il pas de fragiliser encore plus la position des jeunes sur le marché du travail ? De favoriser une sorte de dumping social ? D’ouvrir la porte aux abus de droit (maquillage d’emplois à durée déterminée en CPE financièrement plus avantageux notamment) ?

 Il est surtout déplorable qu’une nouvelle zone de quasi-non droit soit créée. Le Conseil constitutionnel ne cesse de rappeler que les lois et règlements doivent être intelligibles et qu’il faut cesser d’empiler les mesures dérogatoires. Les salariés, chefs d’entreprises et investisseurs ont un besoin vital de sécurité juridique. Le gouvernement agit donc exactement à l’inverse des besoins de la France.  L ’ensemble droit du travail doit être profondément revu. Il semble souhaitable, dans une économie qui doit être toujours plus réactive, d’assouplir drastiquement les procédures de licenciement, afin de libérer les entreprises de la rigidité des contraintes qui les rendent méfiantes quant à l’embauche. Les juges ne doivent plus avoir à se prononcer sur le bien-fondé économique et financier de licenciements,  ce n’est pas leur rôle.

 Il est nécessaire que la formation des salariés soit encore mieux assurée pour leur permettre de profiter au mieux des bienfaits de l’économie de la connaissance. Il n’est pas inopportun d’envisager que les entreprises paient des charges sociales proportionnelles à leur recours aux emplois précaires (s’ils continuaient d’exister) et aux licenciements. Envisager un contrat unique n’est pas une hérésie si les garanties qu’il offre croissent avec le temps et sont attachés à la personne du salarié (donc transportables d’une entreprise à une autre) et non à son emploi. Bref, plusieurs pistes non idéologiques sont envisageables. Encore faut-il faire confiance à l’intelligence et à la responsabilité des acteurs de la société pour qu’elles soient étudiées dans la sérénité nécessaire au réalisme.

 J’étais plutôt favorable au CPE, même si je considère que la méthode est lâche et qu’un travail global est préférable. Jeune de 26 ans, donc susceptible de pâtir lourdement de ce nouveau contrat qui risque de me rendre peu attractif, je souhaitais que notre pays avance dans la flexibilité, qu’il se dynamise, qu’il cesse de craindre l’avenir. Je souhaitais que le scandale du chômage des jeunes cesse.

 Aujourd’hui, la démocratie dans son ensemble est de plus en plus souvent insultée. Une seule alternative existe. Soit une mobilisation ardente a lieu demain, soit les députés Français veulent rompre la fracture qui les coupe du peuple en mettant fin à l’omnipotence gouvernementale. Messieurs les députés, la soumission n’est pas une fatalité. Vous pouvez démontrer qu’il existe encore des contre-pouvoirs en France. Messieurs les députés, vous pouvez empêcher que les quelques dix-huit mois qui nous séparent de l’élection présidentielle ne soient consacrés à la cosmétique et à une lutte des egos dont les Français sont les seuls à pâtir. Messieurs les députés, vous pouvez aussi profiter de cette occasion pour placer le Président de la République devant ses responsabilités.

Messieurs les députés, vous êtes les représentants du peuple français et servez l’intérêt général. Vous pouvez montrer que le Parlement n’est pas une chambre d’enregistrement mais une instance vitale à la démocratie. Messieurs les députés, si vous croyez que la Vème République n’est pas morte, vous devez refuser le CPE et, le cas échéant, censurer le gouvernement.

 Charles André

  L’idée d’une forme de contrat particulier pour le premier emploi est l’idée qui a été la plus souvent utilisée pour remédier au taux de chômage important des jeunes en France. Le CPE reprend cette idée. Il va dans le bon sens en cherchant à inciter les entreprises à embaucher plus de « jeunes » et en visant à simplifier les types de contrat. Toutefois, outre les conditions d’élaboration et de décision du CPE qui sont une honte pour la démocratie, il me semble que le problème est pris à l’envers et que le CPE ne fait que donner des mauvais signes, que ce soit en direction de la jeunesse qui attend, à juste titre, qu’on  lui propose des perspectives et réclame le droit à lier entrée dans la vie active et possibilité (matérielle et sociale) d’élaboration concrète d’un projet de vie, ou en direction des entreprises, à qui l’on propose une main d’oeuvre flexible sans se soucier de sa qualification ou des atouts que celle-ci pourrait leurs apporter.

 

La réforme ne se soucie guère de l’emploi. Or c’est la première condition pour faire baisser le taux de chômage des jeunes. Elle ne se soucie guère des jeunes, de leurs qualifications et de leurs besoins de formation et préfère les réduire à un âge limite de manière arbitraire et forfaitaire. Elle ne s’intéresse pas aux entreprises, préférant, de manière presque caricaturale, leurs faire des cadeaux en facilitant la flexibilité à court terme. Elle étend une mesure (CNE) à toutes les entreprises sans en avoir réellement évalué les effets et tiré les leçons. Elle se focalise trop sur les incitations au moment de l’entrée sur le marché du travail, repoussant la précarité et l’incertitude au moment même où il serait normal de commencer à gagner un peu de sécurité. Plutôt que des mesures générales, il faudrait inciter à créer des parcours professionnels, permettre la mobilité sociale des jeunes en garantissant une évolution entre période de précarité et premier emploi, miser sur la formation et permettre les échanges entre entreprises et école/universités et écoles/universités et entreprises en favorisant la mobilité des jeunes durant leur scolarité. C’est bien avant l’entrée dans le monde du travail qu’il faut permettre aux jeunes et aux entreprises de faire connaissance et de tirer profit l’un de l’autre. Il faut favoriser ses échanges avant l’entrée sur le marché du travail, en trouvant une forme d’embauche flexible et attirante financièrement, limitée à la période de la scolarité et des études, qui permette aux entreprise de profiter de la fraîcheur, de la créativité et du savoir-faire des jeunes, qui soit en même temps un moyen pour les étudiants d’expérimenter, d’approfondir, de se former de manière complémentaire ou supplémentaire. Cela veut dire que les structures des études, de la scolarité et des formations doivent le permettre en laissant le temps de travailler à côté des études ou en intégrant les entreprises dans la formation. C’est par des mesures d’incitation qu’il faut pousser les entreprises à « investir » dans ses stagiaires ou dans les « employés étudiants », en leur permettant par exemple de bénéficier de conditions particulières si elles embauchent à terme une personne qui a travaillé chez elle durant ses études. En ce sens il serait beaucoup plus utile de limiter la durée de la période d’essai du premier emploi à une période très courte que de la rallonger à deux années durant lesquelles à la fois l’entreprise et le jeune ne vivront que dans l’incertitude. Je pense qu’il faut créer les conditions pour que la confiance règne entre étudiants et entreprises et que leur rencontre, plus fréquente et plus précoce, soit le lieu ou s’élabore un projet professionnel. Un contrat spécifique durant les études, de type « mini-embauche », flexible mais équivalent à un véritable statut, pourrait être une solution, qui pourrait se transformer, une fois les études terminées en un contrat correspondant à un premier emploi, avec plus d’avantages et de sécurité. Il faut redonner envie en favorisant la mobilité sociale et non pas en offrant des perspectives. Il faut faire vivre l’école, l’Université et permettre les échanges de savoir-faire avec le monde de l’entreprise, en leur permettant de s’enrichir mutuellement. Au milieu de tous ces échanges, c’est une personne qui se définit. Ne l’oublions pas et donnons lui cette possibilité.

 Laurent PY

 

Oui, la question est difficile car entrent en jeu deux éléments : la réduction du chômage des jeunes, indispensable dans la situation que nous connaissons et la nécessité d’éviter une tendance à l’insécurité et à  la précarité. Aujourd’hui les jeunes, dans  leur majorité  ont  l’un ou l’autre. Tous ceux qui, comme c’est habituel à gauche, refusent purement et simplement le CPE, sans rien proposer de sérieux et d’applicable rapidement, choisissent de faire perdurer cette situation, chômage ET précarité des jeunes (hors quelques très diplômés, qui trouvent sans mal des CDI, qui continueront à en trouver et qui n’ont pas intérêt à voir instituer le  CPE).

 Le CPE est une tentative de  réponse,  imparfaite,  à ces deux maux, car on peut penser qu’il incitera à des embauches supplémentaires (voir l’exemple du CNE…) et qu’il provoquera une moins grande précarité que les CDD, et le recours à l’intérim. La  rupture éventuelle  de ce contrat, pendant deux ans (il n’est pas évident qu’une entreprise, qui a formé quelqu’un durant un an ou plus, choisisse, sans raison impérative et grave, de s’en séparer et de se relancer dans une nouvelle recherche et une nouvelle période de formation…) est assortie (les opposants en parlent peu) de modalités et d’indemnités plus protectrices que pendant une période d’essai traditionnelle. Reste l’incertitude du jeune embauché, et des difficultés qu’il risque de connaître auprès de banques pour des prêts ou des bailleurs pour la location d’un logement, même s’il semble que quelque chose soit fait dans ce sens. Les conditions seront sans doute meilleures qu’avec un CDD, moins bonne qu’avec un CDI traditionnel.

 A cette question difficile, tout en comprenant ceux qui répondent non,  je réponds oui, sans enthousiasme, sans certitude, en souhaitant qu’on puisse améliorer les choses lors du débat parlementaire, et qu’on en fasse une évaluation précise sur les plans emploi et précarité, dans les deux ans. Je souhaite qu’alors  cette mesure d’urgence puisse, dans la concertation être  remplacée par un contrat unique, un CDI dont les garanties et les protections iraient croissantes avec le temps…. Je veux croire que le CPE peut être une étape sur cette voie.  

 Marc d’Héré  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Economie et social

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Charles ANDRE 07/03/2006 19:01

Le chômage des jeunes n'est pas un mal spécifiquement français. Dans tous les pays industrialisés, le taux de chômage des jeunes est à peu près le double du taux global.Il n'en reste pas moins qu'il est problématique!

Marc d Héré 07/03/2006 13:23

Jour de manifestations anti-CPE...Peut-être un bon moment pour prolonger notre débat sur le CPE, qui avait été particulièrement animé (23 commentaires, dont certains très argumentés..).
La rue va s'exprimer, comme disent les médias...Est ce un bon moyen de juger de l'état de l'opinion? On peut en discuter d'autant que l'on ne saura  jamais quelle sera la part parmi les manifestants de ceux qui sont vraiment contre le CPE et qui préfèrent en rester à la situation actuelle (puisqu'aucun contre projet n'existe, le PS lançant en son sein deux projets contradictoires,  opposés, couteux et encore terriblement vagues...) et ceux qui manifestent CONTRE le gouvernement, Chirac, la droite, Villepin, la vie difficile...
Mais enfin, on en saura peut-être un peu plus ce soir, sur les chances de ce projet d'entrer en vigueur et de montrer (ou pas) sa capacité à répondre en partie à ce mal spécifiquement Français qu'est le chômage des jeunes...
marc

Marc d Héré 26/02/2006 11:53

Un mot pour souligner ce que disait Pierre T, un des auteurs de cet article. La politique danoise de "flexsécurité" que l'on veut ériger en modèle, se caractérise certes par une flexibilité de l'emploi, mais  aussi par un budget très important consacré à l'indemnisation du chômage et à l'accompagnement des chômeurs . N'oublions pas, et beaucoup ont tendance à le faire, que dans "flex sécurité", l'aspect sécurité est présent.
marc

Fred 10/02/2006 23:50

J'ai du mal m'expliquer... Je ne mettais pas en exergue le "savoir-faire" français, qui est toutefois réel dans certains secteurs, mais je tentais de montrer que les investissements publics dans les infrastructures et le système social, et donc le rôle particulier que joue l'Etat dans notre système productif,  sont un facteur essentiel de compétitivité. Contrairement à ce que l'on nous raconte souvent, il produit de la richesse en réduisant les côuts qui pèsent sur la production : coût du transport, de l'énergie, de l'information, de la formation... Plus largement, n'oublions jamais que tout coût est la contrepartie d'une ressource : oui, les retraites et la solidarité coûtent cher à l'économie. Mais ce coût permet aussi aux retraités et aux chômeurs de consommer... et donc de faire fonctionner l'économie. Au delà de la dimension solidaire, l'intérêt économique de la redistribution n'est donc pas à négliger.

lahaye 10/02/2006 18:58

A Fred de B.

Permettez-moi de vous dire que je trouve votre réponse remarquable.
J'étais dans les généralités. Vous allez dans la précision et c'est éclairant.
Laissons donc de côté mon idée que ce serait simplement une question de coût et de durée du travail, donc quantitative. Comme vous l'illustrez parfaitement par plusieurs exemples, c'est effectivement plutôt qualitatif.
Cependant, précisément, n'est-ce pas là que le bât blesse ?
Globalement nous sommes aussi compétitifs que bien d'autres, voire davantage, du fait de nos "qualités". Je suis d'accord. Le problème est qu'elles sont bien mal distribuées. Le savoir faire (pour fabriquer des Airbus, des TGV, des hautes technologies…) appartient à une "élite" qui n'a pas trop de problème pour trouver du boulot. Le "capital" nécessaire aussi, qui a le choix sur le marché mondial, comme vous le soulignez . De sorte que de plus en plus de gens, peu qualifiés et sans capital, restent sur le carreau des délocalisations. De plus, il faut les assister, ce qui est bien normal, mais nous plombe aussi. Sans parler du poids des retraites et des administrations "doublonnées", peu utiles, peu efficaces… Et rivées à l'emploi à vie…
Dès lors, si nous sommes d'accords sur l'analyse, quelles solutions envisager dans le monde tel qu'il est, pour créer, non seulement un peu plus de solidarité, mais aussi plus d'employabilité ? Car la motivation, l'envie de faire, d'être et de partager est là. Non ? - JPL