La diversité grande perdante

Publié le par Le Parisien.fr

Le Parisien.fr du samedi 15 03. Philippe Martinat et Marion Mourgue....



La plupart des candidats issus de la diversité et têtes de liste aux municipales ont été éliminés entre les deux tours. Un grave échec pour le système politique français et pour l'ouverture et le renouvellement des élus.

PAS LA PEINE d'attendre dimanche soir pour se rendre compte que les municipales ne vont pas faire avancer beaucoup la représentation de la diversité en France. Tous partis confondus, le nombre de maires élus cette année dans les 367 villes de plus de 20 000 habitants se comptera sur les doigts d'une seule main. Seule la socialiste Samia Ghali a été brillamment élue dès le 1er tour dans le VIIIe secteur de Marseille (Jean-Noël Guérini promet de la nommer première adjointe s'il l'emporte).

Dans le VIIe arrondissement de Paris, l'UMP Rachida Dati devra attendre - sans risque - demain soir pour être élue. Les socialistes Seybah Dagoma (Ier arrondissement de la capitale) et Hussein Mokhtari (Garges-lès-Gonesse) pourraient aussi devenir maires.

Si l'UMP avait accordé treize têtes de liste à des représentants de la diversité, le PS ne leur en avait concédé que sept. Certes, la Marseillaise Samia Gahli, la Lyonnaise Najat Belkacem (qui sera adjointe de Gérard Collomb et devrait aussi remporter le XIIIe canton du Rhône) et la Parisienne Seybah Dagoma devraient émerger de ce scrutin. Mais parmi celles ou ceux, beaucoup plus nombreux, qui seront élus conseillers municipaux, combien en retrouvera-t-on dans les exécutifs des mairies ?

D'ores et déjà, l'amertume est forte. « Il est clair que les partis sont bien plus frileux que les électeurs. Mais plus encore que les partis, ce sont les petits barons locaux qui s'accrochent à leur siège comme une moule sur un rocher », affirme Rachid Mammeri. Investi par les militants PS à Evreux, cet ingénieur a vu se dresser contre lui trois conseillers généraux PS. Pis : au lendemain du 1er tour, le PS lui a retiré son investiture pour la donner à l'un de ses dissidents arrivé devant lui. Un retournement aussi incohérent qu'inefficace... « Cela ouvre la porte à des comportements très limites », grince Malek Boutih, membre de la direction du PS.

« La véritable reconnaissance, c'est quand on gagnera une grosse ville »

Lui aussi investi à la régulière par la section PS d'Etaples (Pas-de-Calais), Bagdad Gehzal s'est vu préférer par la fédération locale un jeune énarque. A la tête d'une liste indépendante, il a été éliminé avec 9,97 %. « Je ne décolère pas, lâche-t-il. J'ai été l'objet d'une double discrimination de la part des petits barons locaux : ethnique, car on m'a attaqué sur mes origines, et sociale car je viens des quartiers populaires. » « J'aurais aimé gagner, glisse Kamel Hamza, candidat UMP à La Courneuve. La véritable reconnaissance de la diversité, c'est quand on gagnera une grosse ville. »

Imposée par Sarkozy dans le très bourgeois VII e arrondissement de Paris, la garde des Sceaux Rachida Dati, peut-être victime de préjugés sur ses origines, devra en passer par un deuxième tour. L'échec le plus spectaculaire est celui de Razzy Hammadi à Orly. Le jeune dirigeant du PS n'a réussi que 13,30 %. « C'est la faillite d'une méthode qui consiste à se servir d'une tête de pont médiatique pour cacher un bilan catastrophique socialement pour le PS », assène un dirigeant de la Rue de Solférino. « Si vous réalisez que les candidats de la diversité sont issus des milieux populaires, demandez-vous combien de gens sortis de milieux ouvriers sont présents dans les instances des partis ? » interpelle Khedidja Bourcart, tête de liste des Verts dans le XI e arrondissement de Paris, éliminée dès le premier tour. Conclusion de Kamel Hamza : « Il faut qu'on s'impose à l'intérieur des appareils politiques. » 

Philippe Martinat et Marion Mourgue
Le Parisien.fr du samedi 15 03

Publié dans Vie politique

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Daumont Jean 15/03/2008 10:08

   Entièrement d'accord avec cette analyse...A part quelques exceptions, l'électorat se montre comme toujours très "conservateur", qu'il s'agisse d'ailleurs de conserver des élus de "droite" ou des élus de "gauche", ces dénominations étant d'ailleurs sujettes à caution dans la très grande majorité que forment les "petites communes", où il y le plus souvent ce qu'on appelait naguère les listes "d'intérêt local"... Curieux cocktail bien français, où se rejoignent le souci de nombraux "citoyens" (au sens étymologique) de se débarrasser des problèmes en faveur d'un élu, et l'envie de celui-ci de conserver sa "baronnie" ...