Ecole et diversité sociale

Publié le par Jean-Louis Caccomo

...par Jean-Louis Caccomo...

Tous les trois ans, l’O.C.D.E. procède à une évaluation des performances des systèmes éducatifs des principaux pays développés et des nouveaux pays en émergence [1]. Dans son dernier classement publié en décembre 2007, le recul déjà observé dans les précédentes études est confirmé. Alors qu’il était tabou d’en parler dans les années précédentes, sous peine de passer pour un traitre qui oserait critiquer le meilleur système du monde, le classement de l’O.C.D.E a fait l’objet de commentaires et de débats plus ouverts qui témoignent d’une prise de conscience salutaire. Mais si le malade est enfin conscient de sa maladie, encore faut-il qu’il accepte le remède et surtout, qu’il ne se trompe pas de remède.

Car les faits sont têtus : le niveau des adolescents se détériore dans toutes les matières fondamentales (maîtrise de l’écriture, de la lecture, baisse du niveau en mathématiques et sciences). Or, une grande partie de ces collégiens seront amenés à devenir quelques années plus tard des étudiants. Si les lacunes constatées ne sont pas comblées au lycée, elles conditionneront fortement les choix d’orientation de filières dans le supérieur. Dans certaines filières qui nécessitent une maîtrise indispensable de certains acquis de base, ces lacunes devront alors faire l’objet d’un rattrapage dans le supérieur provoquant un allongement de la durée des études que certains interprètent ensuite comme une élévation du niveau alors qu’elle est une forme d’inflation. Car la planche à diplômes est une forme de planche à billets... Mais cela explique en tout cas la quasi-absence d’étudiants dans les filières scientifiques et techniques compensée par la présence massive d’étudiants étrangers.

 Si l’O.C.D.E. procède à ce genre d’études comparatives, c’est parce que les économistes ont montré que la croissance économique et le développement ne dépendent ni de la possession de ressources naturelles (le Japon est pauvre en matières premières) ou de la quantité d’argent injecté dans le système (l’Algérie croule sous les pétrodollars accumulés), mais du capital humain, c’est-à-dire de la quantité et de la qualité de la population active. En France, l’école est d'abord une affaire politique : les programmes et les carrières des enseignants y sont tenus par des syndicats très puissants qui n’acceptent aucune remise en question de leur monopole. Et c’est sans doute ce caractère éminemment politique qui rend toute réforme impossible. Car pour y changer quelque chose, il faut obtenir le consensus, il faut l’accord de tous les acteurs (parents, enseignants, syndicats…etc.). Et comme un pareil consensus est aussi improbable qu’introuvable dans un système centralisé, alors on ne touche à rien.

 Selon un titre publié dans la presse nationale, « l’école française a échoué à gommer les inégalités sociales » [2]. Voilà qui résume bien le malentendu et toute la dérive de notre système de formation. Car ce simple commentaire est révélateur des présupposés idéologiques qui structurent la conception et les fondements de l’éducation nationale à la française. Car est-ce bien là le premier rôle de l’école ? Le système éducatif a vocation à former au minimum des futurs citoyens respectueux, respectables et responsables et, au mieux, à fournir les compétences multiples et variées dont aura besoin la société dans le futur, notamment en donnant à chaque enfant la possibilité de trouver sa voie et de réaliser ses talents potentiels. Plutôt que d’égaliser tout le monde en fonction d’un niveau moyen qui serait extérieur à chaque élève, il faut au contraire donner la possibilité à chacun des élèves d’exploiter son propre potentiel et d’atteindre ses propres limites. C’est déjà un objectif éminemment complexe que l’on ne saurait confier à une organisation centralisée et planifiée sauf si l’on veut transformer les êtres humains en de dociles moutons écervelés.

Il se trouve que la société aura probablement toujours besoin de boulangers, de maçons, d’hôteliers, d’avocats, de coiffeurs, d’écrivains, de scientifiques, de chirurgiens, d’enseignants, d’artistes, de chauffeur de taxis ou de pilotes d’avions et tant d’autres nouveaux métiers qu’il reste à imaginer. Or dans une société où peut s’épanouir et co-exister une telle variété de métiers et de professions, l’inégalité sociale – mais je préfère parler de « diversité », fruit de la liberté - est inévitable. Faut-il alors s’en plaindre ? Non dans la mesure où cette inégalité n’est pas le résultat d’un découpage a priori de la société humaine en castes étanches qui interdirait toute mobilité individuelle et tout espoir d’évolution personnelle.

 A force de s’échiner à gommer l’inégalité sociale en tant que telle, notre système éducatif finit par détruire les compétences et les métiers, en jetant sur le marché du travail une armée de jeunes sans qualification et sans motivation. Au lieu d’être inégaux dans la richesse et la croissance économique, ils seront égaux dans la pénurie et la stagnation, rendus totalement vulnérables et dépendant de la générosité publique.

 

[1] Organisation de Coopération et de Développement Economiques

[2] le quotidien Libération du 27 août 2007.

Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

Publié dans Education - recherche

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marc d HERE 12/05/2008 13:52

La FCPE, première fédération de parents d'élèves, a exprimé aujourd'hui à Epinal son opposition au soutien scolaire après la classe préconisé par le ministre de l'Education, Xavier Darcos. (AFP) Voilà un excellent exemple de l'opposition systématique d'une gauche archaïque et bornée!

marc d Here 18/04/2008 11:40

Sondage Opinion Way: pour 78% des Français pensent que la qualité du système scolaire n'est pas une question de moyens mais plutôt de réformes de structure. Cela correspond tout à fait à la position du ministre et vient contredire les professeurs de gauche et d'extrême gauche et les lycéens manipulés par les mêmes qui manifestent.... 

marc d Here 17/04/2008 21:14

Alors que les lycéens ont à nouveau manifesté aujourd'hui, le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos la "sclérose idéologique", le "discours menteur et tactique" et les slogans "conservateurs et réactionnaires" des syndicats de lycéens et d'enseignants."La détermination du président, du premier ministre et la mienne sont absolues", assure-t-il dans un entretien publié demain dans "France-Soir"."Quand je vois des lycéens qui défendent le statut des enseignants du premier degré par exemple, j'imagine qu'on leur a donné un certain nombre de fiches et d'indications qu'ils répètent", déclare le ministre, suggérant une manipulation des lycéens par les syndicats enseignants."Je vois qu'une partie des syndicats jouent un jeu très dangereux", poursuit-il. "Persuader les élèves que tout se joue parce que l'on sera dans une classe de 30 ou 32, c'est une blague. Il y a une sclérose idéologique, un discours menteur et tactique qui nous empêche de parler du fond".Source: AP

marc d Here 16/04/2008 09:25

Des parents en ont assez des grèves dans les lycées, des cours supprimés, des blocages, voire des violences....Il est vrai que les atteintes à la liberté de la part de profs grèvistes et des lycéens manifestant deviennent intolérables....Comme toujours ce sont les enfants des familles les plus pauvres qui en subiront les conséquences, les autres poiurront toujours se payer des cours de rattrapage.

marc d Here 15/04/2008 21:38

Vingt-quatre personnes ont été interpellées et placées en garde à vue lors de la manifestation lycéenne qui a réuni aujourd'hui à Paris de 20.000 à 50.000 manifestants selon les sources, a-t-on appris de source policière.Sur les vingt-quatre personnes interpellées, douze l'ont été pour port d'arme prohibé, sept pour violences volontaires sur agents de la force publique, trois pour dégradations volontaires, un pour vol avec violence, et le dernier pour entrave à la circulation des trains, selon la même source.Trois policiers ont été légèrement blessés et un manifestant victime d'une agression violente et souffrant d'un traumatisme crânien a dû être conduit à l'hôpital, a-t-on précisé.Au total, sur le parcours de la manifestation, douze véhicules ont été dégradés, et la vitrine d'une boulangerie a volé en éclats, a-t-on indiqué.Les services de secours, pompiers et Samu ont dû intervenir à 19 reprises pour des blessés légers.AFP.....Triste manif.....Des mineurs manipulés par des profs et des politiques.....Et violents en plus!